Gaz : les factures de 6 millions de foyers français vont bondir de 15 % en mai
La Commission de régulation de l'énergie anticipe une hausse de 15 % des factures de gaz dès le 1er mai 2026 pour les ménages en contrat indexé. En cause : la flambée du marché européen après les frappes sur Ras Laffan au Qatar. Décryptage et solutions concrètes.

Une hausse brutale portée par la crise au Moyen Orient
Dès le 1er mai 2026, environ 6 millions de foyers français abonnés à un contrat de gaz indexé sur le prix repère de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) verront leur facture augmenter d'environ 15 %. Pour un ménage chauffé au gaz consommant 15 100 kWh par an, le surcoût annuel atteindra 210 à 240 euros, selon les estimations croisées de Selectra et de la CRE.
Cette envolée trouve son origine dans la flambée des cours du gaz naturel européen. L'indice de référence TTF (Title Transfer Facility) a bondi de 35 % en une seule journée le 19 mars, atteignant 67,85 €/MWh, après les frappes iraniennes sur le complexe gazier de Ras Laffan au Qatar. Ce site stratégique représente à lui seul près de 20 % de l'approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié (GNL).
Ras Laffan : le choc d'approvisionnement qui bouleverse l'Europe
L'attaque sur Ras Laffan a paralysé environ 17 % des capacités d'exportation de GNL du Qatar. Les experts estiment que la reconstruction prendra plusieurs années, privant durablement le marché européen d'un fournisseur majeur. Le Qatar a déclenché la clause de force majeure sur ses contrats de livraison, ce qui aggrave l'incertitude pour les acheteurs européens.
Simultanément, la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran bloque le transit de 20 % du pétrole et du gaz naturel mondiaux. Depuis le début du conflit le 28 février, les prix du gaz ont progressé de plus de 130 % sur les marchés de gros, un rythme comparable au choc de 2022 lors du déclenchement de la guerre en Ukraine.
Les stocks européens de gaz sont tombés à 29 % de leur capacité, contre 36 % à la même période l'an dernier. En France, le taux de remplissage s'établit à seulement 21,84 %, posant la question cruciale du réapprovisionnement estival avant l'hiver prochain.
Pourquoi l'impact sur les factures n'arrive qu'en mai ?
Le prix repère de la CRE intègre un décalage de deux mois entre les cours de marché et leur répercussion sur les factures des particuliers. Les cotations de mars se reflèteront donc dans les tarifs de mai. Paradoxalement, les factures d'avril affichent même une baisse de 2,1 %, car elles reflètent les cours de janvier, encore stables à l'époque.
Concrètement, le prix du kWh TTC devrait passer de 0,10415 € en avril à environ 0,12491 € en mai, soit une progression de près de 20 % sur la seule composante énergie. En intégrant l'abonnement et les taxes, la hausse globale sur la facture se situe autour de 15 %.
Contrats indexés et contrats fixes : deux réalités très différentes
Tous les ménages ne sont pas exposés de la même façon. La distinction fondamentale repose sur le type de contrat souscrit auprès de leur fournisseur.
Les contrats indexés, qui suivent chaque mois l'évolution du prix repère CRE, concernent environ 60 % des 10,4 millions d'abonnés au gaz en France. Ces foyers subiront la hausse de plein fouet dès mai.
Les contrats à prix fixe, souscrits par environ 40 % des consommateurs, garantissent un tarif stable pendant une durée de un à trois ans. Ces ménages restent protégés jusqu'à l'échéance de leur engagement. Toutefois, au moment du renouvellement, ils devront composer avec les nouvelles conditions de marché.
Quelles offres permettent encore de se protéger ?
Plusieurs fournisseurs proposent des contrats à prix bloqué dont la souscription reste possible avant le 1er mai. Voici les principales options disponibles en mars 2026, pour un foyer type consommant 15 100 kWh par an :
- Engie Gaz Référence (3 ans) : budget annuel estimé à 1 694 €, soit un tarif de 0,0984 €/kWh TTC avec 5 % de gaz renouvelable inclus
- EDF Avantage Gaz (2 ans) : budget annuel de 1 712 €, à 0,1050 €/kWh TTC, avec un service client basé en France
- Vattenfall Sérénité Gaz (1 an) : budget annuel de 1 714 €, à 0,1001 €/kWh TTC
Le changement de fournisseur est gratuit et sans coupure de service. Le comparateur officiel du médiateur de l'énergie (comparateur.energie-info.fr) permet de vérifier les conditions avant de s'engager.
Le gouvernement refuse toute baisse de taxes sur le gaz
Malgré l'ampleur de la hausse, le gouvernement a écarté l'hypothèse d'une réduction de la TICGN (taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel) ou d'un rétablissement du bouclier tarifaire, supprimé en juillet 2023.
Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE, a nuancé l'urgence lors d'une interview sur RMC le 20 mars 2026 : « Mai n'est pas la saison du chauffage. » Elle a toutefois averti que si les prix restent élevés à l'automne, l'impact annuel pourrait atteindre 400 à 500 euros pour un foyer chauffé au gaz.
Seule mesure de soutien confirmée : le chèque énergie, distribué à partir du 1er avril 2026 aux ménages les plus modestes. Son montant, compris entre 48 et 277 euros selon les revenus et la composition du foyer, reste identique à celui de 2025.
Un contexte plus large de tension énergétique en Europe
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a prévenu qu'une prolongation des perturbations dans le Golfe pourrait provoquer une crise énergétique d'une ampleur inédite depuis les chocs pétroliers des années 1970. La libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques par le G7 a temporairement contenu les prix du pétrole, mais n'a pas eu d'effet notable sur les cours du gaz.
Le marché à terme offre toutefois un signal de détente à moyen terme. Les contrats PEG pour 2027 s'échangent à 45 €/MWh, et ceux de 2028 à 31 €/MWh, reflétant l'anticipation d'une normalisation progressive grâce à l'entrée en service de nouvelles capacités de GNL au Mozambique, aux États Unis et au Qatar (hors Ras Laffan).
L'électricité reste pour l'instant épargnée
Contrairement au gaz, les tarifs de l'électricité demeurent stables en France, grâce à un parc de production dominé par le nucléaire et les énergies renouvelables. Les prix français restent inférieurs à la moyenne européenne, offrant un avantage comparatif aux ménages tout électriques.
Ce que les épargnants et les ménages peuvent faire dès maintenant
Face à cette hausse, plusieurs leviers d'action existent pour limiter l'impact sur le budget familial :
- Comparer et basculer vers un contrat à prix fixe avant le 1er mai, via le comparateur officiel énergie info ou les plateformes spécialisées
- Vérifier son éligibilité au chèque énergie sur chequeenergie.gouv.fr dès avril
- Réduire sa consommation : baisser le thermostat d'un degré permet d'économiser environ 7 % sur la facture de chauffage
- Envisager des travaux de rénovation énergétique : MaPrimeRénov' reste accessible en 2026 pour l'isolation et le remplacement des chaudières à gaz
- Anticiper l'automne : si les cours restent élevés, la facture hivernale sera le véritable test pour le pouvoir d'achat des ménages
Le marché de l'énergie traverse une période d'incertitude exceptionnelle. La fenêtre pour verrouiller un tarif fixe avantageux se réduit chaque jour, à mesure que les fournisseurs ajustent leurs grilles tarifaires à la hausse.