Semaine décisive pour les marchés : CPI, minutes de la Fed et coup d'envoi des résultats Q1
Du 6 au 11 avril, les investisseurs font face à une avalanche de données : ISM services, minutes de la Fed, PCE et CPI de mars. Simultanément, Delta Air Lines et Constellation Brands ouvrent le bal des résultats trimestriels.

Les marchés financiers abordent la semaine du 6 au 11 avril 2026 dans un état de tension rare. Quatre publications macroéconomiques majeures, le début de la saison des résultats du premier trimestre et des cours du pétrole au dessus de 110 dollars le baril composent un cocktail explosif pour les portefeuilles. Le S&P 500 vient de briser cinq semaines consécutives de pertes avec un rebond de 3,4 %, mais la question reste entière : s'agit il d'un véritable plancher ou d'un simple sursaut technique ?
Quatre publications clés en quatre jours
Le calendrier économique de la semaine concentre un volume inhabituel de données susceptibles de faire basculer les anticipations de politique monétaire. Lundi 6 avril, l'ISM des services de mars donnera le pouls du secteur tertiaire américain, qui représente environ 80 % du PIB. En février, cet indicateur s'élevait à 56,1, son plus haut niveau depuis août 2022, avec un indice des prix à 63 %, signal d'une pression inflationniste persistante dans les services.
Mercredi 9 avril, la Réserve fédérale publiera les minutes de sa réunion du 18 mars, lors de laquelle elle a maintenu les taux directeurs dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Le président Jerome Powell avait alors déclaré que l'inflation « ne recule pas autant qu'espéré ». Le compte rendu détaillé révélera l'intensité du débat interne, notamment après le vote dissident de Stephen Miran, favorable à une baisse d'un quart de point.
Jeudi, l'indice des dépenses de consommation personnelle (PCE), la mesure d'inflation préférée de la Fed, sera publié. L'indicateur hors alimentation et énergie s'établissait à 3,06 % en rythme annuel lors de la dernière lecture, un niveau nettement supérieur à l'objectif de 2 %. Enfin, vendredi 10 avril, les chiffres de l'indice des prix à la consommation (CPI) de mars clôtureront cette séquence. Les économistes anticipent une hausse mensuelle d'environ 0,9 %, portée par l'envolée des coûts énergétiques liés au conflit au Moyen Orient.
L'ombre de la stagflation plane sur les banques centrales
La convergence de ces indicateurs intervient dans un contexte macroéconomique inédit depuis les années 1970. Le pétrole brut Brent oscille entre 109 et 112 dollars le baril depuis les frappes sur le détroit d'Ormuz fin février, et l'Agence internationale de l'énergie a qualifié cette perturbation de « plus importante de l'histoire du marché pétrolier mondial ». Résultat : les projections d'inflation de la Fed pour 2026 ont été relevées à 2,7 %, contre 2,5 % anticipé en décembre 2025.
Côté européen, la Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs inchangés le 19 mars, avec un taux de dépôt à 2,00 % et un taux de refinancement à 2,15 %. L'inflation en zone euro est désormais projetée à 2,6 % en moyenne pour 2026, révisée à la hausse sous l'effet du choc énergétique. Le CAC 40, qui a clôturé à 7 962 points jeudi après un recul de 0,2 %, affiche une baisse de 6 à 7 % depuis le début de l'année. BNP Paribas a perdu 2,4 %, Société Générale 2,6 %, tandis que TotalEnergies a progressé de 2,4 %, porté par les cours du brut.
« Les implications des événements au Moyen Orient pour l'économie américaine restent incertaines. »
Réserve fédérale, communiqué du FOMC, 18 mars 2026
Des signaux d'alerte techniques rares
Au delà des données macro, quatre signaux d'alerte clignotent simultanément sur les écrans des stratégistes. Le ratio Shiller CAPE a atteint 39,7 en janvier 2026, son deuxième plus haut niveau en 150 ans de données, dépassé uniquement par le pic de 44,2 atteint pendant la bulle internet. Le S&P 500 a franchi à la baisse sa moyenne mobile à 200 jours le 19 mars, un seuil technique considéré comme la ligne de démarcation entre marché haussier et marché en difficulté.
L'indice de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan a plongé à 53,3 en mars, soit sa troisième lecture la plus basse jamais enregistrée. Cette chute de plus de 20 points par rapport à fin 2025 dépasse en amplitude le déclin de 16 points observé avant la Grande Récession de 2008. La dernière fois que ces quatre signaux ont convergé, en 2023, les marchés ont perdu 7 000 milliards de dollars de capitalisation.
Mark Malek, directeur des investissements chez Siebert Financial, résume le sentiment ambiant : « Cette volatilité n'est pas terminée. La durée reste le risque principal, et c'est pourquoi les gros titres continuent de diriger le marché. »
Le coup d'envoi d'une saison de résultats sous haute pression
La semaine marque également le début de la publication des résultats du premier trimestre 2026. FactSet anticipe une croissance des bénéfices du S&P 500 de 12,5 à 13,2 % en glissement annuel, ce qui constituerait le sixième trimestre consécutif de progression à deux chiffres. Les revenus sont attendus en hausse de 9,7 %, pour un total estimé à 629,3 milliards de dollars.
Delta Air Lines, qui publie le 8 avril, a relevé ses prévisions de chiffre d'affaires à une fourchette de 15,0 à 15,3 milliards de dollars, soutenu par une accélération de la demande corporate. La compagnie a enregistré huit de ses dix meilleures journées de ventes au cours du trimestre, avec des réservations en hausse de 25 % sur un an. Toutefois, la facture de kérosène a grimpé de 400 millions de dollars supplémentaires en raison du conflit, et les résultats par action sont attendus dans une large fourchette de 0,50 à 0,90 dollar, reflet de l'incertitude sur les coûts.
Constellation Brands publie également le 8 avril ses résultats annuels. Evercore ISI a placé le titre sur sa liste « Tactical Outperform » avec un objectif de cours à 170 dollars, malgré une contraction des volumes de Modelo Especial d'environ 4 % et de Corona Extra d'environ 9 % au troisième trimestre fiscal.
Les banques au centre de toutes les attentions
La semaine suivante, les résultats de JPMorgan Chase (14 avril) et Bank of America (15 avril) constitueront le véritable test de résistance de l'économie américaine. Le consensus table sur un bénéfice par action de 5,32 à 5,50 dollars pour JPMorgan, en hausse de 7 % sur un an, tandis que Bank of America est attendu à environ 1,00 dollar par action.
Les analystes scruteront particulièrement trois éléments : l'intégration du portefeuille Apple Card, pour laquelle JPMorgan a constitué une provision de 2,2 milliards de dollars ; l'évolution du revenu net d'intérêts de Bank of America, projeté en croissance de 5 à 7 % sur l'année ; et surtout l'exposition au crédit immobilier commercial, alors que 950 milliards de dollars de prêts arrivent à échéance en 2026 dans l'ensemble du secteur.
Les premiers signes de stress sont déjà visibles : les défauts de paiement anticipés sur les prêts hypothécaires ont bondi de 30 %, et le taux de défaillance précoce de Bank of America s'établit à 0,99 %. Les banques régionales telles que KeyCorp et Citizens Financial Group font face à des conditions encore plus tendues, avec des coûts de dépôts élevés et une exposition concentrée aux bureaux.
Goldman Sachs reste optimiste, les risques sont réels
Goldman Sachs maintient un objectif de fin d'année à 7 600 points pour le S&P 500, fondé sur une croissance des bénéfices par action de 12,1 % et un BPA estimé à 309 dollars. La banque d'affaires mise sur une transition de l'intelligence artificielle, passant d'une phase de dépenses d'investissement massives à une ère de gains de productivité tangibles. Les secteurs cycliques (industrie, finance, consommation discrétionnaire) devraient prendre le relais des géants technologiques.
Cet optimisme contraste avec la réalité du premier trimestre : le S&P 500 a reculé de 4,6 %, sa pire performance trimestrielle depuis 2022. Le conflit irano américain, la flambée pétrolière et les incertitudes tarifaires ont créé un environnement que les stratégistes comparent aux chocs pétroliers des années 1970. Historiquement, chaque récession américaine depuis la Seconde Guerre mondiale, à l'exception de 2020, a été précédée par un choc majeur sur les prix du pétrole.
Ce que les investisseurs français doivent surveiller
Pour les épargnants français, cette semaine concentre plusieurs enjeux directs. La publication du CPI américain influencera les anticipations de politique monétaire de la BCE, qui maintient ses taux en attendant de mesurer l'ampleur du choc énergétique sur la zone euro. Les contrats à terme sur les taux intègrent désormais au moins deux hausses de 25 points de base d'ici fin 2026, un renversement complet par rapport aux baisses attendues il y a encore trois mois.
Les résultats de Delta et des grandes banques américaines donneront le ton de la saison des publications et influenceront directement les indices européens. Le CAC 40 reste particulièrement sensible à trois variables : l'évolution du conflit au Moyen Orient, les signaux de la BCE sur le calendrier d'un éventuel assouplissement, et la dynamique de la consommation chinoise, déterminante pour le secteur du luxe qui pèse plus de 35 % de la capitalisation de l'indice parisien.
Mark Newton, stratégiste technique chez Fundstrat, recommande d'attendre une consolidation supplémentaire dans la fenêtre du 5 au 9 avril avant de se positionner à l'achat, tout en estimant que le processus de formation d'un plancher a commencé. Une posture prudente semble justifiée dans un marché où chaque donnée macroéconomique peut faire basculer les anticipations dans un sens ou dans l'autre.