Un chiffre qui surprend les marchés
Le Bureau of Labor Statistics (BLS) a publié ce 12 février 2026 les données du Consumer Price Index (CPI) pour le mois de janvier. L'indice des prix à la consommation pour l'ensemble des consommateurs urbains a progressé de 2,9 % en glissement annuel, un niveau nettement supérieur au consensus des économistes qui tablait sur 2,5 %. En variation mensuelle corrigée des variations saisonnières, le CPI a augmenté de 0,3 %, identique au rythme enregistré en décembre 2025.
Ce rebond marque une rupture avec la trajectoire de désinflation observée au second semestre 2025, lorsque l'inflation globale avait reflué jusqu'à 2,3 % en septembre avant de remonter progressivement à 2,7 % en décembre. Le chiffre de janvier constitue le taux d'inflation le plus élevé depuis juin 2025.
L'inflation sous jacente résiste
L'indice des prix hors alimentation et énergie, communément appelé « core CPI », a progressé de 2,7 % sur un an et de 0,3 % sur le mois, contre 2,6 % et 0,2 % respectivement en décembre. Ce rebond de l'inflation sous jacente inquiète les analystes, car il signale que les pressions sur les prix ne se limitent pas aux composantes les plus volatiles.
Plusieurs facteurs alimentent cette résistance. Le poste « logement » (shelter), qui représente plus d'un tiers de la pondération du CPI, a progressé de 0,4 % sur le mois et de 3,4 % sur un an, poursuivant la tendance observée en décembre. Ce poste demeure le principal contributeur à la hausse mensuelle de l'indice global.
Alimentation et énergie : des pressions qui s'accumulent
L'indice alimentaire a bondi de 0,7 % sur le mois, un rythme soutenu qui reflète à la fois les tensions sur les chaînes d'approvisionnement mondiales et l'impact des tarifs douaniers sur les importations alimentaires. Sur un an, les prix alimentaires affichent une hausse de 3,3 %, contre 3,1 % en décembre.
Du côté de l'énergie, le tableau est contrasté. Si les prix de l'essence ont reculé de 0,5 % sur le mois, le gaz naturel a bondi de 4,4 %, alimenté par un hiver rigoureux sur une large partie du territoire américain. Au total, l'indice énergétique affiche une hausse de 0,4 % sur le mois.
L'effet des tarifs douaniers se matérialise
Les économistes soulignent le rôle croissant des tarifs douaniers dans la dynamique inflationniste. L'inflation des biens de base (core goods) a atteint 1,4 % en glissement annuel, une accélération notable par rapport aux niveaux quasi nuls observés à la mi 2025. Selon les analystes de Morningstar, cette hausse reflète « en partie l'impact des tarifs douaniers qui se propage progressivement aux prix de certains biens de consommation ».
Les droits de douane imposés par l'administration américaine, les plus élevés depuis les années 1930 selon le Peterson Institute for International Economics (PIIE), exercent une pression haussière sur l'ensemble de la chaîne de valeur. Le PIIE estime que le risque d'une inflation plus élevée en 2026 est significatif, en particulier si de nouvelles mesures protectionnistes sont adoptées.
La Fed dans l'impasse
Ces chiffres compliquent considérablement la tâche de la Réserve fédérale. Lors de sa dernière réunion du 28 janvier, le FOMC avait maintenu le taux directeur dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, mettant fin à une série de trois baisses consécutives de 25 points de base au second semestre 2025.
Le communiqué du FOMC avait supprimé la mention selon laquelle le risque d'un affaiblissement du marché du travail était supérieur à celui d'une inflation élevée, signalant un rééquilibrage des préoccupations de la banque centrale. Le rapport CPI de janvier vient renforcer cette posture prudente.
Les contrats à terme sur les fonds fédéraux intègrent désormais au maximum deux baisses de taux sur l'ensemble de l'année 2026, et aucune avant le mois de juin au plus tôt. Goldman Sachs estime que « la persistance de l'inflation au dessus de 2,5 % pourrait contraindre la Fed à reporter tout assouplissement au delà du troisième trimestre ».
Kevin Warsh en embuscade
La donne politique ajoute une couche d'incertitude. Nommé par le président Trump pour succéder à Jerome Powell à la présidence de la Fed, Kevin Warsh devra naviguer entre des données macroéconomiques difficiles et des pressions politiques en faveur de taux plus bas. Sa prise de fonction, prévue au printemps, interviendra dans un contexte où l'objectif de 2 % de la Fed apparaît plus éloigné que jamais.
Ce que les marchés retiennent
La réaction des marchés a été immédiate. Les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans se sont tendus, reflétant les anticipations d'une politique monétaire durablement restrictive. Le dollar s'est renforcé face à un panier de devises, tandis que les indices actions ont reculé en pré ouverture.
Pour les investisseurs européens, cette dynamique a des implications directes. Un dollar fort renchérit les importations libellées en dollars, tout en pesant sur la compétitivité des entreprises européennes exportatrices. Par ailleurs, le maintien de taux élevés aux États Unis limite la marge de manœuvre de la BCE pour poursuivre son propre cycle d'assouplissement.
Implications pour les épargnants français
Pour les épargnants français, ce rapport CPI américain est un signal d'alerte. La persistance de l'inflation outre Atlantique pèse sur les marchés obligataires mondiaux et freine la perspective d'une baisse des rendements. Les produits d'épargne indexés sur les taux, tels que les fonds en euros ou les livrets bancaires, pourraient voir leur rémunération se stabiliser à des niveaux relativement élevés plus longtemps que prévu.
Sur les marchés actions, la combinaison d'une inflation persistante et de taux durablement élevés constitue un environnement moins favorable pour les valorisations, en particulier pour les valeurs de croissance sensibles aux taux d'intérêt. Les secteurs défensifs et les actifs réels, tels que les matières premières et certaines SCPI, pourraient en revanche offrir une protection relative.
Perspectives et points de vigilance
Plusieurs éléments seront déterminants dans les semaines à venir. Le rapport PCE (Personal Consumption Expenditures), l'indicateur d'inflation privilégié par la Fed, sera publié fin février et permettra de confirmer ou nuancer la tendance du CPI. Les prochains discours des membres du FOMC seront scrutés pour détecter tout changement de tonalité sur la trajectoire des taux.
La Fed de Cleveland, via son outil de « nowcasting » de l'inflation, avait anticipé un CPI de 2,36 % pour janvier, soit très en dessous du chiffre réel. Cet écart important entre les modèles et la réalité pourrait inciter les économistes à revoir leurs projections pour le reste de l'année.
Enfin, l'impact des tarifs douaniers sur l'inflation reste un facteur clé. Bien que certains responsables de la Fed considèrent cet effet comme temporaire, les données de janvier suggèrent que la transmission aux prix finaux est plus rapide et plus large que ce que les modèles prévoyaient.
Sources