OpenAI lève 110 milliards de dollars : Amazon, SoftBank et Nvidia misent sur la domination de l'IA
OpenAI a annoncé vendredi la plus grande levée de fonds privée de l'histoire, avec 110 milliards de dollars apportés par Amazon (50 Md$), SoftBank et Nvidia (30 Md$ chacun), portant la valorisation à 730 milliards. Un tournant pour le secteur et pour les investisseurs.
La plus grande levée de fonds privée de l'histoire
OpenAI, le créateur de ChatGPT, a officialisé vendredi 27 février 2026 un tour de financement de 110 milliards de dollars, établissant un nouveau record absolu pour une entreprise non cotée. Le groupe est désormais valorisé à 730 milliards de dollars avant l'injection des fonds, soit 840 milliards une fois l'opération finalisée. En moins d'un an, la valorisation d'OpenAI a plus que doublé : elle était de 300 milliards de dollars lors de sa précédente levée en mars 2025.
Trois géants technologiques se partagent ce financement historique : Amazon investit 50 milliards de dollars (soit le plus gros montant jamais investi par le géant de Seattle dans une seule entreprise), tandis que SoftBank et Nvidia apportent chacun 30 milliards. Pour donner l'échelle de ce tour de table : les investisseurs en capital-risque américains avaient investi un total de 170 milliards de dollars dans l'ensemble des start-ups américaines sur toute l'année 2023.
« Nous entrons dans une nouvelle phase où l'IA frontière passe de la recherche à un usage quotidien à l'échelle mondiale. Le leadership sera défini par ceux capables de mettre à l'échelle les infrastructures assez vite pour répondre à la demande. »
Une structure d'investissement croisé inédite
Au-delà des montants, la structure de ce financement illustre une logique nouvelle dans l'écosystème de l'IA : les investisseurs ne se contentent pas d'acquérir des parts au capital, ils sécurisent simultanément des contrats commerciaux massifs avec leur investissement.
L'exemple le plus frappant est celui d'Amazon. Le géant du cloud débloquera d'abord une première tranche de 15 milliards de dollars, le solde de 35 milliards étant conditionné à la réalisation de certains objectifs non précisés. En parallèle, OpenAI s'engage à louer pour 100 milliards de dollars de capacités de traitement auprès d'Amazon Web Services (AWS) sur une période de huit ans, faisant d'AWS le « fournisseur exclusif de cloud tiers » pour OpenAI Frontier, la plateforme d'agents IA destinée aux entreprises. Les deux groupes co-développeront également un « Stateful Runtime Environment », et OpenAI s'engage à utiliser les puces Trainium personnalisées d'Amazon.
De son côté, Nvidia voit dans cet investissement la garantie d'une demande massive pour ses futures puces Vera Rubin. OpenAI s'est engagé à utiliser « 3 GW de capacité dédiée à l'inférence et 2 GW pour l'entraînement sur des systèmes Vera Rubin ». Ces puces de nouvelle génération, dont les premières livraisons sont prévues au second semestre 2026, représentent le prochain cycle de croissance pour le fabricant de semi-conducteurs.
« L'IA transforme le monde à un rythme sans précédent. OpenAI est un leader clair, avec une technologie de classe mondiale et une base d'utilisateurs mondiale incomparable. »
OpenAI : un empire au potentiel immense mais coûteux
Les métriques opérationnelles d'OpenAI témoignent d'une adoption sans précédent. ChatGPT compte désormais 900 millions d'utilisateurs hebdomadaires actifs, dont 50 millions d'abonnés payants et 9 millions d'utilisateurs professionnels. L'assistant Codex, dédié aux développeurs, a triplé son nombre d'utilisateurs pour atteindre 1,6 million par semaine. Le chiffre d'affaires 2025 s'est établi à 13 milliards de dollars, dépassant l'objectif initial de 10 milliards.
Mais l'entreprise brûle des liquidités à une cadence qui donne le vertige. Selon les projections internes, OpenAI devrait consommer 218 milliards de dollars entre 2026 et 2029, soit environ 111 milliards de plus que prévu lors des estimations réalisées deux trimestres auparavant. La rentabilité n'est pas attendue avant 2030. Ce financement de 110 milliards constitue donc une réponse partielle à ce besoin en capital colossal, qui oblige OpenAI à revenir régulièrement sur les marchés.
La question Microsoft : un partenariat historique préservé
L'entrée en force d'Amazon dans le capital d'OpenAI soulève naturellement la question de l'impact sur Microsoft, qui a investi plus de 13 milliards de dollars dans l'entreprise depuis 2019 et dispose d'un droit exclusif sur son infrastructure cloud. Le groupe de Redmond s'est voulu rassurant : « Rien de ce qui a été annoncé aujourd'hui ne modifie les termes de la relation entre Microsoft et OpenAI. » Pour autant, l'expansion du partenariat avec AWS dans un secteur où les deux géants du cloud se livrent une concurrence frontale constitue un signal stratégique fort.
Un secteur en course aux financements
Le tour de table d'OpenAI intervient deux semaines après qu'Anthropic, son principal concurrent sur le marché de l'IA d'entreprise, a levé 30 milliards de dollars pour une valorisation de 380 milliards. Les deux rivaux ont désormais en commun plusieurs investisseurs : Nvidia a participé aux deux levées. Cette logique de « financement croisé » où les fournisseurs d'infrastructure (puces, cloud) investissent dans leurs clients pour sécuriser de futurs contrats soulève des questions sur la concentration des risques systémiques dans l'écosystème IA.
En l'espace de douze mois, le secteur de l'IA aura enregistré les trois plus importants appels aux marchés privés de l'histoire :
OpenAI, 40 milliards de dollars au printemps 2025 (valorisation 300 Md$)
Anthropic, 30 milliards de dollars en février 2026 (valorisation 380 Md$)
OpenAI, 110 milliards de dollars le 27 février 2026 (valorisation 730 Md$)
Perspectives : vers une introduction en Bourse à 1 000 milliards ?
Cette levée de fonds s'inscrit dans la transformation structurelle d'OpenAI, qui a officiellement abandonné son statut d'organisation à but non lucratif en octobre 2025 pour devenir une « Public Benefit Corporation » (PBC) à but lucratif. Ce changement de statut ouvre la voie à une introduction en Bourse (IPO) prévue fin 2026, avec une valorisation cible d'environ 1 000 milliards de dollars, ce qui en ferait la plus valorisée des introductions en Bourse de l'histoire.
Les analystes restent partagés sur cette perspective. Pour les optimistes, une valorisation de 3 à 4 fois les revenus projetés pour 2030 n'est pas excessive pour une entreprise qui croît à trois chiffres. Pour les sceptiques, la question du « quand » la rentabilité sera atteinte et la capacité à convertir des utilisateurs gratuits en abonnés payants constituent les variables déterminantes.
« Ce tour de financement n'est pas seulement une question d'argent : il s'agit de consolider le pouvoir dans la course à l'IA. Avec 110 milliards de dollars de capital frais et des investisseurs exigeant des retours, la pression pour transformer cette structure en quelque chose de plus conventionnel va s'intensifier. »
Ce que cela signifie pour les investisseurs français
OpenAI n'est pas encore accessible en Bourse pour les investisseurs particuliers. Mais plusieurs pistes permettent de s'exposer indirectement à cette tendance :
Nvidia (NVDA) : investisseur direct à hauteur de 30 milliards et fournisseur de puces garanti sur plusieurs années via l'accord Vera Rubin
Amazon (AMZN) : investisseur principal et partenaire cloud exclusif, avec un contrat de 100 milliards sur 8 ans
SoftBank Group (9984.T) : avec 64,6 milliards cumulés investis dans OpenAI, soit environ 13 % du capital
Microsoft (MSFT) : partenaire historique dont la relation reste « forte et centrale » selon la déclaration officielle
ETF thématiques IA : des fonds indiciels exposés au secteur technologique et à l'intelligence artificielle permettent une diversification sur l'ensemble de l'écosystème
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments méritent un suivi attentif dans les prochains mois :
Le calendrier et les conditions de déblocage des 35 milliards restants d'Amazon
Les indicateurs de monétisation : conversion des 900 millions d'utilisateurs en abonnés payants
La progression du cash burn et la nécessité éventuelle d'un nouveau tour de financement avant l'IPO
La réaction des régulateurs (antitrust) face à la concentration des investissements Big Tech dans les mêmes modèles d'IA
Les premières livraisons des puces Nvidia Vera Rubin et leur adoption par OpenAI (second semestre 2026)
Le dossier d'introduction en Bourse et la fourchette de valorisation retenue
Conclusion
Le tour de table de 110 milliards de dollars d'OpenAI marque un tournant dans l'histoire du financement des entreprises technologiques. Il illustre la conviction partagée des plus grands acteurs technologiques mondiaux que l'IA générative représente la prochaine vague structurelle de croissance. La logique de financement croisé entre fournisseurs d'infrastructure et développeurs de modèles crée un écosystème fortement intégré, avec ses opportunités mais aussi ses risques de concentration. Pour les investisseurs, la question n'est plus de savoir si l'IA va transformer l'économie, mais de discerner lesquels parmi les acteurs en course seront effectivement capables de transformer cette domination technologique en rentabilité durable.
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