Luxe européen : semaine décisive pour LVMH, Kering et Hermès après 100 milliards de capitalisation perdus
LVMH publie ses résultats du premier trimestre lundi 13 avril, suivi de Kering mardi et Hermès mercredi. Le secteur du luxe a perdu 100 milliards de dollars de capitalisation depuis le début du conflit iranien, dans un contexte de pire démarrage boursier depuis 1980 pour LVMH.

Les trois géants français du luxe s'apprêtent à publier leurs résultats du premier trimestre 2026 dans une séquence qui s'annonce historique. LVMH ouvre le bal lundi 13 avril, Kering enchaîne mardi 14 et Hermès clôture mercredi 15. Cette semaine concentre à elle seule plus de 22 % de la capitalisation du CAC 40, ce qui en fait un rendez vous incontournable pour tout investisseur exposé aux marchés français.
Un trimestre sous pression maximale
Le secteur du luxe européen traverse la pire crise boursière de la décennie. Depuis le 1er janvier 2026, LVMH a perdu 26 % de sa valeur en Bourse, un recul plus sévère que lors de la crise financière de 2008 (moins 15 %) ou de la pandémie de 2020 (moins 18 %). Hermès a reculé de 22 %, Richemont de 17 % et Kering de 12 %. Au total, environ 100 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés des principales maisons de luxe cotées depuis les frappes contre l'Iran lancées le 28 février.
Le conflit au Moyen Orient a frappé le secteur en plein cœur. La région représentait le marché le plus dynamique du luxe en 2025, avec une croissance comprise entre 6 % et 8 % quand le reste du monde stagnait. Le Moyen Orient pèse désormais environ 6 % des ventes mondiales de luxe, un poids qui se rapproche de celui du Japon (9 %). La fermeture partielle du détroit d'Ormuz, les perturbations logistiques et l'interruption du tourisme de luxe dans le Golfe ont mécaniquement affecté les carnets de commandes.
LVMH : le colosse fragilisé
Le numéro un mondial du luxe a publié des résultats annuels 2025 mitigés en janvier : un chiffre d'affaires de 80,8 milliards d'euros (en baisse de 5 % sur un an), un résultat opérationnel de 17,8 milliards et un bénéfice net de 10,9 milliards, en recul de 13 %. Le dividende a été maintenu à 13 euros par action.
Pour le premier trimestre 2026, les analystes de Morgan Stanley anticipent un recul de 1,5 % du chiffre d'affaires de la division Mode et Maroquinerie, le pilier du groupe. Ils estiment également que les tarifs douaniers américains pourraient représenter un impact de 150 points de base sur les marges de cette division. Le marché américain génère environ 5 milliards d'euros de revenus pour les seules divisions Mode et Maroquinerie et Distribution sélective (Sephora), soit plus de 26 % du chiffre d'affaires total.
Bernard Arnault a prévenu lors de la présentation des résultats annuels que « 2026 ne sera pas simple non plus ». Le PDG a évoqué les crises géopolitiques persistantes, l'incertitude économique et les politiques fiscales comme autant de facteurs de prudence. À noter que l'effet de change négatif, qui a coûté environ 1 milliard d'euros au groupe en 2025, pourrait en partie s'inverser cette année.
Les segments à surveiller chez LVMH
- Mode et Maroquinerie : Le segment a reculé de 8 % en revenus et affiché une marge de 35 % en 2025. Louis Vuitton reste le moteur, mais l'usine texane inaugurée en 2019 souffre de difficultés de productivité avec moins de 300 employés, loin de la promesse initiale de 1 000 postes.
- Vins et Spiritueux : La division a reculé de 5 % en organique sur l'année, pénalisée par les droits de douane chinois et américains sur le cognac. Le chiffre d'affaires de Hennessy reste sous pression.
- Montres et Joaillerie : Seul segment en croissance (+3 % en organique), porté par la dynamique de Tiffany dont la haute joaillerie a triplé en quatre ans.
- Distribution sélective : Sephora a progressé de 4 % en organique et conserve son statut de leader mondial incontesté de la distribution de cosmétiques.
Kering : la reconstruction sous le signe de Demna
La situation de Kering est la plus critique des trois groupes. L'année 2025 s'est soldée par un chiffre d'affaires d'environ 14,68 milliards d'euros (en baisse de 13 %) et une perte nette de 29 millions d'euros, un contraste brutal avec le bénéfice de 1,02 milliard enregistré en 2024. La marge opérationnelle récurrente est tombée à 11,1 %, contre 14,5 % l'exercice précédent.
Le cœur du problème reste Gucci. Le chiffre d'affaires de la maison florentine est passé de plus de 10 milliards d'euros en 2022 à environ 6 milliards en 2025, soit une division par presque deux en trois ans. Au quatrième trimestre 2025, les ventes ont encore reculé de 10 % sur base comparable.
La nomination de Demna (ex Balenciaga) au poste de directeur de la création chez Gucci, annoncée en février 2025, constitue le pari majeur du groupe. Les analystes de TD Cowen tablent sur une croissance de 2 % pour Gucci au premier semestre 2026, accélérant à 6 % au second. Ceux de Bernstein sont plus prudents : ils ont abaissé leur prévision de croissance organique de Gucci à 4,4 % (contre 5 %), en attendant le « premier test décisif » du défilé automne 2026 de Demna. Le consensus des analystes reste partagé sur le titre Kering, avec 14 recommandations à conserver, 6 à acheter et 4 à vendre parmi les 24 analystes suivis.
Par ailleurs, la gouvernance du groupe a connu un remaniement profond : Luca de Meo a été nommé directeur général (effectif depuis septembre), François Henri Pinault conservant la présidence. Cédric Charbit a pris la direction de Saint Laurent en janvier 2025.
Hermès : le rempart qui vacille
Hermès affiche un profil radicalement différent. L'exercice 2025 s'est conclu avec un chiffre d'affaires supérieur à 16 milliards d'euros (+9 % à taux de change constants), une marge opérationnelle de 41 % et un bénéfice net de 4,5 milliards d'euros. La marge brute a progressé à 71,1 %, contre 70,3 % un an plus tôt. Le segment Maroquinerie et Sellerie, fer de lance de la maison, a progressé de 13 % grâce à la forte désirabilité des collections et à l'augmentation des capacités de production.
Pourtant, même ce bastion du luxe n'a pas été épargné par la tempête boursière. Le titre a reculé de 22 % depuis le début de l'année. En Asie hors Japon, la croissance organique n'était que de 1 % au dernier trimestre publié, contre un effet de base très élevé. Le directeur général Axel Dumas a souligné l'impact du « wealth effect » négatif en Chine, lié à la digestion de la crise immobilière.
Pour 2026, Hermès prévoit des hausses de prix de 5 à 6 % et poursuivra son expansion avec de nouvelles boutiques à Pékin, Genève et Londres. La maison a également ouvert un nouvel atelier de maroquinerie à L'Isle d'Espagnac, avec d'autres sites prévus pour 2026 et 2027. Les analystes de Deutsche Bank considèrent Hermès comme leur valeur préférée dans le secteur pour son « profil plus résilient ».
Ce que surveillent les analystes cette semaine
Les analystes de Deutsche Bank, emmenés par Adam Cochrane, ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance sectorielle pour le premier trimestre : 3 % désormais, contre 6 % avant le conflit iranien. Ils qualifient toutefois le recul actuel de « dé rating cyclique » plutôt que de détérioration fondamentale, et anticipent un rebond rapide dès que la visibilité macroéconomique s'améliorera.
Le cessez le feu annoncé le 8 avril a d'ailleurs provoqué un sursaut immédiat : LVMH a bondi de 6,9 %, Hermès de 7,3 %, Kering de 7,6 %, Richemont de 7,9 % et Brunello Cucinelli de 8,2 % en une seule séance. UBS estime que LVMH présente un potentiel de rebond de 40 % et Richemont de 32 % une fois l'incertitude géopolitique dissipée. Deutsche Bank maintient un objectif de cours de 620 euros sur LVMH, soit un potentiel de hausse de 32 % par rapport au dernier cours.
« Le timing sera incertain, mais nous anticipons un retour de l'algorithme de croissance porté par les consommateurs américains et chinois. »
Adam Cochrane, analyste luxe chez Deutsche Bank
Barclays estime de son côté que l'impact du conflit sur LVMH équivaut à trois semaines de ventes perdues liées au tourisme au Moyen Orient. La période avril/mai est particulièrement sensible, car elle correspond traditionnellement à des achats de touristes moyen orientaux à fort panier moyen dans les boutiques européennes.
Quel impact pour les épargnants français ?
Le secteur du luxe ne concerne pas uniquement les investisseurs en actions individuelles. LVMH, Hermès et Kering représentent collectivement environ 22 % de la capitalisation du CAC 40, un poids qui monte à près de 30 % en incluant L'Oréal. Tout détenteur d'un ETF ou d'un fonds indiciel répliquant le CAC 40, qu'il soit logé dans un PEA, une assurance vie ou un plan d'épargne retraite, est mécaniquement exposé à la performance de ces trois titres.
Concrètement, la chute de 26 % de LVMH depuis janvier a contribué de manière disproportionnée au recul du CAC 40. Lorsque LVMH a plongé de 7,9 % en une seule séance après ses résultats annuels, l'indice parisien a basculé en territoire négatif alors que 24 de ses 40 composantes étaient en hausse ce jour là.
Les publications de la semaine prochaine fourniront un signal crucial sur la trajectoire du marché parisien au deuxième trimestre. Une surprise positive sur les ventes en Asie ou un pipeline de commandes résilient pourraient déclencher un rebond sectoriel significatif. À l'inverse, des résultats inférieurs aux attentes dans un contexte de cessez le feu fragile accentueraient la pression vendeuse.
Ce qu'il faut surveiller
- Lundi 13 avril : Résultats T1 de LVMH. Observer la dynamique en Asie hors Japon et l'impact des tarifs douaniers américains sur la division Mode et Maroquinerie.
- Mardi 14 avril : Résultats T1 de Kering. Le marché scrutera les premiers signaux de stabilisation chez Gucci et toute indication sur l'accueil commercial de l'ère Demna.
- Mercredi 15 avril : Résultats T1 d'Hermès. L'attention se portera sur le rythme de croissance de la Maroquinerie et sur la guidance tarifaire pour le reste de l'année.
- Contexte géopolitique : L'évolution du cessez le feu avec l'Iran et la réouverture effective du détroit d'Ormuz conditionneront la réaction des marchés aux annonces.
- Tarifs douaniers : Les menaces de droits de 200 % sur les produits de luxe français aux États Unis restent une épée de Damoclès pour le secteur.
Sources : Bloomberg, CNBC, S&P Global Market Intelligence, Deutsche Bank Research, Jing Daily, LVMH (communiqué de résultats), Kering (communiqué de résultats), Hermès Finance, MarketScreener, OninVest, Luxuri Magazine.
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