L'or vient de franchir un cap historique. Ce lundi 26 janvier 2026, le métal précieux a dépassé pour la première fois la barre symbolique des 5 000 dollars l'once, atteignant un sommet inédit à 5 092,71 dollars avant de se stabiliser autour de 5 081 dollars, en hausse de près de 2 % sur la séance.
Cette performance spectaculaire couronne une année 2025 déjà exceptionnelle, au cours de laquelle l'or avait bondi de 64 %, sa plus forte progression annuelle depuis 1979. Depuis le 1er janvier 2026, le métal jaune affiche déjà un gain de 17 %, confirmant son statut de valeur refuge par excellence dans un environnement financier de plus en plus incertain.
Les tensions géopolitiques comme catalyseur principal
Le franchissement de ce seuil psychologique intervient dans un contexte de vives tensions internationales. Les menaces du président Donald Trump concernant le Groenland ont particulièrement secoué les marchés. L'administration américaine a annoncé des droits de douane de 10 % à partir du 1er février, pouvant atteindre 25 % d'ici juin, sur les importations en provenance de huit pays de l'OTAN tant qu'un accord sur l'acquisition du territoire arctique ne sera pas conclu.
À ces tensions s'ajoutent les menaces de tarifs de 100 % sur le Canada en cas d'accord commercial avec la Chine, ainsi que l'éventualité de droits de 200 % sur les vins et champagnes français. Cette succession d'annonces a créé ce que les analystes qualifient de « crise de confiance » envers les actifs américains.
« Cette administration Trump a provoqué une rupture permanente dans la manière dont les choses fonctionnent. Désormais, tout le monde se précipite vers l'or comme seule alternative. »
— Kyle Rodda, analyste senior chez Capital.com
Les banques centrales maintiennent la pression acheteuse
Au-delà des tensions géopolitiques, la demande structurelle des banques centrales continue de soutenir les cours. Selon Goldman Sachs, les achats des institutions monétaires atteignent en moyenne 60 tonnes par mois en 2026, soit plus de trois fois la moyenne d'avant 2022 qui s'établissait à 17 tonnes mensuelles.
La Banque populaire de Chine a notamment repris ses achats en novembre 2025 après une pause de six mois, étendant sa série d'acquisitions à quatorze mois consécutifs en décembre. Les réserves d'or officielles chinoises atteignent désormais 2 292 tonnes, représentant environ 6,5 % de ses réserves totales.
JP Morgan anticipe des achats de banques centrales de l'ordre de 755 tonnes en 2026, un niveau certes inférieur aux plus de 1 000 tonnes enregistrées chaque année entre 2022 et 2024, mais toujours nettement supérieur à la moyenne historique de 400 à 500 tonnes.
Les ETF enregistrent des flux records
Les fonds indiciels cotés (ETF) adossés à l'or ont connu une année 2025 historique avec près de 89 milliards de dollars de flux entrants, portant les encours totaux à un niveau record de 4 025 tonnes selon le World Gold Council. Cette dynamique se poursuit en ce début d'année, alimentée par la recherche de diversification des investisseurs particuliers et institutionnels.
Une enquête récente révèle que 71 % des investisseurs particuliers anticipent un cours de l'or supérieur à 5 000 dollars en 2026, tandis que 29 % tablent sur un dépassement des 6 000 dollars.
L'argent franchit également un cap historique
L'argent suit la même trajectoire haussière. Le métal blanc a dépassé pour la première fois les 100 dollars l'once le 23 janvier, établissant un record à 101,31 dollars. Il évolue désormais autour de 109 dollars, effaçant définitivement son précédent sommet historique de 49,95 dollars datant de janvier 1980.
L'argent bénéficie d'une demande industrielle soutenue, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables et de l'intelligence artificielle, en plus de son attrait comme valeur refuge.
L'affaiblissement du dollar amplifie le mouvement
La faiblesse du billet vert renforce l'attractivité de l'or pour les détenteurs d'autres devises. Le yen japonais s'est notamment apprécié face au dollar, tandis que les investisseurs réduisent leurs positions sur la devise américaine à l'approche de la réunion de la Réserve fédérale prévue les 27 et 28 janvier.
La Fed devrait maintenir ses taux directeurs dans la fourchette actuelle de 3,50 % à 3,75 %, après trois baisses consécutives en 2025. Les marchés n'accordent que 5 % de probabilité à une nouvelle baisse ce mois-ci, contre 24 % il y a un mois, l'inflation restant à 2,7 %, au-dessus de l'objectif de 2 %.
Les prévisions des analystes restent haussières
Les grandes banques d'investissement ont relevé leurs objectifs de cours. Goldman Sachs anticipe désormais 5 400 dollars l'once d'ici fin 2026, contre 4 900 dollars précédemment. JP Morgan vise 5 055 dollars au quatrième trimestre 2026, avec un prix moyen annuel de 4 753 dollars.
Bank of America évoque un potentiel de dépassement des 6 000 dollars, tandis que ICBC Standard Bank mentionne un scénario extrême à 7 150 dollars, soit une hausse de 44 % par rapport aux niveaux actuels.
« Les investisseurs sont réticents à abandonner l'or au cas où Donald Trump se réveillerait avec une nouvelle idée controversée. »
— Dan Coatsworth, analyste chez AJ Bell
Ce que cela signifie pour les épargnants français
Pour les investisseurs français, cette envolée de l'or soulève plusieurs questions stratégiques. Le métal jaune représente traditionnellement une protection contre l'inflation et l'instabilité financière. Cependant, à ces niveaux de prix, la question du timing d'entrée se pose avec acuité.
Les analystes recommandent une approche progressive plutôt que des achats massifs ponctuels. L'or peut être détenu sous diverses formes : lingots et pièces physiques, ETF cotés comme le SPDR Gold Shares, ou encore actions de sociétés minières aurifères.
La fiscalité française prévoit une taxe forfaitaire de 11,5 % sur les plus-values de cession d'or physique (dont 0,5 % de CRDS), ou une option pour le régime des plus-values sur biens meubles avec abattement de 5 % par an au-delà de la deuxième année de détention, aboutissant à une exonération totale après 22 ans.
Perspectives et risques à surveiller
Malgré l'optimisme dominant, plusieurs facteurs pourraient freiner la hausse. Un apaisement des tensions commerciales, comme celui observé mercredi dernier après l'annonce d'un accord-cadre sur le Groenland, a provoqué un rebond immédiat des marchés actions. Un revirement durable de la politique américaine pourrait déclencher des prises de bénéfices sur l'or.
Par ailleurs, si la Fed adoptait une posture plus restrictive face à une inflation persistante, la hausse des taux réels augmenterait le coût d'opportunité de détention de l'or, actif non rémunéré.
Philip Newman, directeur chez Metals Focus, estime que les prix pourraient atteindre 5 500 dollars au cours de l'année, tout en anticipant des corrections intermédiaires à mesure que les investisseurs prendront leurs bénéfices.