Ce que recouvre un fonds de growth equity
Le growth equity, ou capital développement de croissance, désigne l'apport de fonds propres minoritaires à une société non cotée déjà rentable pour financer son changement d'échelle. Le fonds souscrit à une augmentation de capital, l'argent entre au bilan de l'entreprise et sert à ouvrir de nouveaux marchés, à recruter une force de vente ou à financer des acquisitions. Aucune dette d'acquisition n'est levée par une holding de reprise, ce qui distingue le segment du capital transmission.
France Invest, l'association professionnelle du capital investissement français dont l'adhésion constitue une des conditions d'agrément des sociétés de gestion auprès de l'AMF (Autorité des marchés financiers), définit le capital développement comme le financement d'entreprises ayant « atteint leur seuil de rentabilité et dégageant des profits », les fonds servant à « augmenter les capacités de production et la force de vente, développer de nouveaux produits et services, financer des acquisitions ». La même source décrit le capital transmission comme une opération qui « recourt à la création d'une société holding, laquelle s'endette pour racheter l'entreprise cible ». Les deux définitions officielles se séparent sur ce point précis : l'une nomme l'endettement, l'autre nomme l'emploi des fonds dans l'entreprise.
Le segment growth a représenté 3 632 millions d'euros investis dans 192 entreprises sur la dernière année couverte par l'étude d'activité France Invest et Grant Thornton, publiée en mars 2026, contre 2 276 millions dans 148 entreprises l'année précédente. La progression atteint 60 % en montants et 30 % en nombre de sociétés accompagnées, quand le capital développement classique reculait de 24 % à 2 985 millions d'euros et le capital transmission progressait de 14 % à 19 550 millions. Le ticket moyen d'une opération growth ressort à 18,9 millions d'euros, contre 5,3 millions en capital développement classique et 27,0 millions en capital transmission.
La concentration du segment mérite d'être relevée. Douze entreprises sur les 192 accompagnées, soit 6,3 % de l'effectif, ont absorbé 1 738 millions d'euros sur les 3 632 investis, soit 47,9 % des montants. L'étude note que « les montants investis en growth sur des tickets supérieurs à 50 millions d'euros sont en nette progression et représentent près de 50 % des montants déployés », et que « les fonds de growth s'internationalisent avec une forte hausse des investissements à l'étranger », en progression de 119 % en montants.
Côté collecte, les véhicules growth ont levé 3 423 millions d'euros auprès de 29 fonds, soit un ticket moyen de 118 millions d'euros par véhicule, contre 46 millions en capital risque et 104 millions en capital transmission. Les capitaux levés par l'ensemble du marché français proviennent à 57 % de France, à 30 % du reste de l'Europe et à 13 % du reste du monde, pour un total de 28 934 millions d'euros collectés par 339 véhicules.
Un épargnant accède à ce segment par un FCPR (fonds commun de placement à risques), qui doit investir au moins 50 % de son actif en titres d'entreprises non cotées au titre de l'article L. 214-28 du code monétaire et financier, ou par un fonds professionnel de capital investissement, dont la souscription minimale s'élève à 100 000 euros, ramenée à 30 000 euros sous conditions d'expérience par l'article 423-27 du règlement général de l'AMF. La détention s'opère en direct, en unité de compte d'un contrat d'assurance vie ou dans un plan d'épargne retraite, chacune de ces enveloppes emportant sa propre fiscalité et son propre régime de liquidité.
L'accompagnement de France Épargne porte sur la lecture du véhicule proposé avant la signature du bulletin de souscription. Le conseiller qualifie juridiquement le fonds, contrôle l'agrément du gestionnaire, calcule la croissance d'exploitation que suppose le multiple annoncé, reconstitue le coût économique total carried interest et chargements du contrat compris, puis arbitre entre les trois enveloppes de détention au regard de la fiscalité de votre foyer.
La taille des opérations sépare nettement le growth du capital développement classique. En growth, les tickets inférieurs à 15 millions d'euros ont représenté 689 millions d'euros pour 135 entreprises, ceux de 15 à 50 millions 1 205 millions pour 45 entreprises, et ceux supérieurs à 50 millions 1 738 millions pour 12 entreprises seulement. En capital développement classique, la répartition s'inverse : 1 315 millions d'euros sur 523 entreprises pour les tickets inférieurs à 15 millions, et 551 millions sur 4 entreprises pour ceux supérieurs à 100 millions. Un fonds annonçant une stratégie growth déploie donc des tickets d'un ordre de grandeur supérieur, ce qui restreint mécaniquement le nombre de lignes de son portefeuille et concentre le résultat sur un plus petit nombre de sorties.
Le marché des cessions conditionne la matérialisation de ces résultats. Sur la dernière année étudiée, 13 013 millions d'euros ont été désinvestis au coût historique, en hausse de 9 %, portant sur 1 191 entreprises cédées, en recul de 7 % et au plus bas niveau depuis 2015. Les sociétés de capital investissement ont racheté pour 7 121 millions d'euros sur 250 entreprises, les acquéreurs industriels pour 2 253 millions sur 187 entreprises, et une seule introduction en bourse a été recensée pour 114 millions d'euros. La part des transactions primaires, celles où le fonds entre pour la première fois au capital, est revenue à 35 % des montants contre une moyenne de 45 % sur la décennie précédente.