Walmart, premier détaillant mondial et première enseigne à franchir le cap des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, dévoile ce jeudi 19 février ses résultats du quatrième trimestre de l'exercice fiscal 2026. Cette publication revêt une importance particulière : elle constitue le premier rendez vous financier sous la direction du nouveau PDG John Furner, dans un contexte marqué par les incertitudes liées aux droits de douane et par une transformation profonde du profil de la clientèle du groupe.
Des résultats très attendus par les marchés
Les analystes anticipent un chiffre d'affaires trimestriel de 190 milliards de dollars, en hausse de 5,2 % sur un an, et un bénéfice par action ajusté de 0,73 dollar, soit une progression de 10,6 % par rapport au même trimestre de l'exercice précédent. Pour la seule division américaine, les ventes nettes sont attendues à 129 milliards de dollars (+4,5 %), tandis que la division internationale devrait afficher 35,6 milliards de dollars (+10,6 %) et Sam's Club 25,4 milliards de dollars (+9,8 %).
Les ventes à magasins comparables (hors carburant) sont anticipées en hausse de 4,3 % aux États Unis, un rythme soutenu qui témoigne de la capacité du groupe à capter de nouveaux segments de clientèle. Le trafic en magasin a progressé de 2,3 % au quatrième trimestre 2025, avec une accélération observée en janvier 2026 selon plusieurs sources.
L'ère Furner : continuité et accélération technologique
John Furner, qui a succédé à Doug McMillon le 1er février après 32 années passées au sein du groupe, incarne à la fois la continuité et la modernisation. Dans une note adressée aux employés dès son deuxième jour de fonction, il a déclaré que l'entreprise « est bien positionnée pour mener cette nouvelle ère du commerce de détail ».
Sa nomination s'accompagne de celle de David Guggina, ancien cadre d'Amazon, au poste de président de Walmart U.S., un choix qui souligne la transformation numérique du groupe. Comme le note Michael Lasser, analyste chez UBS : « Ce n'est pas une nomination traditionnelle que l'ancien Walmart aurait faite. C'est un détaillant différent de ce qu'il était il y a dix ans, qui opère de manières nouvelles. »
Greg Melich, analyste chez Evercore ISI, rappelle toutefois que « historiquement, la direction tend à être conservatrice lorsqu'elle fournit ses prévisions initiales pour l'année », ce qui pourrait modérer les attentes concernant les perspectives pour l'exercice fiscal 2027.
Le commerce en ligne et la publicité, nouveaux moteurs de croissance
Au delà des résultats purement commerciaux, les investisseurs scruteront particulièrement deux segments en forte croissance. Le commerce en ligne de Walmart a progressé de 27 % au troisième trimestre, marquant le septième trimestre consécutif de croissance supérieure à 20 %. L'analyste UBS Michael Lasser anticipe une progression d'au moins 20 % sur le quatrième trimestre.
Walmart Connect, la branche publicitaire du groupe, constitue l'autre relais de croissance majeur. Avec un chiffre d'affaires de 4 milliards de dollars et une croissance six fois supérieure à celle des ventes en magasin, cette activité a enregistré dix trimestres consécutifs d'amélioration de ses marges. Au troisième trimestre, les ventes de Walmart Connect (hors VIZIO) avaient bondi de 33 %.
Le programme d'abonnement Walmart+ a atteint un record de 28,4 millions de membres en janvier 2026, renforçant la base de revenus récurrents du groupe. L'acquisition de VIZIO pour 2,3 milliards de dollars, intégrée dans l'écosystème publicitaire via les téléviseurs de la marque Onn, illustre la stratégie de monétisation des données clients.
Le phénomène du « trade down » : les ménages aisés choisissent Walmart
L'un des faits les plus remarquables de la trajectoire récente de Walmart est la migration des consommateurs à revenus élevés vers ses enseignes. Selon les données de l'entreprise, 75 % des gains de parts de marché récents proviennent de ménages gagnant plus de 100 000 dollars par an. Ces foyers aisés sont désormais 20 % plus susceptibles d'acheter les produits de la gamme premium « Bettergoods ».
Sarah Henry, de Logan Capital Management, explique ce phénomène : « Les consommateurs à revenus élevés ont davantage tendance à utiliser la technologie, et cela a attiré des clients qui n'auraient pas envisagé Walmart auparavant. »
Cette dynamique creuse l'écart avec les concurrents. Target devrait publier un recul de 10 % de son bénéfice par action, tandis que son trafic en magasin n'a progressé que de 0,7 %, contre 4,1 % pour Walmart. Amazon, de son côté, a annoncé la fermeture de ses magasins Amazon Fresh et Amazon Go pour se recentrer sur Whole Foods.
Les droits de douane, une épée de Damoclès
Le contexte commercial américain reste tendu. Environ 40 % des marchandises vendues par Walmart sont importées, ce qui expose directement le groupe aux conséquences des droits de douane imposés par l'administration Trump. Selon plusieurs analystes, les prix de détail pourraient augmenter jusqu'à 10 % en 2026 dans l'ensemble du secteur.
Walmart a adopté une stratégie de hausse sélective des prix sur les produits les plus affectés par les tarifs douaniers, tout en subventionnant d'autres catégories pour préserver son image de leader des prix bas. Cette approche est rendue possible par sa taille et son pouvoir de négociation, mais elle comprime les marges à court terme.
Les investisseurs seront particulièrement attentifs aux commentaires de la direction sur l'impact quantifié des droits de douane dans les prévisions pour l'exercice fiscal 2027, ainsi qu'à toute indication sur les stratégies d'approvisionnement alternatives mises en place.
Une valorisation sous tension
Malgré ces atouts, la valorisation de Walmart suscite des interrogations. L'action se négocie à environ 45 fois les bénéfices prévisionnels, un niveau nettement supérieur à la moyenne du secteur et le plus élevé observé depuis la crise financière de 2008 par rapport au S&P 500. Le titre dépasse actuellement l'objectif de cours à 12 mois du consensus des analystes, une situation inédite en cinq ans.
Cette prime reflète la confiance des investisseurs dans la capacité du groupe à maintenir une croissance supérieure, mais elle réduit la marge d'erreur. L'exercice précédent avait montré les risques : des prévisions jugées décevantes avaient déclenché une correction significative du titre. Les analystes d'options chez 22V Research recommandent d'ailleurs des stratégies de couverture, notamment la vente de calls à 145 dollars en avril.
Automatisation et logistique : les investissements qui transforment le modèle
Au troisième trimestre, Walmart avait achevé la modernisation de plus de 650 magasins selon le concept « Store of the Future ». L'objectif est que 65 % des magasins soient desservis par des systèmes d'exécution automatisés d'ici fin 2026, ce qui réduit les coûts unitaires de manutention d'environ 20 %. Près de 50 % des commandes en ligne sont déjà exécutées par les magasins physiques, et le groupe vise un délai de livraison standard inférieur à trois heures pour la majorité de la population américaine.
Ces investissements soutiennent la trajectoire de rentabilité du commerce en ligne, qui a franchi le seuil de rentabilité en 2026 après des années de pertes. La place de marché en ligne héberge désormais plus de 500 millions de références et plus de 200 000 vendeurs tiers actifs.
Perspectives et points de vigilance
Pour l'exercice fiscal 2027, le consensus des analystes anticipe une croissance du résultat opérationnel de 11,3 %, un rythme nettement supérieur à l'algorithme historique de 4 % à 8 %. UBS estime un bénéfice par action annuel de 2,85 à 3,00 dollars. Toutefois, le débat porte sur la possibilité que les prévisions initiales de la direction se situent 3 à 5 % en dessous du consensus, conformément à la tradition de prudence du groupe.
Les indicateurs macroéconomiques restent contrastés. L'indice des prix à la consommation américain s'établissait à 2,4 % en janvier 2026, tandis que l'inflation alimentaire interne chez Walmart n'était que de 1,3 %. Les remboursements d'impôts attendus entre mars et avril, dans le cadre du « One Big Beautiful Bill », pourraient stimuler la consommation au premier semestre.
Les investisseurs surveilleront trois indicateurs clés dans cette publication : le taux de croissance de Walmart Connect, les prévisions spécifiques concernant l'impact des droits de douane sur l'exercice 2027, et les premiers commentaires de John Furner sur sa vision stratégique à moyen terme.