Contexte et enjeux
La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses trois taux directeurs inchangés lors de la réunion du Conseil des gouverneurs du 5 février 2026. Cette décision, la cinquième consécutive depuis juillet 2025, s'inscrit dans un contexte économique marqué par une inflation désormais inférieure à l'objectif de 2 % et une croissance européenne qui résiste malgré les tensions géopolitiques.
Le taux de dépôt reste à 2,00 %, le taux de refinancement principal à 2,15 % et le taux de prêt marginal à 2,40 %. Cette stabilité intervient alors que l'inflation de la zone euro a ralenti à 1,7 % en janvier, son niveau le plus bas depuis septembre 2024, contre 2 % en décembre.
L'inflation sous la cible : temporaire ou structurel ?
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a qualifié la politique monétaire actuelle de « dans une bonne position », minimisant l'importance du passage sous la cible de 2 %. Elle a déclaré que « nous ne pouvons pas être otages d'un seul point de données », attribuant la baisse principalement aux effets de base et à la chute des prix de l'énergie de 4,1 % sur un an.
L'inflation sous-jacente a également reculé à 2,2 %, son niveau le plus faible depuis octobre 2021, tandis que l'inflation des services est tombée à 3,2 %. L'inflation alimentaire reste à 2,7 %. Ces chiffres contrastent avec les projections de la BCE, qui tablait sur une inflation moyenne de 1,9 % pour 2026.
Projections révisées
Selon les projections du personnel de l'Eurosystème publiées en décembre 2025, l'inflation devrait s'établir à 1,8 % en 2026, avant de revenir à 2,0 % en 2027 et 2,1 % en 2028. La BCE réaffirme que « l'inflation devrait se stabiliser à son objectif de 2 % à moyen terme ».
Une économie européenne résiliente
Malgré l'environnement mondial difficile, l'économie de la zone euro fait preuve de résilience. Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,3 % au quatrième trimestre 2025 par rapport au troisième trimestre. La BCE prévoit une croissance annuelle moyenne du PIB réel de 1,2 % en 2026.
Plusieurs facteurs soutiennent cette dynamique : un taux de chômage faible, des bilans solides du secteur privé, le déploiement progressif des dépenses publiques pour la défense et les infrastructures, et les effets favorables des baisses de taux antérieures.
Les moteurs de la croissance
La consommation devrait reprendre de la vigueur avec des taux annuels d'environ 1,2 % projetés sur la période 2026 à 2028, grâce à la hausse du revenu disponible réel, soutenu principalement par les revenus salariaux. Les dépenses publiques supplémentaires annoncées en 2025, notamment en Allemagne, devraient également soutenir l'économie domestique.
Les exportations devraient rebondir en 2026, grâce à une reprise de la demande étrangère dans un contexte de réduction de l'incertitude sur les politiques commerciales, malgré l'impact progressif de droits de douane plus élevés.
Pourquoi ce n'est pas un non événement
Bien que le maintien des taux semble être une décision de routine, les économistes soulignent qu'il serait erroné de considérer cette réunion comme un non événement. L'environnement est marqué par une incertitude élevée et des risques bilatéraux importants.
Environ 85 % des économistes interrogés par Reuters dans leur enquête de janvier ont déclaré que la BCE laisserait les taux inchangés pendant le reste de 2026. Le scénario de base de Deutsche Bank prévoit un maintien des taux à 2 % tout au long de 2026, avec une prochaine hausse à la mi 2027.
Divergences de vues
Si la majorité des analystes s'attend à une stabilité des taux, certains économistes, comme Mark Zandi de Moody's, anticipent plusieurs baisses en 2026, non pas parce que l'économie est florissante, mais parce qu'elle est coincée dans un « équilibre délicat ». D'autres mettent en garde contre le fait que la tendance désinflationniste est en partie alimentée par une demande atone.
Implications pour les épargnants et investisseurs français
Pour les épargnants français, le maintien des taux directeurs de la BCE signifie une certaine stabilité des rémunérations des livrets et comptes à terme. Après plusieurs années de hausse, les taux des livrets réglementés et des produits d'épargne bancaire devraient rester stables à court terme.
Sur le marché obligataire, l'euro est resté stable face au dollar à 1,179 $ suite à la décision, qui était largement anticipée par les marchés. Les investisseurs obligataires peuvent s'attendre à une relative stabilité des rendements à court terme.
Contexte fiscal français
La France fait face à des défis fiscaux et politiques particuliers. Les risques baissiers pour la croissance du PIB en 2026 incluent un déploiement plus lent des dépenses fiscales et un resserrement budgétaire dans certains pays, dont la France et l'Espagne, limitant l'impact de l'assouplissement allemand.
Ce qu'il faut surveiller
La BCE a réaffirmé son approche « dépendante des données et décision par décision » pour déterminer l'orientation appropriée de la politique monétaire. Les décisions sur les taux d'intérêt seront basées sur son évaluation des perspectives d'inflation et des risques associés, à la lumière des données économiques et financières, ainsi que de la dynamique de l'inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire.
Plusieurs éléments méritent une attention particulière dans les prochains mois : l'évolution de l'inflation des services, qui reste élevée à 3,2 %, la trajectoire de la demande intérieure face aux incertitudes géopolitiques, et l'impact des politiques commerciales américaines sur les exportations européennes.
Programmes d'actifs
Les portefeuilles APP et PEPP continuent de diminuer à un « rythme mesuré et prévisible », l'Eurosystème cessant de réinvestir les paiements en capital des titres arrivant à échéance. L'instrument de protection de la transmission reste disponible pour contrer les dynamiques de marché déstabilisatrices qui menacent l'efficacité de la transmission de la politique monétaire.
Conclusion
La décision de la BCE de maintenir ses taux inchangés reflète une stratégie d'attentisme prudent face à une inflation qui, bien qu'inférieure à la cible, devrait revenir à 2 % à moyen terme. Dans un contexte marqué par des incertitudes géopolitiques et commerciales, l'institution privilégie la stabilité et la flexibilité, réservant sa marge de manœuvre pour réagir aux évolutions futures des données économiques.
Pour les épargnants et investisseurs français, cette période de taux stables offre une certaine prévisibilité, même si le contexte fiscal national impose une vigilance particulière sur l'évolution de la croissance et des finances publiques.
Sources