La Banque populaire de Chine poursuit sa stratégie d'accumulation méthodique
La Banque populaire de Chine (PBOC) vient d'officialiser son quinzième mois consécutif d'achats d'or, confirmant une stratégie de diversification méthodique et résolue de ses réserves de change. Selon les dernières données publiées par l'institution, les réserves chinoises d'or atteignent désormais 74,19 millions d'onces troy, pour une valeur estimée à 369,58 milliards de dollars. Chaque mois, la banque centrale ajoute environ 40 000 onces à ses coffres, soit près de 1,2 tonne, avec une régularité remarquable.
Cette frénésie d'acquisitions, entamée fin 2024 après une brève pause tactique, ne montre aucun signe d'essoufflement. La constance de ces achats témoigne d'un pivot stratégique de long terme, visant à réduire l'exposition aux actifs libellés en dollars et à renforcer la part des actifs « neutres », dépourvus de risque de contrepartie ou de vulnérabilité aux sanctions internationales.
L'or au dessus de 5 000 dollars : une nouvelle normalité
Le marché de l'or traverse une phase de consolidation remarquable. Après avoir atteint un sommet historique de 5 595 dollars l'once fin janvier 2026, porté par une ruée vers les valeurs refuges, le métal jaune s'est stabilisé au dessus du seuil symbolique des 5 000 dollars. Cette correction mesurée, loin de signaler un retournement, reflète une assimilation saine des gains spectaculaires enregistrés depuis début 2025.
Le franchissement des 5 000 dollars le 26 janvier, suivi d'un pic proche de 5 600 dollars trois jours plus tard, a été alimenté par les tensions géopolitiques persistantes, les incertitudes autour de la politique monétaire américaine et la nomination du prochain président de la Réserve fédérale. Depuis, le marché oscille dans une fourchette relativement étroite, soutenu par une demande structurelle qui transcende les fluctuations conjoncturelles.
95 % des banques centrales prévoient d'augmenter leurs réserves d'or
L'enquête annuelle du World Gold Council auprès des banques centrales révèle un consensus sans précédent : 95 % des institutions interrogées anticipent une hausse des réserves mondiales d'or au cours des douze prochains mois, le niveau le plus élevé en huit ans d'existence de cette enquête. Plus significatif encore, 43 % des répondants prévoient d'accroître leurs propres réserves, un record absolu. Aucun répondant n'envisage de réduction.
Cette enquête, qui a recueilli 73 réponses en 2025, son meilleur taux de participation historique, confirme que la tendance d'accumulation dépasse largement le cas chinois. Les achats institutionnels ont totalisé 863 tonnes en 2025, un volume certes inférieur aux niveaux exceptionnels de plus de 1 000 tonnes observés les années précédentes, mais très nettement supérieur à la moyenne annuelle de 473 tonnes enregistrée entre 2010 et 2021.
Les prévisions des grandes banques confirment la tendance haussière
Les principales institutions financières mondiales ont révisé à la hausse leurs objectifs de cours pour l'or. JPMorgan anticipe un prix moyen de 5 055 dollars l'once au quatrième trimestre 2026, avec un potentiel de progression vers 5 200 à 5 300 dollars en fin d'année. Goldman Sachs se montre encore plus optimiste, ayant relevé sa prévision à 5 400 dollars l'once pour fin 2026, en hausse de 500 dollars par rapport à son estimation précédente.
Bank of America, HSBC et Société Générale convergent également vers un objectif de 5 000 dollars pour 2026. Goldman Sachs estime que les achats du secteur officiel se poursuivront pendant au moins trois ans supplémentaires, avec des flux mensuels moyens de 80 tonnes. Un sondage réalisé auprès de plus de 900 investisseurs institutionnels clients de Goldman Sachs révèle que 36 % d'entre eux considèrent désormais ce seuil comme atteignable en 2026.
La « dominance budgétaire » redéfinit le rôle de l'or
Le concept de « dominance budgétaire » (fiscal dominance) est au cœur de la dynamique actuelle. Il désigne un environnement dans lequel les politiques budgétaires des gouvernements prennent le pas sur la politique monétaire des banques centrales, entraînant une érosion structurelle de la confiance dans les monnaies fiduciaires. Dans ce contexte, les banques centrales, emmenées par la Chine et les nations BRICS+, traitent l'or non plus comme un actif spéculatif mais comme une couverture essentielle contre la domination budgétaire américaine et ce qu'elles perçoivent comme « l'instrumentalisation du dollar ».
Les réserves combinées d'or des pays BRICS dépassent désormais 6 000 tonnes, la Russie en tête avec 2 336 tonnes, suivie de la Chine avec 2 298 tonnes et de l'Inde avec 880 tonnes. Entre 2020 et 2024, les banques centrales des pays BRICS ont acquis plus de 50 % de l'or mondial disponible sur le marché.
La dédollarisation s'accélère en toile de fond
La part du dollar américain dans les réserves de change mondiales a glissé à environ 56 % début 2026, son niveau le plus bas en trois décennies. Cette érosion progressive reflète une politique délibérée de diversification menée par le « Sud global », qui cherche à s'émanciper des mécanismes financiers occidentaux et à se prémunir contre le risque de sanctions unilatérales.
Le bloc BRICS avance concrètement sur ce front. Le prototype « Unit », une monnaie numérique de commerce adossée à l'or, a été lancé en décembre 2025. L'Inde pousse pour l'interconnexion des systèmes de monnaies numériques de banques centrales (CBDC) lors du sommet prévu en 2026. Ces initiatives créent progressivement un système financier parallèle, isolé de la menace des sanctions occidentales.
Les implications pour les investisseurs européens
Pour les épargnants et investisseurs français, ces développements comportent plusieurs enseignements. La demande structurelle des banques centrales constitue désormais un plancher solide pour le cours de l'or, limitant le risque de correction brutale. Les flux records vers les ETF adossés à l'or physique, qui ont enregistré 89 milliards de dollars d'entrées en 2025 selon le World Gold Council, avec des encours atteignant 559 milliards de dollars et des avoirs à un niveau historique de 4 025 tonnes, témoignent également d'un intérêt croissant du secteur privé.
La diversification vers l'or, qu'elle prenne la forme d'investissements directs, d'ETF ou de produits d'épargne intégrant une composante métaux précieux, s'inscrit dans une logique de protection patrimoniale face aux incertitudes géopolitiques et budgétaires. Dans un monde où les banques centrales elles mêmes renforcent massivement leurs positions en or, la pertinence de cet actif dans une allocation diversifiée ne fait que se confirmer.
Sources