Livret A : le choc énergétique pourrait faire remonter le taux à 1,8 % dès août 2026
L'inflation française a bondi à 1,7 % en mars sous l'effet de la flambée des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen Orient. La formule de calcul du Livret A pourrait entraîner une révision du taux à 1,7 % ou 1,8 % au 1er août, après des mois de décollecte record.

Après être tombé à 1,5 % au 1er février 2026, son plus bas niveau depuis quatre ans, le taux du Livret A pourrait connaître un rebond inattendu dès le 1er août. La raison tient en un mot : l'énergie. Le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, consécutif aux frappes israélo américaines de fin février, a provoqué une flambée des cours du pétrole et du gaz qui se répercute désormais sur les prix à la consommation en France.
L'inflation repart sous l'effet du choc pétrolier
Les derniers chiffres publiés par l'INSEE le confirment : l'indice des prix à la consommation a progressé de 1,7 % sur un an en mars 2026, contre seulement 0,9 % en février et 0,3 % en janvier. Cette accélération brutale s'explique principalement par le rebond des prix de l'énergie, en hausse de 7,3 % sur un an en mars, alors qu'ils reculaient encore de 2,9 % le mois précédent.
Les produits pétroliers (essence, gazole, fioul domestique) sont les premiers responsables de ce retournement. Le baril de Brent, qui oscillait autour de 75 dollars en janvier, a franchi la barre des 100 dollars après le début du conflit, avant de redescendre légèrement autour de 95 dollars à la faveur du cessez le feu temporaire annoncé le 8 avril.
Les autres composantes de l'inflation restent mieux contenues. L'alimentation progresse de 1,8 % sur un an (contre 2,0 % en février), les services de 1,7 % (contre 1,6 %), tandis que les produits manufacturés reculent de 0,6 %. Le choc est donc avant tout énergétique, ce qui pose la question de sa durée.
Pourquoi le taux du Livret A pourrait remonter
Le mécanisme est automatique. Depuis la réforme de février 2020, le taux du Livret A résulte d'une formule précise : la moyenne entre le taux €STR (taux interbancaire au jour le jour publié par la BCE) et l'inflation hors tabac, calculés sur les six mois précédant la révision, le tout arrondi au dixième de point le plus proche, avec un plancher fixé à 0,5 %.
La prochaine révision sera calculée à la mi juillet, sur la base des données de janvier à juin 2026. L'inflation moyenne du semestre, initialement anticipée autour de 1,17 %, a été révisée à 1,42 % par les économistes de Meilleurtaux Placement, du fait du choc énergétique. Si les prix de l'énergie restent élevés, elle pourrait atteindre 1,5 % à 1,7 % sur le semestre.
Côté taux interbancaire, l'€STR se maintient autour de 1,9 % à 2 % depuis la stabilisation des taux directeurs de la BCE en juin 2025. En combinant ces deux composantes, le taux théorique du Livret A pourrait s'établir entre 1,7 % et 1,8 % pour la révision du 1er août 2026.
Trois scénarios pour le 1er août
- Scénario bas (1,6 %) : l'inflation ralentit au printemps grâce à un cessez le feu durable et à la réouverture effective du détroit d'Ormuz, ramenant la moyenne semestrielle sous les 1,3 %.
- Scénario central (1,7 %) : les tensions géopolitiques persistent sans escalade majeure. Les prix de l'énergie restent élevés, et l'inflation moyenne du semestre se stabilise autour de 1,4 % à 1,5 %.
- Scénario haut (1,8 %) : le conflit s'enlise, le détroit d'Ormuz reste partiellement bloqué, et l'inflation accélère vers 2 % en fin de semestre.
Le gouvernement pourrait il bloquer la hausse ?
La formule de calcul ne s'applique pas de manière automatique. Le gouverneur de la Banque de France propose un taux, que le ministère de l'Économie peut accepter ou modifier pour des « raisons économiques ou sociales ». En janvier 2026, François Villeroy de Galhau avait déjà recommandé un taux de 1,4 % (résultat de la formule), mais Bercy avait choisi de maintenir le taux à 1,5 % pour soutenir l'attractivité de l'épargne réglementée.
Pour août, le scénario d'un gel du taux ne peut être écarté. Philippe Crevel, macroéconomiste spécialiste de l'épargne, anticipe que le gouvernement pourrait « ne pas relever le taux, considérant la hausse des prix comme temporaire ». Antoine Saintoyant, directeur adjoint à la Caisse des dépôts et consignations, rappelle de son côté qu'« en dessous de 2 %, les conditions de financement restent intéressantes » pour les opérateurs du logement social, mais qu'« au delà de 2 %, cela pourrait avoir des conséquences » sur la construction.
Le logement social constitue en effet un enjeu majeur de cette décision. La CDC finance chaque année des dizaines de milliers de logements sociaux grâce aux fonds collectés sur le Livret A et le LDDS. En 2025, 108 000 logements sociaux et 14 000 logements intermédiaires ont été financés, pour un encours total de 3,6 milliards d'euros de prêts PLAI. Une hausse du taux renchérit le coût de financement de ces programmes, dans un contexte où la production est jugée « nettement insuffisante » depuis 2014.
Les épargnants boudent déjà le Livret A
Le passage du taux de 3 % à 2,4 %, puis à 1,5 % en deux étapes (février 2025 et février 2026) a provoqué un mouvement de décollecte inédit. Sur les deux premiers mois de 2026, les Français ont retiré 2,61 milliards d'euros de leur Livret A, dont 1,87 milliard en janvier et 740 millions en février. Le LDDS enregistre également une décollecte de 400 millions d'euros sur la même période.
L'encours total du Livret A et du LDDS s'établit à 612,2 milliards d'euros fin février 2026, dont 447 milliards pour le seul Livret A. Le LEP, dont le taux de 2,5 % reste plus attractif, fait figure d'exception avec une collecte positive de 180 millions d'euros en février, portant son encours à 84 milliards d'euros.
Ces retraits profitent principalement à l'assurance vie, qui a engrangé 44 milliards d'euros de collecte nette en 2025, et aux comptes à terme, dont les rendements bruts avoisinent 2,5 % à 3 %. Une remontée du taux du Livret A pourrait freiner cette hémorragie, mais ne suffira probablement pas à inverser la tendance tant que le rendement réel (taux nominal moins inflation) reste négatif.
Quel rendement réel pour les épargnants ?
C'est le paradoxe de la situation actuelle. La hausse du taux du Livret A serait provoquée par l'inflation, ce qui signifie que le rendement réel ne s'améliorerait pas nécessairement. À 1,7 % de taux nominal et 1,7 % d'inflation, le rendement réel serait nul. À 1,8 % avec une inflation à 2 %, il resterait négatif de 0,2 point.
L'OFCE estime que l'inflation française devrait osciller entre 1,8 % et 2,3 % en glissement annuel sur le reste de l'année 2026, selon le scénario retenu pour la durée du conflit. Le pouvoir d'achat des ménages reculerait de 0,4 % selon les prévisions publiées le 8 avril, poussant le taux d'épargne à 17,6 % du revenu disponible brut. Les ménages « puiseraient dans leur épargne pour lisser à court terme leur consommation face à la baisse de leur pouvoir d'achat ».
Comparaison des placements d'épargne en avril 2026
- LEP (Livret d'épargne populaire) : 2,5 % net, plafond 10 000 €, réservé aux revenus modestes. Projection août : 2,7 % à 2,8 %.
- Livret A : 1,5 % net, plafond 22 950 €, accessible à tous. Projection août : 1,6 % à 1,8 %.
- LDDS : 1,5 % net, plafond 12 000 €, suit le taux du Livret A.
- Comptes à terme : 2,5 % à 3 % brut (soit environ 1,8 % net après prélèvement forfaitaire unique), capital bloqué.
- Fonds en euros (assurance vie) : rendement moyen brut de 2,65 % en 2025, soit environ 2,19 % net de prélèvements sociaux.
Ce qu'il faut surveiller d'ici l'été
Trois facteurs détermineront le taux du Livret A au 1er août. Le premier est l'issue des négociations de paix d'Islamabad, qui se tiennent ce 11 avril entre les délégations américaine et iranienne. Un accord durable sur la réouverture du détroit d'Ormuz ferait reculer les prix du pétrole et, par ricochet, l'inflation française.
Le deuxième facteur concerne la politique monétaire de la BCE. Le Conseil des gouverneurs, réuni fin avril, devra arbitrer entre soutien à la croissance et lutte contre l'inflation importée. Une hausse des taux directeurs, envisagée par Christine Lagarde dans ses déclarations du 19 mars, ferait mécaniquement monter l'€STR et donc le taux théorique du Livret A.
Le troisième facteur est politique. Le gouvernement peut décider de plafonner ou de moduler le taux pour protéger le financement du logement social ou le programme EPR2, dont le coût total de 72,8 milliards d'euros sera en partie financé par la mobilisation de 50 milliards d'euros issus de l'épargne réglementée, à raison de 4 milliards par an sur douze ans.
Pour les 55 millions de détenteurs d'un Livret A, l'enjeu reste concret. Un passage de 1,5 % à 1,7 % représente un gain supplémentaire de 46 euros par an pour un livret au plafond de 22 950 euros. Modeste, certes, mais suffisant pour redonner un peu d'attrait à un produit que les Français semblaient délaisser.
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