Les marchés respirent après 48 heures de panique
Les places boursières mondiales ont connu un retournement spectaculaire mercredi 21 janvier, après que le président américain Donald Trump ait annoncé l'annulation de ses menaces de tarifs douaniers contre l'Europe. Cette volte-face intervient après deux journées de turbulences qui ont vu plus de 1 200 milliards de dollars s'évaporer de la capitalisation du S&P 500.
« Sur la base d'une réunion très productive que j'ai eue avec le Secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, nous avons formé le cadre d'un accord futur concernant le Groenland », a déclaré Trump dans un message sur Truth Social mercredi. Le président américain a immédiatement ajouté qu'il annulait les tarifs prévus pour le 1er février.
Les contrats à terme sur les indices américains ont immédiatement bondi de 0,3 % après cette annonce, effaçant une partie des pertes enregistrées la veille.
Un effondrement historique mardi
La journée de mardi 20 janvier restera dans les mémoires comme l'une des pires séances depuis octobre pour les marchés américains. Le S&P 500 a chuté de 2,1 %, le Nasdaq Composite a plongé de 2,4 %, et le Dow Jones a perdu 870 points, soit 1,7 %.
En Europe, les dégâts ont été tout aussi sévères. Le CAC 40 français a reculé de 0,6 % en clôture, après avoir touché -1,28 % en séance. Le DAX allemand a perdu 1,0 %, le FTSE 100 britannique 0,7 %, et le STOXX Europe 600 0,7 %.
« C'est à nouveau 'vendez l'Amérique' avec un effet d'entraînement mondial beaucoup plus large », a analysé Krishna Guha, stratège chez Evercore ISI.
L'indice de la peur s'envole
L'indice VIX, surnommé la « jauge de la peur » de Wall Street, a atteint son plus haut niveau depuis mi-novembre, reflétant l'anxiété des investisseurs face à la multiplication des risques géopolitiques. Les valeurs refuges ont bondi : l'or a atteint de nouveaux records historiques, tandis que l'argent gagnait 30 % depuis le début de l'année 2026.
Une escalade rapide partie du Groenland
La crise a débuté samedi 18 janvier, lorsque Trump a annoncé via Truth Social des tarifs douaniers contre huit pays membres de l'OTAN : le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande.
La structure tarifaire était agressive : 10 % dès le 1er février, montant jusqu'à 25 % en juin, « jusqu'à ce qu'un accord soit trouvé pour l'achat complet du Groenland », territoire autonome danois.
La France dans le collimateur
La France s'est retrouvée particulièrement visée. Après que le président Emmanuel Macron ait décliné l'invitation de Trump à rejoindre un « Conseil de la paix », le président américain a menacé d'imposer des tarifs de 200 % sur les vins et Champagnes français.
« Je mettrai un tarif de 200 % sur ses vins et Champagnes, et il rejoindra, mais il n'est pas obligé de rejoindre », a déclaré Trump lundi aux journalistes.
La réaction française a été immédiate. Macron a qualifié ces menaces d'« inacceptables » et appelé à une réponse européenne « unie et coordonnée ». Les viticulteurs français ont dénoncé une approche « irresponsable » et « épuisante ».
L'Europe se mobilise
Face à ces menaces, l'Union européenne a rapidement fait front commun. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Antonio Costa, président du Conseil européen, ont publié une déclaration conjointe affirmant que l'UE « se tient en pleine solidarité avec le Danemark et le peuple du Groenland ».
« L'Europe restera unie, coordonnée et engagée à défendre sa souveraineté », a martelé von der Leyen mercredi.
Des contre-mesures envisagées
Selon le Financial Times, l'Union européenne envisageait d'imposer 93 milliards d'euros (108 milliards de dollars) de contre-tarifs. L'activation de l'Instrument anti-coercition (IAC) était également à l'étude, ce qui aurait pu limiter l'accès américain aux marchés publics européens ou restreindre le commerce des services.
Le Parlement européen est même allé jusqu'à suspendre mercredi les travaux d'approbation formelle de l'accord commercial conclu l'été dernier avec les États-Unis. Bernd Lange, président de la commission du commerce international, a cité « les menaces continues et croissantes, y compris les menaces tarifaires, contre le Groenland et le Danemark ».
Les tarifs comme outil géopolitique
L'administration Trump a défendu cette approche comme relevant d'une stratégie géopolitique légitime. Jamieson Greer, le Représentant américain au commerce, a déclaré à Euronews que Washington considère les tarifs comme un instrument valable, aux côtés des contrôles à l'exportation et des sanctions.
« Les tarifs font partie de ce spectre : 'bien sûr, nous allons continuer à commercer, mais nous évaluerons des frais' », a expliqué Greer, ajoutant que Trump préfère les solutions négociées et considère les droits de douane comme « une mesure moindre » comparée à d'autres outils économiques.
Les analystes divisés sur la « nouvelle normalité »
Les experts financiers peinent à décrypter cette volatilité extrême. Scott Chronert, de Citigroup, a écrit dans une note aux clients : « Nous ne sommes qu'à deux semaines de la nouvelle année et le nombre et l'ampleur des impacts sur les marchés actions américains sont déjà étourdissants ».
Sergio Ermotti, PDG d'UBS, s'est montré particulièrement pessimiste : « Je ne vois aucun chemin vers la normalisation dans un avenir proche. Il y a une limite au nombre de choses que l'on peut mettre sur la table sans qu'éventuellement l'une d'entre elles ne devienne incontrôlable et ne crée le type de volatilité que nous constatons maintenant ».
« La nouvelle normalité »
Anthony Gutman, co-PDG de Goldman Sachs International, a averti que « le bruit actuel crée de la volatilité pour les investisseurs » et que « c'est la nouvelle normalité ».
Toutefois, certains analystes restent plus optimistes. Dan Ives, de Wedbush, a comparé l'épisode à « un crochet gauche d'Apollo Creed dans le premier Rocky », mais estime que « les menaces seront pires que les actions réelles sur cette question, et que les tensions finiront par se calmer entre Trump et les dirigeants européens ».
Un accord-cadre aux contours flous
Malgré l'annonce de Trump mercredi, les détails de cet « accord-cadre » restent extrêmement vagues. La Maison-Blanche n'a pas répondu aux demandes de précisions des médias, et le Secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte s'est contenté d'appeler à une « diplomatie réfléchie » face aux « tensions » actuelles au sein de l'Alliance.
« Il y a ces tensions en ce moment, c'est indéniable », a reconnu Rutte mercredi, sans fournir plus de détails sur la nature de l'accord évoqué par Trump.
Implications pour les investisseurs français
Pour les épargnants et investisseurs français, cet épisode illustre la montée des risques géopolitiques comme facteur de volatilité des marchés. Plusieurs enseignements émergent :
- Volatilité accrue : Les marchés peuvent connaître des mouvements violents (plus de 2 % en une séance) sur de simples déclarations politiques, même sans mise en œuvre effective.
- Corrélation des marchés : L'Europe et les États-Unis restent fortement liés. Une crise tarifaire transatlantique affecte simultanément le CAC 40 et le S&P 500.
- Importance des valeurs refuges : L'or et l'argent ont confirmé leur statut de protection en période d'incertitude, atteignant de nouveaux records.
- Risque politique : Les relations transatlantiques, pilier de la stabilité depuis 1945, deviennent source d'instabilité pour les portefeuilles.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments méritent l'attention dans les prochains jours et semaines :
- Détails de l'accord OTAN : Si un accord concret émerge ou si l'annonce de Trump reste sans substance.
- Réaction européenne : L'UE maintiendra-t-elle le gel de l'accord commercial ou reprendra-t-elle les discussions ?
- Prochaines menaces tarifaires : Trump a déjà évoqué des tarifs sur d'autres pays (Chine, Canada, Mexique). De nouvelles annonces pourraient raviver la volatilité.
- Données économiques : L'impact de cette incertitude sur la confiance des entreprises et des consommateurs se mesurera dans les enquêtes à venir.
- Résultats d'entreprises : La saison des résultats du T4 2025 aux États-Unis pourrait révéler l'impact réel de ces tensions sur l'activité.
Conclusion
L'épisode des tarifs sur le Groenland révèle la fragilité du sentiment de marché en ce début d'année 2026. En l'espace de 48 heures, les investisseurs ont connu la panique puis le soulagement, détruisant et recréant plus de mille milliards de dollars de valeur boursière.
Comme l'a résumé Greg Fuzesi, stratège de JPMorgan : « Si cela déclenche un effet de sentiment plus large en générant une incertitude plus profonde, ses implications économiques pourraient être plus importantes ».
Pour les épargnants français, la leçon est claire : la diversification géographique et l'allocation vers des actifs refuges restent essentielles dans un environnement où la géopolitique prime désormais sur les fondamentaux économiques.