Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky passe à l'offensive sur Fnac Darty. Via sa holding EP Group, il a déposé vendredi 24 janvier une offre publique d'achat (OPA) au prix de 36 euros par action, faisant ressortir une prime de 19 % par rapport au cours de clôture de 30,50 euros. L'opération valorise le distributeur français de produits culturels et électroniques à plus d'un milliard d'euros.
Les termes de l'offre
Daniel Kretinsky détient déjà 28,5 % du capital de Fnac Darty via VESA Equity Investment, une filiale d'EP Group. Son objectif est de franchir le seuil des 50 % des droits de vote, ce qui nécessitera un investissement d'environ 230 millions d'euros.
L'offre s'étend également aux obligations convertibles (OCEANE) du groupe, proposées à 81,09 euros l'unité. Le prix de 36 euros par action représente une prime de 24 % sur le cours moyen pondéré des volumes sur un mois, et de 26 % sur trois mois.
Point important : EP Group n'envisage pas de retrait de la cote. Fnac Darty restera une société cotée à la Bourse de Paris, ce qui explique en partie la prime relativement modeste proposée aux actionnaires.
Le conseil d'administration favorable
Le conseil d'administration de Fnac Darty a accueilli l'offre « à l'unanimité », selon le communiqué officiel. Un comité ad hoc a été constitué et le cabinet Ledouble a été désigné comme expert indépendant pour évaluer l'équité de l'opération.
EP Group s'est engagé à poursuivre les orientations stratégiques du plan « Beyond Everyday » dévoilé en juin 2025, qui vise notamment à atteindre 4 millions d'abonnés aux services du groupe d'ici 2030. L'équipe dirigeante sera maintenue et le siège social restera en France.
Une opération défensive face à JD.com
Cette OPA intervient dans un contexte géopolitique tendu pour le contrôle de Fnac Darty. Le géant chinois du e-commerce JD.com a finalisé en novembre 2025 le rachat de l'allemand Ceconomy (MediaMarkt, Saturn) dont il détient désormais 85,2 % du capital. Or, Ceconomy possède lui-même 21,95 % de Fnac Darty, ce qui fait de JD.com le deuxième actionnaire du groupe français, juste derrière Kretinsky.
Cette perspective avait alerté les autorités françaises, préoccupées par l'accès potentiel de Pékin aux données de millions de clients français via la loi chinoise sur le renseignement national de 2017. En prenant le contrôle majoritaire, Daniel Kretinsky sécurise l'ancrage européen de l'enseigne face à l'influence chinoise grandissante.
Les analystes jugent la prime « assez faible »
Malgré l'accueil favorable du conseil d'administration, certains analystes estiment que le prix proposé reste insuffisant. TP ICAP Midcap, qui affiche un objectif de cours de 40 euros sur Fnac Darty, qualifie la prime offerte d'« assez faible » par rapport aux standards habituels des offres publiques, généralement compris entre 30 % et 50 %.
L'action Fnac Darty a bondi de 17,52 % lundi 26 janvier, à 35,55 euros, restant toutefois légèrement en dessous du prix d'offre. Ce léger écart reflète l'incertitude des marchés quant au succès de l'opération et aux éventuelles contre-offres.
Fnac Darty se sépare de Nature & Découvertes
Simultanément à l'annonce de l'OPA, Fnac Darty a confirmé chercher à céder Nature & Découvertes, enseigne dédiée au bien-être et aux sciences acquise en 2019. Avec 91 magasins dont 84 en France, l'enseigne « a particulièrement subi la pandémie de Covid-19 », reconnaît Enrique Martinez, directeur général du groupe.
« Les défis rencontrés depuis plusieurs trimestres par Nature & Découvertes ont perduré malgré les initiatives mises en place pour redynamiser l'activité », indique Fnac Darty, qui a reclassé l'enseigne en actifs destinés à la vente (IFRS 5) dans ses comptes.
Un groupe en transformation
Fnac Darty affiche des résultats solides malgré un contexte de consommation difficile. En 2024, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 7,93 milliards d'euros en progression de 0,7 %, et un résultat opérationnel courant de 182 millions d'euros contre 171 millions en 2023.
Avec l'intégration d'Unieuro, leader italien racheté fin 2024, le nouvel ensemble atteint plus de 10 milliards d'euros de revenus, 30 000 collaborateurs et 1 500 magasins en Europe. Des synergies de plus de 20 millions d'euros par an sont attendues, principalement sur les achats.
Qui est Daniel Kretinsky ?
Né en 1975 à Brno, Daniel Kretinsky a bâti un empire estimé à 10 milliards de dollars par Forbes. Sa holding EPH (Energetický a průmyslový holding) a réalisé 23,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, principalement dans l'énergie (gaz, électricité, chaleur).
En France, le milliardaire tchèque possède des participations dans de nombreux médias : Marianne, Le Monde, Libération, Elle, Editis. Il a récemment lancé la chaîne TNT T18 et détient environ 5 % de TF1. Dans la distribution, il contrôle également plus de 40 % des droits de vote chez Metro (Allemagne) et 12 % de Foot Locker (États-Unis).
Son entrée prochaine au capital de TotalEnergies via un échange d'actifs de 10,6 milliards d'euros en fera l'un des premiers actionnaires du géant pétrolier français avec 4,1 % du capital.
Ce qu'il faut surveiller
Le dépôt officiel de l'offre auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF) est attendu avant la fin du premier trimestre 2026. Plusieurs conditions devront être remplies : obtention des autorisations réglementaires et achèvement de la consultation des instances représentatives du personnel.
Les investisseurs surveilleront attentivement la réaction de JD.com et de Ceconomy, qui pourraient théoriquement déposer une contre-offre. Le gouvernement français, via Bercy, pourrait également intervenir au titre du contrôle des investissements étrangers, bien qu'une prise de contrôle européenne soit a priori préférable à une influence chinoise accrue.
Conclusion
L'OPA de Daniel Kretinsky sur Fnac Darty illustre les enjeux de souveraineté économique qui se jouent dans le secteur de la distribution européenne. Face à l'offensive de JD.com via Ceconomy, le milliardaire tchèque propose une solution européenne qui rassure les autorités françaises tout en offrant une prime aux actionnaires. Reste à savoir si le prix de 36 euros suffira à convaincre tous les détenteurs de titres, alors que certains analystes valorisent l'entreprise à 40 euros.