Qu'est-ce qu'un compte sur livret ?
Le compte sur livret (CSL), également appelé livret bancaire ou livret ordinaire, est un compte d'épargne rémunéré dont la banque fixe librement le taux, le plafond et les conditions de fonctionnement. Il se distingue du livret A, du LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire), du LEP (Livret d'Épargne Populaire) et du livret jeune par un point unique : ses intérêts sont imposés. Le taux affiché par l'établissement est un taux brut, amputé de 31,4 % de prélèvements en 2026, quand la rémunération d'une enveloppe réglementée est nette de tout.
Cette différence de nature explique l'essentiel des arbitrages. Le rendement moyen des livrets ordinaires s'établit à 0,75 % brut sur les encours en mars 2026 selon la Banque de France, soit 0,51 % après fiscalité. Sur la même période, le livret A et le LDDS servent 1,60 %, portés à 1,70 % net au 1er août 2026 par arrêté ministériel, après application de la formule associant la moyenne semestrielle de l'€STR à 1,95 % et l'inflation hors tabac à 1,52 %.
L'absence d'encadrement réglementaire produit trois conséquences pratiques. Aucun article du code monétaire et financier ne régit ce placement, là où le livret A relève des articles L. 221-1 et suivants et le LEP de l'article L. 221-13. Le produit relève du droit commun des contrats bancaires, ce qui laisse à chaque banque la main sur ses paramètres.
Le plafond de versement est contractuel et non légal. Certains établissements le fixent à quelques dizaines de milliers d'euros, d'autres le portent à 10 millions d'euros. Cette capacité illimitée constitue le premier argument du produit face au livret A, plafonné à 22 950 euros, et au LDDS, plafonné à 12 000 euros.
La multidétention est autorisée. Un même épargnant ouvre autant de livrets bancaires qu'il le souhaite, dans autant de banques que nécessaire, alors que la règle d'unicité interdit de détenir deux livrets A ou deux LEP. Cette liberté prend son sens face au plafond de garantie des dépôts de 100 000 euros par établissement.
Les fonds restent disponibles à tout moment, sans frais, sans pénalité et sans durée minimale de détention. Le produit se différencie sur ce point du compte à terme, qui immobilise le capital contre un taux garanti sur une durée fixée à la souscription, et du plan d'épargne logement, dont le retrait partiel entraîne la clôture.
La rémunération par quinzaine constitue la dernière particularité de fonctionnement. Les intérêts ne courent pas au jour le jour dans la majorité des établissements : l'année se divise en 24 périodes et seules les quinzaines entières produisent un rendement. Les intérêts acquis sont capitalisés au 31 décembre et rejoignent le capital, devenant à leur tour producteurs d'intérêts l'année suivante.
La structure de détention révèle un produit à deux visages. L'Observatoire de l'épargne réglementée de la Banque de France recense 20 millions de livrets ordinaires pour 219 milliards d'euros d'encours à fin 2024, soit un encours moyen de 10 423 euros. Cette moyenne masque une concentration marquée : 83 % de l'encours se loge sur 12 % des livrets, ceux dont le solde dépasse 20 000 euros, tandis que 48 % des comptes affichent un solde de 150 euros ou moins. Les plus de 65 ans détiennent 43 % de l'encours alors qu'ils représentent 28 % de la population adulte.
La moitié des livrets bancaires français sont donc des reliquats dormants, souvent ouverts pendant l'enfance et jamais soldés. Plus de 20 % des titulaires étaient mineurs ou étudiants au moment de l'ouverture. L'autre extrémité de la distribution rassemble des épargnants dont les enveloppes défiscalisées sont saturées et qui cherchent une solution de trésorerie au-delà de 34 950 euros.
Ce positionnement situe le produit dans la hiérarchie de l'épargne liquide française. L'ensemble formé par le livret A, le LDDS, le LEP et les livrets ordinaires dépassait 955 milliards d'euros à fin 2024, pour une collecte nette annuelle de 20,1 milliards. Le patrimoine financier des ménages atteignait pour sa part 6 537,4 milliards d'euros au troisième trimestre 2025, dont 60 % logés dans des produits de taux. Le livret bancaire non réglementé occupe donc environ 23 % de l'épargne sur livret, une part significative pour un support dont le rendement net reste sous celui de toutes les enveloppes exonérées.