Détenir l'indice plutôt qu'une part de fonds
Le direct indexing, ou indexation directe, consiste à détenir en direct chacune des actions qui composent un indice boursier, au lieu d'acheter la part d'un ETF ou d'un fonds indiciel qui les regroupe. L'exposition économique reste celle de l'indice répliqué. La différence porte sur la propriété des titres : l'investisseur devient actionnaire de chaque société, avec les droits de vote et les dividendes attachés, et son gestionnaire agit ligne par ligne plutôt que sur une enveloppe unique.
Deux leviers découlent de cette structure. Le premier est la récolte de moins-values, qui consiste à céder les lignes en perte latente afin de matérialiser une moins-value fiscalement imputable, tout en maintenant l'exposition globale au marché par le réinvestissement immédiat sur des titres au comportement voisin. Une part d'ETF ne l'autorise pas : tant que l'indice progresse, la part est en gain, même si un tiers de ses composants recule. Le second levier est la personnalisation. L'investisseur écarte un émetteur, un secteur ou une zone qu'il ne souhaite pas financer, ou qu'il détient déjà massivement par ailleurs, sans renoncer à la diversification du reste de l'indice.
L'approche vient du marché américain, où elle s'est industrialisée à mesure que les frais de courtage tombaient à zéro et que les plateformes ont automatisé la gestion de plusieurs centaines de lignes par compte. Cerulli Associates recensait 864,3 milliards de dollars d'encours à fin 2024, un montant proche du double de celui de fin 2021, soit une croissance annuelle moyenne de 22,4 %. Le marché reste très concentré : les cinq premiers acteurs, Morgan Stanley en tête, contrôlaient près de 87 % des encours selon la même étude, et 18 % des conseillers américains déclaraient utiliser le dispositif en 2024, contre 16 % un an plus tôt.
L'infrastructure sous-jacente est celle des comptes gérés séparés, où chaque client détient son propre portefeuille de titres au lieu de partager une masse commune avec d'autres porteurs. Trois évolutions techniques ont rendu l'approche exploitable à grande échelle : la suppression des commissions de courtage sur les principales plateformes américaines à partir de 2019, la généralisation des actions fractionnées qui autorise des lignes de quelques dollars, et l'automatisation du rééquilibrage sur plusieurs centaines de positions simultanées. Ces trois conditions ne sont réunies qu'en partie sur le marché français, où les frais de transaction subsistent, où la taxe sur les transactions financières frappe les acquisitions de grandes valeurs domestiques et où le fractionnement des titres se heurte au principe d'indivisibilité de l'action.
La réplication ne suppose pas de détenir la totalité des composants. Les gestionnaires pratiquent un échantillonnage optimisé, qui sélectionne un sous-ensemble de lignes reproduisant les caractéristiques de risque de l'indice : secteurs, tailles de capitalisation, facteurs de style. Un portefeuille répliquant le S&P 500 en gestion fiscale détient environ 350 lignes sur les 500 de l'indice, selon les praticiens du secteur. L'écart de performance résiduel avec l'indice, appelé tracking error, constitue le prix de cette simplification et se mesure en dixièmes de point par an.
Le volume de lignes explique le seuil d'accès. L'indice MSCI World comptait 1 282 composants au 31 juillet 2026, et les intermédiaires établis en France ne proposent pas d'actions fractionnées, l'action restant en principe indivisible au regard de la société émettrice. Chaque position doit donc représenter au moins une action entière, ce qui impose un encours minimal pour que la réplication conserve sa fidélité. Les mandats en titres vifs commercialisés par les banques privées françaises s'ouvrent entre 50 000 et 150 000 euros selon les établissements, sans que ces offres pratiquent pour autant une matérialisation systématique des pertes latentes.
La transposition française de l'approche exige une correction majeure. Aux États-Unis, la comparaison se fait avec un fonds indiciel dont les distributions sont imposées chaque année, si bien que la détention directe ne crée aucun frottement supplémentaire. En France, la référence naturelle du compte-titres est l'ETF capitalisant, qui réinvestit ses dividendes au sein du fonds sans fait générateur fiscal : l'investisseur n'est imposé qu'à la cession de ses parts. Passer aux titres vifs ramène donc les dividendes dans le revenu imposable de l'année, au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026. Sur un portefeuille servant 2 % de rendement, ce retour représente 0,63 point de performance annuelle qui sort du portefeuille et cesse de capitaliser.
L'arbitrage français se pose donc en termes nets. Le gain attendu de la récolte de moins-values doit couvrir ce frottement retrouvé sur les dividendes, la taxe sur les transactions financières acquittée à chaque réinvestissement sur une valeur française éligible, et le surcoût de gestion du mandat par rapport aux frais courants d'un support indiciel. France Épargne chiffre cet équilibre situation par situation, car son terme déterminant reste le volume de plus-values imposables que le patrimoine de l'investisseur dégage réellement chaque année.