Assurance · ports, terminaux et chantiers navals

Assurance Ports, Terminaux et Chantiers Navals

Le seul plafond que la loi vous accorde porte sur la marchandise

L'article L5422-23 du Code des transports borne votre responsabilité de manutentionnaire à 666,67 droits de tirage spéciaux par colis, soit environ 793 euros. Ce plafond ne s'applique qu'à la marchandise. Le navire que vous touchez, le quai que vous endommagez et les journées d'exploitation que vous faites perdre échappent à toute limitation légale, et pèsent bien plus lourd.

A

793 euros par colis, 2,38 euros par kilogramme

L'article L5422-23 renvoie aux montants de l'article L5422-13, eux mêmes fixés par le paragraphe 5 de l'article 4 de la convention de Bruxelles du 25 août 1924 modifiée : 666,67 DTS par colis ou 2 DTS par kilogramme, la limite la plus élevée étant retenue. La bascule entre les deux règles se produit à 333,33 kilogrammes par colis. Une déclaration de valeur notifiée fait tomber le plafond.

B

Aucune limitation sur l'avarie au navire

Un portique qui heurte un panneau de cale, un conteneur qui tombe sur un pont, une remise à flot manquée en forme de radoub sortent du champ de la limitation au colis. Le recours de l'armateur se règle au droit commun, sans plafond, et se dimensionne sur la valeur de l'unité reçue, pas sur votre chiffre d'affaires.

C

Les jours d'arrêt coûtent plus que la réparation

Au relevé Harper Petersen du 24 juillet 2026, l'indice HARPEX s'établissait à 2 340, avec 57 000 dollars par jour pour un porte conteneurs de 4 250 EVP et 79 000 dollars pour un 8 500 EVP. Trois semaines d'immobilisation d'un 4 250 EVP représentent environ 1,05 million d'euros, soit plus du double d'une réparation de coque chiffrée 400 000 euros.

D

Une sinistralité concentrée sur des causes évitables

Le TT Club a analysé 4 000 sinistres supérieurs à 10 000 dollars sur six ans chez des exploitants de terminaux et de parcs à conteneurs, pour 341 millions de dollars, dont 1 600 dossiers représentant 130 millions relevaient d'incidents évitables. Les collisions d'engins de manutention pèsent 57 millions, soit 13,5 % du total analysé.

E

Zéro taxe sur les conventions d'assurance

Le 3° de l'article 995 du Code général des impôts exonère les contrats couvrant les risques de navigation maritime, et la doctrine administrative publiée au BOFiP sous la référence BOI-TCAS-ASSUR-10-40-30-30 étend cette exonération à la responsabilité civile des réparateurs de navires et des aconiers. Une police de responsabilité de droit commun supporte 9 % au titre du 6° de l'article 1001.

Fonctionnement

Notre méthode sur un dossier portuaire

01

Bilan de l'enceinte

Relevé des activités exercées sur le site, manutention, entreposage, réparation, construction, avitaillement, du tonnage traité, du nombre d'escales et de la taille des navires reçus. Lecture des conventions de terminal, des autorisations d'occupation temporaire et des conditions générales appliquées aux clients.

02

Étude des trois masses de risques

Chiffrage séparé de la marchandise plafonnée par la loi, du navire et des ouvrages qui ne le sont pas, et des biens propres. La limite se cale sur la valeur des unités accueillies et leur loyer journalier, jamais sur le chiffre d'affaires de l'entreprise.

03

Mise en concurrence des porteurs spécialisés

Présentation du dossier à plusieurs assureurs du marché portuaire et maritime sur une base identique : limites, sous limites enlèvement d'épave et pollution accidentelle, franchises par évènement et par année. La comparaison porte sur le périmètre réel, pas sur la seule prime affichée.

04

Attestations et suivi

Production des attestations exigées par la convention d'exploitation de terminal, alignement des dates d'effet entre polices, rédaction des procédures de réserve et de déclaration. Un interlocuteur unique pilote ensuite les sinistres jusqu'au règlement et prépare la révision annuelle.

Comparatif

Trois périmètres, trois niveaux d'exposition résiduelle

CritèreRC manutention seulePolice terminal complèteProgramme chantier naval
Marchandise confiéePlafonnée à 793 € par colisPlafonnée, rachat sur déclaration de valeurHors périmètre
Avarie au navire accueilliExclueGarantie, limite négociéeGarantie sur le navire confié
Immobilisation du navireExclueGarantie en suite de dommageGarantie, retard imputable compris
Portiques, cavaliers et outillageHors périmètreValeur de remplacementOutillage de chantier et formes
Enlèvement d'épave et pollutionExclusSous limite dédiéeSous limite dédiée
Taxe sur les conventions d'assurance0 %0 %0 %
Pour qui

À qui cette couverture s'adresse

Entreprises de manutention portuaire opérant sous le régime des articles L5422-19 à L5422-25 du Code des transports, avec une responsabilité plafonnée sur la marchandise et entière sur tout le reste.
Exploitants de terminaux devenus propriétaires de leur outillage depuis la réforme portuaire de 2008, et tenus par leur convention d'exploitation de souscrire les assurances correspondant à leurs responsabilités.
Chantiers de réparation navale qui prennent en garde des unités dont le loyer journalier atteint 57 000 dollars sur un 4 250 EVP, sans commune mesure avec la facture des travaux.
Chantiers de construction navale, dans une filière qui affiche 38 milliards d'euros de prises de commandes et 59 100 emplois directs selon le cahier économique du GICAN.
Entrepositaires, logisticiens et prestataires nautiques dont l'activité bascule entre régime légal de manutention et droit commun du dépôt, avec un plafond opposable différent selon l'opération.
★★★★★

« Nous avons découvert le vrai chiffre le jour où un portique a touché un panneau de cale. La réparation représentait un tiers de la facture, les dix huit jours d'immobilisation les deux autres tiers. Notre limite avait été calée sur le tonnage manutentionné, pas sur la taille des navires que nous recevons. »

Directeur d'exploitation · Terminal conventionnel, façade Atlantique
Questions

Les questions qui reviennent

Non. L'article L5422-23 du Code des transports vise les pertes et dommages subis par les marchandises. Une avarie causée à la coque, aux panneaux de cale ou aux apparaux relève du droit commun, sans plafond légal. C'est ce poste, augmenté de l'immobilisation qui en découle, qui commande la limite à souscrire.

Dès qu'une déclaration de valeur a été notifiée à l'entrepreneur de manutention, l'article L5422-23 écarte expressément le plafond. L'article L5422-24 frappe par ailleurs de nullité les clauses qui réduiraient les limites légales, renverseraient la charge de la preuve ou céderaient au manutentionnaire le bénéfice de l'assurance de la marchandise.

Un an. L'article L5422-25 renvoie aux articles L5421-12 et L5422-18 du Code des transports. Ce délai impose une déclaration rapide et une expertise contradictoire engagée sans attendre, faute de quoi le dossier probatoire se reconstitue difficilement.

Non. Le 3° de l'article 995 du Code général des impôts exonère les contrats couvrant les risques de navigation maritime, exonération étendue par la doctrine administrative à la responsabilité civile des réparateurs de navires et des aconiers, ainsi qu'aux assurances de construction des navires de commerce.

Sur le tonnage et le nombre d'unités manutentionnés, qui fixent la fréquence, sur la valeur et la taille des navires accueillis, qui fixent la gravité, et sur la qualité de l'exploitation, formation des conducteurs et maintenance des appareils de levage, qui module le tarif. Le chiffre d'affaires seul ne tarife pas ce risque.

Pour aller plus loin

Trois masses de risques dans une seule enceinte

L'assurance ports, terminaux et chantiers navals couvre les entreprises qui manutentionnent, entreposent, réparent ou construisent à l'intérieur d'une enceinte portuaire. Elle réunit trois masses de risques que rien n'oblige à loger dans le même contrat. La première est la responsabilité envers la marchandise confiée, plafonnée par l'article L5422-23 du Code des transports. La deuxième est la responsabilité envers le navire, le quai, l'outillage et les tiers, qu'aucun texte ne plafonne. La troisième regroupe les dommages aux biens propres de l'exploitant, portiques de quai, cavaliers, formes de radoub, hangars et systèmes d'exploitation. Seule la première masse est bornée par la loi. Les deux autres portent l'essentiel de l'exposition financière et se dimensionnent sur la valeur des unités accueillies, jamais sur le chiffre d'affaires de l'entreprise.

Le Code des transports consacre une section entière à la manutention maritime, les articles L5422-19 à L5422-25, dans leur rédaction issue de l'ordonnance n° 2010-1307 du 28 octobre 2010. L'article L5422-19 définit l'entrepreneur de manutention comme celui qui réalise la mise à bord et le débarquement des marchandises, y compris les opérations de mise et de reprise sous hangar et sur terre-plein qui en sont le préalable ou la suite nécessaire. Cette rédaction dessine le périmètre exact du régime légal : ce qui se joue entre le crochet du portique et la reprise sous hangar y entre, le reste relève du droit commun de la responsabilité contractuelle.

L'article L5422-20 resserre le cercle des demandeurs. Le manutentionnaire opère pour le compte de celui qui a requis ses services et ne répond qu'envers lui. Un réceptionnaire qui n'a pas contracté doit donc remonter la chaîne par son propre cocontractant, ce qui détermine qui appelle la garantie et devant quelle juridiction. Hors de ce lien contractuel, l'entreprise de manutention reste attaquable sur le fondement du droit commun de la responsabilité, sans le bénéfice du régime spécial.

L'article L5422-21 sépare deux régimes que les polices traitent différemment. Pour les opérations de manutention proprement dites, l'acconier répond des dommages qui lui sont imputables. Pour les opérations complémentaires accomplies pour le compte du navire, du chargeur ou du réceptionnaire, il est présumé avoir reçu la marchandise telle que déclarée par le déposant. Cette présomption fait du pointage à l'entrée, des réserves écrites et de la photographie horodatée les pièces maîtresses du dossier d'indemnisation.

Les volumes concernés donnent la mesure de l'exposition. HAROPA PORT, qui réunit Le Havre, Rouen et Paris, a manutentionné 84,7 millions de tonnes en 2025, en progression de 2 %, dont 3,2 millions de conteneurs équivalent vingt pieds, en hausse de 4 %, ce qui en fait le premier port à conteneurs de France (communiqué HAROPA PORT du 21 janvier 2026). Marseille Fos reste le premier port français en tonnage avec environ 75 millions de tonnes et le quatrième rang européen, malgré un trafic en repli de 1,2 % sur l'année sous l'effet des flux pétroliers (Mer et Marine, bilan 2025).

Le volet industriel de la couverture vise les chantiers. Selon le cahier économique du GICAN, la filière navale française a dépassé 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, en hausse de 9 %, pour 38 milliards de prises de commandes, 735 entreprises et 59 100 emplois directs. Un chantier de réparation accueille des unités dont la valeur dépasse de plusieurs ordres de grandeur son propre bilan : la forme 10 du grand port maritime de Marseille, 465 mètres sur 85, plus grande cale sèche de Méditerranée, reçoit des paquebots et des navires de pose de conduites.

Le marché anglo saxon désigne la garantie du réparateur par le sigle SRLL (ship repairer's legal liability), qui couvre les avaries causées au navire confié, la perte du matériel du client, les réclamations nées d'une erreur d'exécution et prolonge fréquemment sa portée jusqu'à 365 jours après la fin des travaux. Côté construction, la police de chantier garantit la coque en cours d'assemblage, les essais à la mer et le transfert au client. Ces deux briques se combinent avec la responsabilité civile d'exploitation et la couverture des biens propres pour former un programme cohérent.

Un dernier élément distingue ce marché de la responsabilité civile professionnelle classique. Le 3° de l'article 995 du Code général des impôts exonère de taxe sur les conventions d'assurance les contrats couvrant les risques de navigation maritime, et la doctrine administrative étend expressément cette exonération à la responsabilité civile des réparateurs de navires et des aconiers, ainsi qu'aux risques de construction des navires de commerce (BOFiP, BOI-TCAS-ASSUR-10-40-30-30). Une prime de responsabilité de droit commun supporte 9 % au titre du 6° de l'article 1001 du même code. La qualification portuaire du contrat vaut donc neuf points de prime.

Une quatrième dimension complète le tableau, le régime social propre au travail portuaire. La manutention relève du statut des ouvriers dockers et de la convention collective nationale unifiée ports et manutention, avec des équipes affectées à des opérations de levage lourd dans un environnement partagé entre engins roulants, appareils de levage et navires à quai. Un accident du travail sur un terminal expose l'employeur à l'action en reconnaissance de faute inexcusable, dont les conséquences financières, majoration de rente et indemnisation des préjudices personnels de la victime, échappent à la police de responsabilité civile d'exploitation. France Épargne vérifie systématiquement la présence et le niveau d'une garantie faute inexcusable dans le programme portuaire, car son absence laisse cette charge intégralement sur le compte de résultat de l'entreprise, plusieurs années après les faits.

Portique de quai déchargeant un porte conteneurs le long d'un terminal
HAROPA PORT a manutentionné 3,2 millions de conteneurs équivalent vingt pieds en 2025, premier rang français (source : HAROPA PORT, janvier 2026).

La marchandise couverte au delà du plafond légal

L'article L5422-23 borne la responsabilité à 666,67 DTS par colis ou 2 DTS par kilogramme, soit environ 793 euros et 2,38 euros au taux du Fonds monétaire international de juillet 2026. Le plafond tombe dès qu'une déclaration de valeur a été notifiée. La police reprend alors la charge réelle.

Le navire accueilli garanti sans plafond légal

Un heurt de portique sur un panneau de cale, une chute de conteneur sur un pont ou une avarie survenue en forme de radoub relèvent du droit commun. Aucune limitation au colis ne s'applique. La limite de garantie se fixe sur la valeur des unités reçues et sur leur loyer journalier.

L'immobilisation du navire prise en charge

Le recours de l'armateur additionne la réparation et les journées perdues. Aux relevés Harper Petersen du 24 juillet 2026, un porte conteneurs de 4 250 EVP se loue 57 000 dollars par jour, un 8 500 EVP 79 000 dollars. Trois semaines d'arrêt dépassent le million d'euros.

Les portiques et engins de parc assurés en valeur

Les collisions d'engins de manutention pèsent 57 millions de dollars dans l'analyse de sinistres du TT Club, soit 13,5 % du total étudié. Les incendies d'engins représentent 19 % des sinistres incendie de la décennie. La garantie des biens propres couvre le remplacement et la perte d'exploitation associée.

Les ouvrages portuaires concédés protégés

La cession de l'outillage aux opérateurs est obligatoire depuis la réforme portuaire de 2008, et la convention type d'exploitation de terminal impose de souscrire toutes les assurances correspondant aux responsabilités assumées. Quais, ducs d'Albe, défenses d'accostage et voies ferrées entrent dans le périmètre.

Neuf points de prime économisés par la qualification maritime

Le 3° de l'article 995 du Code général des impôts exonère ces contrats de taxe sur les conventions d'assurance, y compris la responsabilité civile des réparateurs de navires et des aconiers. Une police de responsabilité de droit commun supporte 9 % au titre du 6° de l'article 1001.

Un seul programme pour des activités mêlées

Un même site combine souvent manutention, entreposage, avitaillement et petite réparation. Répartir ces activités sur trois assureurs crée des zones grises entre polices. Un programme unique aligne les définitions, les franchises et les dates d'effet sur l'ensemble de l'enceinte.

Votre plafond de garantie est-il calé sur les navires que vous recevez ?

Un conseiller France Épargne reprend votre tonnage manutentionné, la taille des unités accueillies et vos limites actuelles pour situer l'écart. Réponse sous six heures ouvrées.

Faire situer mon exposition

Comment la garantie se déclenche et jusqu'où elle porte

Le mécanisme d'indemnisation part d'un plafond légal dont l'arithmétique surprend. L'article L5422-23 renvoie aux montants de l'article L5422-13, lequel renvoie lui même au paragraphe 5 de l'article 4 de la convention de Bruxelles du 25 août 1924 modifiée. Ces montants s'établissent à 666,67 droits de tirage spéciaux par colis ou unité, ou 2 droits de tirage spéciaux par kilogramme de marchandise perdue ou endommagée, la limite la plus élevée étant retenue. Au taux du Fonds monétaire international de juillet 2026, un droit de tirage spécial vaut environ 1,19 euro, ce qui porte le plafond au colis à 793 euros et le plafond au poids à 2,38 euros par kilogramme.

La bascule entre les deux règles se produit à un point précis : 333,33 kilogrammes par colis. En dessous de ce poids unitaire, la règle du colis gouverne et le plafond reste figé à 793 euros quelle que soit la valeur. Au dessus, la règle du poids prend le relais et le plafond grimpe proportionnellement. Une palette de composants électroniques de 200 kilogrammes valant 60 000 euros est donc plafonnée à 793 euros, soit 1,3 % de sa valeur. Une bobine d'acier de 20 tonnes valant 15 000 euros est plafonnée à 47 600 euros, au dessus de sa valeur réelle. L'abri légal varie d'un facteur soixante selon la nature du trafic, sans lien avec les sommes en jeu.

Deux évènements font sauter ce plafond. Le premier est la déclaration de valeur notifiée à l'entrepreneur, expressément visée par l'article L5422-23 : dès qu'elle est reçue, la limitation cesse et la charge redevient intégrale. Le second est le dommage qui ne porte pas sur la marchandise. Un portique qui heurte un panneau de cale, un cavalier qui écrase une conduite, une remise à flot manquée en forme de radoub causent des avaries au navire ou aux ouvrages, hors du champ de la limitation au colis.

C'est là que se loge l'essentiel du recours. Un armateur dont le navire est retenu réclame la réparation matérielle, mais surtout les journées d'exploitation perdues, valorisées au taux d'affrètement du marché. Les relevés hebdomadaires de Harper Petersen situaient l'indice HARPEX à 2 340 le 24 juillet 2026, avec 11 000 dollars par jour pour un feeder de 700 EVP, 38 000 dollars pour un 2 500 EVP, 57 000 dollars pour un 4 250 EVP et 79 000 dollars pour un 8 500 EVP. Aucun texte ne plafonne ce poste, qui croît linéairement avec la durée de l'arrêt.

L'article L5422-22 énumère cinq causes d'exonération opposables au demandeur : l'incendie, un fait constituant un évènement non imputable à l'entrepreneur, la grève ou le lock out, la faute du chargeur notamment dans l'emballage, le conditionnement ou le marquage, et le vice propre de la marchandise. Le demandeur conserve la faculté de prouver une faute. La qualité du dossier probatoire, main courante, réserves, rapports d'expertise contradictoire, décide donc du sort de la plupart des réclamations.

L'article L5422-24 verrouille l'édifice contractuel. Sont nulles les clauses qui écartent la responsabilité définie par la loi, renversent la charge de la preuve, réduisent les limites légales ou attribuent au manutentionnaire le bénéfice de l'assurance de la marchandise. Une police ne peut donc pas s'appuyer sur des conditions générales de vente pour rétrécir l'assiette du risque : la garantie doit être construite sur le régime légal, pas contre lui.

Les délais serrent le calendrier. L'article L5422-25 renvoie aux articles L5421-12 et L5422-18, qui fixent la prescription des actions à un an. Une déclaration tardive à l'assureur, une expertise repoussée ou une réserve non confirmée par écrit consomment un délai déjà court. Les polices de terminal imposent en conséquence une déclaration sous quelques jours et une expertise conservatoire immédiate.

La mécanique de souscription suit trois données objectives. Le tonnage et le nombre d'unités manutentionnés fixent la fréquence attendue. La valeur unitaire des navires accueillis et leur taille fixent la gravité maximale. La qualité de l'exploitation, formation des conducteurs d'engins, maintenance des appareils de levage, plan de circulation du parc, module la tarification. L'analyse du TT Club portant sur 4 000 sinistres supérieurs à 10 000 dollars en six ans, pour un coût total de 341 millions de dollars, montre que 1 600 dossiers représentant 130 millions relevaient d'incidents évitables. La prévention constitue donc un levier de prime documenté, pas un argument de façade.

1

Bilan de l'exposition portuaire

Un conseiller France Épargne recense les activités exercées sur le site, manutention, entreposage, réparation, construction, avitaillement, puis relève le tonnage traité, le nombre d'escales et la taille des unités reçues. Les conventions de terminal, les autorisations d'occupation temporaire et les conditions générales appliquées aux clients sont relues à ce stade.

2

Étude des masses de risques

Les trois masses sont chiffrées séparément : responsabilité envers la marchandise sur la base du régime légal et des déclarations de valeur reçues, responsabilité envers le navire et les ouvrages sur la valeur des unités et leur loyer journalier, biens propres sur la valeur de remplacement des portiques et engins de parc.

3

Mise en concurrence des porteurs spécialisés

Le dossier est présenté à plusieurs assureurs du marché portuaire et maritime sur une base identique, limites, sous limites, franchises par évènement et par année, extensions enlèvement d'épave et pollution accidentelle. La comparaison porte sur le périmètre réel, pas sur la seule prime affichée.

4

Mise en place du programme

Les dates d'effet sont alignées entre les polices pour supprimer les zones grises. Les attestations exigées par la convention d'exploitation de terminal sont produites au gestionnaire du domaine. Les procédures internes de réserve et de déclaration sont écrites et remises aux chefs d'escale.

5

Suivi et révision annuelle

Les sinistres sont pilotés par un interlocuteur unique jusqu'au règlement. La révision annuelle intègre l'évolution du tonnage, l'arrivée d'unités plus grandes, les investissements en outillage et les mesures de prévention réalisées, qui pèsent sur la tarification de l'exercice suivant.

Parc à conteneurs organisé en travées avec cavaliers en circulation
Les collisions d'engins de manutention pèsent 57 millions de dollars, soit 13,5 % des sinistres analysés (source : TT Club).

Quelle formule choisir ?

Responsabilité de manutention seule

  • Couvre la marchandise confiée dans le cadre des articles L5422-19 à L5422-25
  • Plafond calé sur 666,67 DTS par colis ou 2 DTS par kilogramme, soit 793 euros et 2,38 euros
  • Laisse hors garantie l'avarie causée au navire, au quai et à l'outillage
  • Adaptée à un prestataire de manutention sans domanialité ni outillage propre
  • Exonérée de taxe sur les conventions d'assurance au titre du 3° de l'article 995 du CGI

Police terminal tous risques

  • Réunit responsabilité marchandise, responsabilité navire et ouvrages, biens propres
  • Limite fixée par évènement sur la valeur des unités accueillies et leur loyer journalier
  • Intègre les portiques, cavaliers et grues mobiles en valeur de remplacement
  • Couvre l'enlèvement d'épave et la pollution accidentelle du plan d'eau
  • Répond aux obligations d'assurance de la convention d'exploitation de terminal

Programme chantier naval

  • Garantit le navire confié en réparation et la coque en cours de construction
  • Couvre les essais à la mer et le transfert au client à la livraison
  • Prolonge la garantie après achèvement des travaux, jusqu'à 365 jours sur le marché SRLL
  • Prend en charge l'immobilisation du navire imputable à une faute du chantier
  • Se combine au régime de garantie publique de la construction navale, jusqu'à 80 % du risque de défaillance

Chiffres Clés

CritèreDonnéeSource
Plafond légal par colis ou unité666,67 DTS, soit environ 793 eurosConvention de Bruxelles art. 4 §5, via C. transports L5422-13
Plafond légal au poids2 DTS par kilogramme, soit environ 2,38 eurosConvention de Bruxelles art. 4 §5, via C. transports L5422-13
Poids unitaire de bascule entre les deux plafonds333,33 kilogrammes par colisCalcul France Épargne sur la base des deux limites
Prescription des actions contre le manutentionnaire1 anCode des transports, art. L5422-25
Sinistres de terminaux analysés sur six ans4 000 dossiers pour 341 millions de dollarsTT Club
Part imputable à des incidents évitables1 600 dossiers pour 130 millions de dollarsTT Club
Collisions d'engins de manutention57 millions de dollars, soit 13,5 %TT Club
Primes mondiales d'assurance maritime39,92 milliards de dollarsIUMI Stats Report 2025, données 2024
Primes corps de navire dans le monde9,67 milliards de dollars, en hausse de 3,5 %IUMI Stats Report 2025, données 2024
Trafic HAROPA PORT84,7 millions de tonnes et 3,2 millions d'EVPHAROPA PORT, janvier 2026
Chiffre d'affaires de la filière navale française17,1 milliards d'euros, en hausse de 9 %GICAN, cahier économique 2025
Taxe sur les conventions d'assurance applicable0 % au lieu de 9 %CGI art. 995, 3° et art. 1001, 6°

Combien coûte une journée d'arrêt du navire que vous avez endommagé ?

Le simulateur de la page chiffre le cumul réparation plus immobilisation à partir de la taille du navire et de la durée des travaux. Un conseiller France Épargne en tire la limite de garantie à retenir.

Chiffrer mon recours armateur

Lecture de marché : où se déplace le risque portuaire

Le marché mondial de l'assurance maritime a atteint 39,92 milliards de dollars de primes en 2024, en progression de 1,5 % sur un an, selon le rapport statistique 2025 de l'International Union of Marine Insurance. Le corps de navire pèse 9,67 milliards, en hausse de 3,5 %, porté par la revalorisation des unités. Les facultés atteignent 22,64 milliards, en hausse de 1,6 %, tirées par la valeur des expéditions. L'énergie offshore recule de 7,9 % à 4,34 milliards. L'Europe demeure le premier marché du corps, avec un ratio de sinistralité stable depuis 2019. Cette photographie donne le contexte tarifaire dans lequel s'inscrivent les programmes portuaires, adossés aux mêmes capacités.

La sinistralité des terminaux se concentre sur un petit nombre de causes répétitives. L'analyse du TT Club portant sur 4 000 dossiers supérieurs à 10 000 dollars, cumulés sur six ans chez des exploitants de terminaux et de parcs à conteneurs, aboutit à 341 millions de dollars de coût. Le club identifie 1 600 dossiers représentant 130 millions comme évitables. Les collisions d'engins de manutention, à elles seules, comptent pour 57 millions, soit 13,5 % du total. Les incendies d'engins forment 19 % des sinistres incendie enregistrés sur la décennie. Le cuivre s'impose comme la marchandise la plus volée dans les données 2025 du club, signe d'un vol de fret devenu structurel plutôt qu'opportuniste.

La transformation industrielle des ports déplace le profil du risque. HAROPA PORT a investi 190 millions d'euros en 2025, dont 91,6 millions sur la transition écologique, et prévoit un montant identique en 2026 dans un projet stratégique dépassant le milliard d'euros à l'horizon de la fin de la décennie. L'électrification à quai est entrée en service pour les navires de croisière et le chantier de la chatière du Havre creuse un accès fluvial de 1 800 mètres vers les terminaux. Chaque équipement nouveau ajoute une valeur assurable et une cause de dommage inédite, du câble haute tension au poste de connexion.

Le soutien public accélère ce mouvement. L'ADEME a ouvert le 2 avril 2026 un appel à projets de 62,2 millions d'euros consacré à la décarbonation du secteur maritime, incluant les infrastructures portuaires et les équipements d'avitaillement en carburants alternatifs. Le stockage de méthanol, d'ammoniac ou d'hydrogène en zone portuaire relève de régimes de danger distincts de ceux du fioul lourd, avec des conséquences directes sur les exclusions et les sous limites des polices existantes.

Du côté des chantiers, le carnet de commandes protège l'activité mais concentre la valeur exposée. La filière navale française affiche 38 milliards d'euros de prises de commandes selon le cahier économique du GICAN, pour un chiffre d'affaires de 17,1 milliards réparti à 70 % sur la défense et 30 % sur le civil. Les 735 entreprises recensées emploient 59 100 personnes directement, soit environ 15 000 postes créés en dix ans, ce qui fait de la filière le quatrième créateur net d'emplois industriels du pays. Un carnet long signifie des navires simultanément en construction, donc des valeurs cumulées sur une même emprise.

La réparation navale suit un cycle différent, dicté par les arrêts techniques réglementaires. Les grandes formes françaises accueillent des paquebots, des navires offshore et des unités de service. La forme 10 de Marseille, mise en service en 1975, mesure 465 mètres sur 85 et reste la plus grande cale sèche de Méditerranée, troisième au monde. Recevoir une unité de cette dimension revient à concentrer, pendant plusieurs semaines, une valeur de coque et un loyer journalier hors de proportion avec la facture des travaux.

C'est ce décalage qui structure la tarification moderne. La police ne suit plus le chiffre d'affaires du prestataire mais la valeur maximale exposée en un point du site à un instant donné. Deux terminaux au même tonnage n'ont pas la même prime si l'un reçoit des feeders de 700 EVP et l'autre des unités de 8 500 EVP, dont l'affrètement se négociait respectivement 11 000 et 79 000 dollars par jour au relevé Harper Petersen du 24 juillet 2026.

La dernière évolution touche la nature même des réclamations. L'automatisation des parcs, la télé exploitation des portiques et l'interconnexion des systèmes d'information portuaires créent des scénarios où une défaillance logicielle arrête l'exploitation sans dommage matériel. Les polices portuaires traitent encore inégalement cette hypothèse. Vérifier la présence, la limite et le fait générateur d'une extension de carence des systèmes fait désormais partie de la relecture annuelle, au même titre que le contrôle des sommes assurées sur les appareils de levage.

La capacité disponible conditionne le niveau des limites réellement accessibles. Les porteurs spécialisés du risque portuaire s'appuient sur les mêmes bilans que le corps de navire, dont les primes ont progressé de 3,5 % à 9,67 milliards de dollars sur l'exercice 2024. Lorsque la sinistralité maritime se dégrade, les limites hautes se raréfient d'abord sur les risques d'accumulation, ceux où une seule enceinte concentre au même instant des navires à quai, des marchandises en parc et de l'outillage de levage. Un terminal qui présente son dossier trois semaines avant l'échéance négocie alors dans les pires conditions. Préparer le renouvellement plusieurs mois à l'avance, relevé de sinistralité et plan de prévention à l'appui, reste le levier le plus documenté pour conserver la limite obtenue l'exercice précédent et éviter une hausse de franchise imposée.

Le coût journalier d'une immobilisation de navire

Taux d'affrètement (en dollars par jour)
+11 000+30 500+38 000+57 000+72 000+79 000700 EVP1 700 EVP2 500 EVP4 250 EVP6 500 EVP8 500 EVP
Source : Harper Petersen, indice HARPEX, relevé du 24 juillet 2026
Navire en cale sèche entouré d'échafaudages dans une forme de radoub
La filière navale française a dépassé 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025 (source : GICAN, cahier économique).

Obligations légales, exclusions et pièges contractuels

L'obligation d'assurance de l'exploitant portuaire découle du contrat qui lui donne accès au domaine public. La convention type d'exploitation de terminal dans les ports maritimes impose à l'entreprise de souscrire toutes les assurances correspondant à l'exercice de ses responsabilités au titre de la convention. Depuis la réforme portuaire de 2008, la cession de l'outillage aux opérateurs est obligatoire, ce qui a transféré aux entreprises la charge d'assurer des portiques et des grues autrefois portés par l'établissement public. La qualification juridique compte : les conventions de terminal conclues sur le fondement de l'article R5312-84 du Code des transports sont des contrats administratifs, et l'acte de cession de l'outillage, indissociable de la convention, suit le même régime. Le contentieux relève donc du juge administratif, ce qui allonge les délais et renchérit la défense.

La deuxième source d'obligation est contractuelle. Les conditions générales de vente des opérateurs portuaires cherchent naturellement à limiter la charge, mais l'article L5422-24 du Code des transports frappe de nullité quatre familles de clauses : celles qui écartent la responsabilité définie par la loi, celles qui renversent la charge de la preuve, celles qui réduisent les limites légales et celles qui cèdent au manutentionnaire le bénéfice de l'assurance de la marchandise. Une police bâtie sur la foi de clauses nulles laisse un trou de garantie exactement là où le risque se réalise.

Les exclusions récurrentes des polices portuaires méritent une lecture ligne à ligne. L'usure et le vice propre de l'engin, la manutention d'unités hors gabarit non déclarées, les opérations réalisées sans plan de levage écrit, les dommages de manutention aux marchandises non emballées, le retard pur non consécutif à un dommage matériel figurent régulièrement au rang des exclusions. Les sous limites méritent la même attention : l'enlèvement d'épave, la pollution accidentelle, les frais de décontamination et les dommages aux ouvrages sous concession sont fréquemment plafonnés à un niveau très inférieur à la limite générale.

Le calendrier procédural constitue un piège spécifique. Les actions contre l'entreprise de manutention se prescrivent par un an en application de l'article L5422-25, qui renvoie aux articles L5421-12 et L5422-18. Ce délai court vite quand une expertise contradictoire tarde à se mettre en place. Les réserves formulées à la prise en charge doivent être écrites, datées et communiquées au cocontractant, faute de quoi la présomption de l'article L5422-21 sur les opérations complémentaires se retourne contre l'exploitant.

Les cas d'exonération de l'article L5422-22 ne fonctionnent que s'ils sont documentés. Invoquer l'incendie, la grève, le vice propre ou la faute du chargeur suppose de produire un dossier probatoire immédiat, main courante horodatée, constat d'huissier, rapport d'expert, photographies du conditionnement. Le demandeur conserve la possibilité de démontrer une faute, ce qui neutralise l'exonération. Une organisation interne écrite vaut mieux qu'une clause bien rédigée.

Le volet chantier appelle des vérifications propres. Le régime de garantie à la construction navale, créé en 2005 et modifié en 2015, permet à l'État de garantir jusqu'à 80 % du risque de défaillance du chantier assumé par un financier ou un garant pendant la construction d'un navire civil (source : Direction générale du Trésor). Cette garantie publique protège le financement, pas le navire : elle ne dispense en rien d'une police de chantier naval couvrant la coque en cours d'assemblage, les essais à la mer et la période de transfert au client. Confondre les deux revient à laisser la valeur physique sans couverture.

Sur le terrain fiscal, la qualification maritime du contrat produit un effet direct et vérifiable. Le 3° de l'article 995 du Code général des impôts exonère de taxe sur les conventions d'assurance les contrats couvrant les risques de toute nature de la navigation maritime pour les navires de commerce et de pêche. La doctrine administrative publiée au BOFiP sous la référence BOI-TCAS-ASSUR-10-40-30-30 étend cette exonération à la responsabilité civile des réparateurs de navires et des aconiers, ainsi qu'aux assurances couvrant les risques de construction des navires de commerce. À défaut de cette qualification, le contrat supporte 9 % au titre du 6° de l'article 1001 du même code.

Deux vérifications concluent la revue annuelle. La première porte sur la cohérence des sommes assurées : un portique de quai remplacé, une extension de parc, un nouvel engin de levage modifient la valeur exposée sans que la police suive automatiquement. La seconde porte sur l'alignement des dates d'effet entre la police de responsabilité, la police de dommages aux biens et l'éventuelle police de construction, car un décalage de quelques semaines suffit à créer une période où le sinistre le plus lourd tombe entre deux contrats.

Questions Fréquentes sur l'Assurance Ports, Terminaux et Chantiers Navals

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Sur un terminal, la seule limite que la loi vous accorde porte sur la marchandise, et elle est basse : 666,67 droits de tirage spéciaux par colis. Le jour où un portique touche un navire, plus aucun plafond ne s'applique, et la facture se compte en journées d'affrètement perdues, pas en tonnes manutentionnées.

Conseiller risques maritimes et portuairesConseiller en Gestion de Patrimoine, France Épargne

À qui s'adresse cette couverture ?

Les entreprises de manutention portuaire constituent le premier profil concerné. Elles opèrent sous le régime des articles L5422-19 à L5422-25 du Code des transports, avec une responsabilité plafonnée sur la marchandise mais entière sur tout le reste. Une structure qui traite quelques centaines de milliers de tonnes par an sur des trafics conventionnels, acier, colis lourds, vrac ensaché, présente une fréquence de dommages élevée et des montants unitaires modérés. La franchise et la gestion documentaire des réserves comptent alors davantage que la limite haute. À l'inverse, un opérateur de conteneurs qui manipule des unités de 8 500 EVP concentre le risque sur quelques évènements graves.

Les exploitants de terminaux forment le deuxième profil, avec une exposition élargie par la domanialité. Depuis la réforme portuaire de 2008, la cession de l'outillage aux opérateurs a fait entrer dans leur bilan des portiques de quai, des cavaliers et des grues mobiles dont le remplacement se chiffre en millions d'euros et dont les délais de fabrication se comptent en mois. La convention d'exploitation de terminal, contrat administratif conclu sur le fondement de l'article R5312-84 du Code des transports, impose de surcroît la souscription des assurances correspondant aux responsabilités assumées. Le programme doit donc satisfaire un cocontractant public autant qu'un besoin économique.

Les chantiers de réparation navale présentent le profil le plus asymétrique du secteur. La facture d'un arrêt technique n'a pas de commune mesure avec la valeur du navire immobilisé ni avec son loyer journalier. Recevoir un porte conteneurs de 4 250 EVP en forme de radoub revient à prendre en garde une unité dont l'affrètement se négociait 57 000 dollars par jour au relevé Harper Petersen du 24 juillet 2026. Le retard imputable au chantier se paie en journées d'exploitation perdues, poste que la garantie doit expressément viser sous peine de rester à la charge de l'entreprise.

Les chantiers de construction navale exposent une valeur croissante au fil de l'avancement. La coque, les équipements installés et les essais à la mer se cumulent sur une même emprise. La filière française affiche 38 milliards d'euros de prises de commandes selon le cahier économique du GICAN, ce qui signifie plusieurs unités en construction simultanée sur les sites les plus chargés. Le régime de garantie publique à la construction navale, qui couvre jusqu'à 80 % du risque de défaillance selon la Direction générale du Trésor, sécurise le financement mais laisse entière la nécessité d'une police de chantier couvrant la valeur physique en cours d'assemblage.

Les entrepositaires et logisticiens portuaires relèvent d'un régime mixte. Leur activité bascule entre le régime légal de manutention lorsqu'ils accomplissent les opérations de mise et de reprise sous hangar, et le droit commun du dépôt pour le stockage de longue durée. Cette frontière détermine à la fois le plafond opposable et le délai de prescription. Une police mal calée sur cette dualité laisse des marchandises couvertes sous un régime et pas sous l'autre, précisément à l'endroit où le sinistre se produit.

Les prestataires de services nautiques complètent la liste : remorquage portuaire, lamanage, avitaillement, collecte de déchets, dragage d'entretien. Leur exposition porte moins sur la marchandise que sur le navire assisté et sur les ouvrages du plan d'eau. Une manœuvre manquée peut endommager une écluse, un duc d'Albe ou une défense d'accostage, avec un coût de remise en état et une immobilisation du poste à quai qui frappent l'ensemble des clients du terminal.

Les groupes multi sites poursuivent une logique différente. Une entreprise présente sur plusieurs ports français cherche l'homogénéité des définitions, des franchises et des attestations plutôt que le meilleur tarif site par site. La consolidation des expositions donne accès à des capacités plus larges et à une négociation unique, tandis que la dispersion géographique réduit la probabilité d'un cumul sur un même évènement climatique ou social.

Enfin, les sociétés de projet portuaire, créées pour construire et exploiter un terminal neuf ou un poste dédié, cumulent phase de travaux et phase d'exploitation. Le passage de la police de chantier à la police d'exploitation crée une période sensible où la réception des ouvrages, la mise en service des équipements et les premières escales se chevauchent. Aligner les dates d'effet et faire viser le raccordement par les deux assureurs supprime cette zone grise. Les investissements portuaires en cours, 190 millions d'euros engagés par HAROPA PORT en 2025 dont 91,6 millions sur la transition écologique, multiplient ce cas de figure.

Un dernier profil échappe souvent au radar, celui des sous traitants qui interviennent en enceinte portuaire sans y être établis : nettoyage de cales, soudure, contrôle non destructif, calage et saisissage, maintenance des groupes frigorifiques. Ces entreprises travaillent sur des navires et des cargaisons dont la valeur dépasse de très loin leur capital social, sous des ordres de service qui leur transfèrent une responsabilité qu'elles n'ont jamais chiffrée. France Épargne relit ces ordres de service avant de dimensionner la garantie, parce qu'une clause de renonciation à recours absente ou mal rédigée transforme une intervention facturée quelques milliers d'euros en recours de plusieurs centaines de milliers. La même vérification s'applique aux contrats de mise à disposition de personnel, où la question de savoir qui dirige effectivement l'opération décide de l'assureur appelé à garantir le sinistre.

Équipe portuaire en tenue de sécurité coordonnant une opération de manutention
Manutentionnaires, exploitants de terminaux, chantiers navals et prestataires nautiques relèvent de régimes de responsabilité distincts.

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