Le Pentagone réclame 200 milliards de dollars pour la guerre en Iran : un gouffre budgétaire aux conséquences mondiales
Le Pentagone a soumis à la Maison Blanche une demande de financement supplémentaire de plus de 200 milliards de dollars pour la guerre en Iran. Cette enveloppe colossale, contestée au Congrès, pèse sur les marchés et alimente les craintes de stagflation.

Le département de la Défense américain a déposé auprès de la Maison Blanche une demande de crédits supplémentaires dépassant les 200 milliards de dollars pour financer les opérations militaires en Iran. Révélée par le Washington Post le 18 mars, cette requête sans précédent depuis la guerre en Irak intervient alors que Wall Street enregistre son plus bas annuel et que la Fed maintient ses taux directeurs dans un contexte de stagflation naissante.
Un conflit qui dévore les arsenaux américains
Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), les opérations militaires ont coûté 11,3 milliards de dollars en six jours et 16,5 milliards en douze jours, soit un rythme de dépense avoisinant 500 millions de dollars quotidiens après la première semaine. L'armée américaine a tiré 319 missiles Tomahawk (à 3,5 millions de dollars l'unité), perdu trois chasseurs F 15, un ravitailleur KC 135, onze drones Reaper et un radar THAAD AN/TPY 2.
L'effort a été piloté par le secrétaire adjoint à la Défense Steven Feinberg, dont le bureau a élaboré plusieurs scénarios de financement pour relancer la production de munitions de précision, fortement entamée par trois semaines de frappes sur plus de 2 500 cibles. Après quatre jours d'opérations intensives, les forces américaines sont passées de munitions à guidage de précision coûteuses à des bombes JDAM à moins de 100 000 dollars pièce, signe d'une gestion de plus en plus tendue des stocks.
Le Bureau du budget freine, le Congrès se divise
Le Bureau de la gestion et du budget (OMB) de la Maison Blanche a jugé la demande du Pentagone trop élevée lors de discussions internes, sans qu'un montant final ait été arrêté. Côté législatif, l'opposition se cristallise. Le sénateur Chris Murphy (démocrate, Connecticut) a déclaré être « catégoriquement opposé au financement de la guerre illégale et désastreuse de Trump en Iran ». Le sénateur Ruben Gallego (démocrate, Arizona) estime que « les pays du Moyen Orient que nous protégeons doivent payer la facture ».
Plus de 250 organisations, dont l'ACLU, ont adressé une lettre au Congrès pour s'opposer à tout crédit supplémentaire. Côté républicain, le soutien de principe existe mais aucune stratégie législative n'a été définie pour franchir le seuil de 60 voix au Sénat. Les démocrates préparent des manœuvres procédurales susceptibles de paralyser la chambre haute.
Un déficit fédéral déjà hors de contrôle
Le Congressional Budget Office (CBO) estime le déficit fédéral à 1 900 milliards de dollars pour l'exercice 2026, soit 5,8 % du PIB. La dette publique atteint 101 % du PIB et devrait grimper à 120 % en 2036, dépassant largement le record de 106 % établi après la Seconde Guerre mondiale. Les intérêts de la dette ont totalisé 433 milliards sur les cinq premiers mois de l'exercice, en hausse de 8 % sur un an.
Ajouter 200 milliards de dépenses militaires à cette trajectoire aggraverait les pressions sur les rendements obligataires. Le Treasury à 10 ans oscille autour de 4,28 %, tandis que les marchés n'anticipent aucune baisse de taux de la Fed avant octobre, voire décembre 2026.
La Fed prise en étau entre guerre et inflation
Le 18 mars, le Comité fédéral de l'open market (FOMC) a voté à 11 contre 1 le maintien du taux directeur entre 3,5 % et 3,75 %. Le « dot plot » ne prévoit plus qu'une seule baisse de 25 points de base en 2026, contre deux anticipées en décembre. Sept des dix neuf membres du comité estiment désormais que les taux resteront inchangés cette année.
Les projections économiques ont été révisées : la croissance du PIB est attendue à 2,4 % (en légère hausse), mais l'indice PCE d'inflation est passé à 2,7 %, tant sur la mesure globale que sous jacente. L'indice des prix à la production (PPI) de février a surpris à la hausse, avec une progression mensuelle de 0,7 % contre 0,3 % attendu, et un glissement annuel de 3,4 %.
Jerome Powell, lors de l'une de ses dernières conférences de presse avant de quitter ses fonctions en mai, a insisté sur la nécessité de « rester en pause tout en surveillant le choc pétrolier ». Le baril de Brent a bondi de 5,8 % à 113,54 dollars jeudi, tandis que le WTI s'échangeait autour de 96,90 dollars.
Wall Street au plus bas de 2026
Les marchés ont sévèrement sanctionné la conjonction de ces annonces. Le Dow Jones a chuté de 768 points (soit 1,63 %) pour clôturer à 46 225, son plus bas niveau depuis le début de l'année. Le S&P 500 a reculé de 1,36 % à 6 624, et le Nasdaq Composite de 1,46 % à 22 152. Le Dow accuse désormais une baisse de plus de 5 % sur le mois de mars, sa pire performance mensuelle depuis 2022.
En Europe, le DAX a perdu 1,4 %, le CAC 40 a cédé 1 % et le FTSE 100 a reculé de 1,15 % à l'ouverture du 19 mars. Le secteur minier européen a mené les baisses, le Stoxx Europe Basic Resources chutant de 4,5 % en raison d'un repli de l'or (qui recule de 2,6 % après avoir frôlé les 5 000 dollars) et de l'argent (en baisse de 6,9 %).
L'industrie de la défense : des carnets pleins mais des cours mitigés
Paradoxalement, les cinq premiers groupes de défense américains (Lockheed Martin, Northrop Grumman, General Dynamics, Boeing, RTX) affichent collectivement un recul d'environ 1 % depuis le début des hostilités. Sur trois ans, en revanche, RTX a bondi de 110 %, Northrop Grumman de 60 %, General Dynamics de 57 % et Lockheed Martin de 37 %. Les investisseurs semblent déjà avoir intégré le « supercycle de défense » dans les valorisations.
Lockheed Martin a signé un accord pour accélérer la production du missile PAC 3 MSE, tandis que RTX fournit les missiles Tomahawk et les systèmes Patriot massivement sollicités. Un analyste cité par le CSIS prévient : « Injecter beaucoup d'argent dans la base industrielle ne garantit pas d'obtenir les munitions plus rapidement, mais ne pas le faire garantit qu'elles arriveront encore plus tard. »
L'Europe entre réarmement et vulnérabilité énergétique
Le conflit accélère le tournant stratégique européen. La France a porté son budget de défense à 64 milliards d'euros et déployé des systèmes antimissiles à Chypre. Les alliés de l'OTAN se sont engagés à consacrer 3,5 % de leur PIB à la défense d'ici 2035, contre 2 % auparavant. Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 630 milliards de dollars en 2025, en hausse par rapport aux 2 480 milliards de 2024.
Pour les épargnants français, les implications sont multiples. Le pétrole, qui a bondi de 54 % en un mois (passant de 67 à 104 dollars le baril entre mi février et mi mars), alimente l'inflation en zone euro. Le prix de l'essence aux États Unis a grimpé de 27 % sur un mois. La BCE, qui avait stabilisé ses taux autour de 2,15 %, pourrait être contrainte de revoir sa politique si le choc énergétique persiste. Oxford Economics anticipe un ralentissement de la croissance en zone euro à 0,5 % au second semestre, tandis que la Chine pourrait passer sous les 3 %.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Le montant final que la Maison Blanche transmettra au Congrès reste inconnu. Les négociations au Sénat, où les démocrates peuvent bloquer tout vote par manœuvre procédurale, détermineront si les 200 milliards seront votés, réduits ou rejetés. Sur les marchés, les résultats de FedEx et d'Accenture (publiés le 19 mars) offriront un éclairage sur l'état réel de l'économie américaine. Enfin, l'escalade militaire au Moyen Orient (frappes iraniennes contre des installations au Qatar, en Arabie saoudite, au Koweït et aux Émirats arabes unis dans la nuit du 18 au 19 mars) menace de propulser le pétrole au delà de 120 dollars si les infrastructures du Golfe restent visées.