Un rebond de 0,8 % en quelques heures
L'once d'or a progressé de 0,8 % mercredi 22 avril 2026 pour atteindre 4 748,58 dollars, après être tombée à un plus bas de 4 668,52 dollars la veille. Les contrats à terme sur l'or pour livraison en juin ont pour leur part gagné 1,1 % à 4 769,50 dollars. Ce mouvement en apparence anodin traduit une mécanique de marché plus complexe, directement liée à la prolongation du cessez-le-feu américano-iranien annoncée par Donald Trump dans la nuit du 21 au 22 avril.
Le président américain a indiqué que la trêve serait maintenue jusqu'à ce que Téhéran soumette une « proposition unifiée » pour mettre fin aux hostilités avec les États-Unis et Israël. La décision est intervenue à la demande du Pakistan, qui assure la médiation entre les deux parties. Les responsables iraniens, pour leur part, ont précisé qu'ils ne participeraient à aucune négociation tant que le blocus naval américain demeurait en vigueur.
Pour les investisseurs, cette annonce a d'abord semblé contradictoire : pourquoi l'or monte-t-il quand la tension baisse ? La réponse tient au pétrole.
Le mécanisme pétrole-inflation-or
La prolongation du cessez-le-feu a immédiatement fait reculer les cours pétroliers. Le Brent, qui frôlait les 100 dollars le baril la veille, a nettement cédé du terrain. Ce repli a réduit les anticipations d'inflation à court terme, ce qui a allégé la pression à la hausse sur les taux d'intérêt réels. Et lorsque les taux réels baissent, l'or, actif sans rendement, devient mécaniquement plus attractif.
« Avec cette extension du cessez-le-feu, les marchés perçoivent une désescalade de la crise », a déclaré Edward Meir, analyste chez Marex. Le dollar américain s'est légèrement déprécié dans la foulée, ce qui a également soutenu la demande pour le métal précieux libellé en dollars.
Ce mouvement illustre un paradoxe apparu tout au long du conflit : depuis le début de la guerre en Iran fin février 2026, l'or a perdu près de 28 % de sa valeur, à rebours de son comportement habituel de valeur refuge. La raison principale réside dans l'envolée simultanée du pétrole, qui a fait craindre une inflation durable et donc un maintien des taux directeurs à des niveaux élevés, rendant les actifs sans rendement moins compétitifs.
Le détroit d'Ormuz, variable centrale du dossier
Malgré l'annonce de la prolongation de la trêve, le détroit d'Ormuz reste largement fermé au trafic commercial. Selon les données de suivi maritime, seulement trois navires ont franchi le détroit au cours des 24 heures précédant l'annonce de mercredi. Quelque 230 pétroliers chargés stationnent toujours à l'intérieur du Golfe Persique.
L'enjeu est considérable : le détroit assure le transit d'environ 20 % de l'ensemble des échanges mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a qualifié la situation de « plus grande perturbation de l'approvisionnement dans l'histoire du marché pétrolier mondial ». Depuis le début du conflit, le Brent a bondi de plus de 55 %, culminant à près de 120 dollars le baril.
Le parlement iranien a en outre évoqué la possibilité d'interdire le passage aux navires de pays « hostiles » et d'imposer des péages aux autres, ce qui maintiendrait une incertitude structurelle sur les approvisionnements même en cas d'accord diplomatique partiel.
Prévisions des grandes banques : où va l'or ?
Les grandes institutions financières ont sensiblement relevé leurs objectifs de cours sur l'or au cours des dernières semaines. UBS cible désormais 6 200 dollars l'once pour les mois de mars, juin et septembre 2026, avant un repli attendu à 5 900 dollars en fin d'année. Goldman Sachs table de son côté sur 5 400 dollars à fin 2026, tandis que JPMorgan maintient un objectif de 6 300 dollars. Deutsche Bank et Société Générale se situent toutes deux autour de 6 000 dollars.
Ces projections reposent sur deux hypothèses clés. Premièrement, une résolution complète du conflit iranien, impliquant la réouverture du détroit d'Ormuz, mettrait fin à la prime de risque énergétique et réduirait mécaniquement les pressions inflationnistes, permettant à la Réserve fédérale américaine de reprendre un cycle de baisse de taux favorables à l'or. Deuxièmement, si le conflit perdurait sans résolution, les banques centrales mondiales continueraient à accumuler des réserves en or, soutenant structurellement la demande.
State Street note toutefois qu'un scénario de paix rapide et durable ferait peser un risque de repli de 20 % sur l'or, avec un plancher possible vers 4 000 dollars, dans l'hypothèse d'une normalisation complète du marché pétrolier et d'une reprise des baisses de taux simultanées aux États-Unis et en zone euro.
Les implications pour l'épargne des Français
Le conflit en Iran a provoqué des effets concrets sur les ménages français, au-delà des turbulences boursières. La hausse des prix de l'énergie a relancé l'inflation, amenant la Banque centrale européenne à reporter ses baisses de taux prévues en mars 2026 et à relever ses prévisions d'inflation pour la zone euro à une fourchette de 2,6 % à 4,4 % selon la durée du conflit. Goldman Sachs évalue qu'une hausse de 10 % du prix du pétrole génère environ 0,3 point de pourcentage d'inflation supplémentaire en zone euro.
Pour les épargnants, plusieurs classes d'actifs méritent une attention particulière dans ce contexte. Les fonds en euros de l'assurance-vie, qui affichaient un rendement moyen de 2,65 % en 2025, peuvent bénéficier de la hausse des taux obligataires liée aux pressions inflationnistes. Les taux des obligations à 10 ans ont atteint 4,46 % fin mars 2026, leur plus haut niveau depuis juillet 2025. Les taux hypothécaires à 30 ans ont parallèlement grimpé à 6,38 %.
L'or physique et les ETF adossés à l'or peuvent remplir un rôle de couverture contre un scénario de prolongation du conflit, même si la volatilité récente illustre que la mécanique refuge de l'or n'est pas linéaire en période de choc pétrolier. Les professionnels de la gestion de patrimoine recommandent généralement une allocation comprise entre 5 % et 10 % d'actifs réels dans ce type d'environnement géopolitique incertain.
Les actions du secteur énergétique, ainsi que les valeurs de défense, ont affiché des performances supérieures depuis le début du conflit. À l'inverse, les valeurs industrielles exposées aux coûts énergétiques ont subi des pressions importantes, certains industriels ayant imposé des surcharges de 30 % sur leurs coûts d'électricité et de matières premières.
Un accord de paix reste incertain
La prolongation du cessez-le-feu ne résout pas les blocages fondamentaux. Les négociations menées à Islamabad par le vice-président américain JD Vance ont duré 21 heures sans aboutir à un accord en avril 2026. L'Iran conditionne toute participation aux pourparlers à la levée du blocus naval américain, condition que Washington n'est pas prêt à accepter sans garanties préalables sur son programme nucléaire.
Dans ce contexte d'incertitude prolongée, le marché de l'or reste suspendu à deux développements. Toute avancée diplomatique concrète vers la réouverture du détroit d'Ormuz exercerait une pression baissière sur l'or via la baisse du pétrole et la réduction des anticipations d'inflation. À l'inverse, une reprise des hostilités ou un nouveau blocage des négociations ramènerait la prime de risque géopolitique au premier plan et soutiendrait la demande pour le métal précieux.
L'analyste de Marex Edward Meir résume l'ambiguïté de la situation : si les marchés perçoivent actuellement une désescalade, la durabilité du cessez-le-feu reste très incertaine, et l'or demeure sensible à chaque développement diplomatique ou militaire.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains jours
Plusieurs indicateurs méritent un suivi attentif pour anticiper l'évolution des marchés. Le premier est le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz : toute augmentation significative du nombre de navires en transit signalera une véritable désescalade. Le deuxième est la publication des données d'inflation en zone euro, attendues dans les prochaines semaines, qui conditionneront les décisions de la BCE sur ses taux directeurs. Le troisième est l'évolution des stocks américains de pétrole brut, un thermomètre direct de la tension sur les approvisionnements.
Pour les épargnants français, la règle d'or dans cet environnement est la diversification et l'évitement des décisions impulsives. Les périodes de forte volatilité géopolitique ont historiquement récompensé les investisseurs qui ont maintenu une allocation équilibrée plutôt que ceux qui ont tenté de chronomètre les points de retournement du marché.
Sources
- CNBC, « Gold rises as oil weakens after U.S. extends ceasefire with Iran », 22 avril 2026
- Bloomberg, « Gold Steadies as Trump Extends Iran Ceasefire, Peace Talks Stall », 21 avril 2026
- CNBC, « Trump extends ceasefire in Iran, citing 'seriously fractured' Iranian government », 21 avril 2026
- CNBC, « Oil prices whipsaw after Trump extends ceasefire with Iran but keeps blockade in place », 22 avril 2026
- Wikipedia, « Economic impact of the 2026 Iran war »
- Wikipedia, « 2026 Strait of Hormuz crisis »
- Euodia, « Guerre en Iran : quel impact pour votre épargne en 2026 ? »
- Meilleurtaux Placement, « La remontée des taux liée à la guerre en Iran bouscule l'épargne des Français »
- Invezz, « Gold rises on Iran ceasefire: can gains hold as oil cools? », 22 avril 2026
- Disruption Banking, « Gold Crashes Below $4,750 as Iran Talks Collapse », 13 avril 2026