Le moment de vérité pour le champion de l'IA
Ce mercredi 25 février 2026, après la clôture de Wall Street, Nvidia a publié ses résultats financiers du quatrième trimestre de l'exercice fiscal 2026. L'événement, très attendu par les marchés mondiaux, intervient dans un contexte particulier : si la firme de Jensen Huang a dépassé les attentes des analystes lors de 13 trimestres consécutifs, les marchés se demandent désormais si le supercycle de l'intelligence artificielle peut tenir ses promesses sur la durée.
À titre de contexte, Nvidia avait enregistré au troisième trimestre FY2026 un chiffre d'affaires de 57,0 milliards de dollars, en hausse de 62,5 % sur un an, dont 51,2 milliards provenant du seul segment Data Center, qui représente désormais 89,9 % du total des revenus. La marge brute s'établissait à 73,4 %, en légère baisse par rapport à l'année précédente, en raison des coûts liés à la montée en puissance de l'architecture Blackwell.
Les chiffres clés attendus au Q4 FY2026
Le consensus des analystes tablait sur des revenus de 66,11 milliards de dollars pour ce quatrième trimestre, soit une progression de 68 % sur un an. Le bénéfice par action (BPA) ajusté était attendu à 1,53 dollar, en hausse de 72 % sur la même période. Ces chiffres représentent l'une des trajectoires de croissance les plus soutenues jamais observées pour une entreprise à cette capitalisation boursière.
- Revenus attendus : 66,11 milliards de dollars (+68 % sur un an, contre 39,3 milliards au T4 FY2025)
- BPA ajusté attendu : 1,53 dollar (+72 % sur un an, contre 0,89 dollar au T4 FY2025)
- Segment Data Center : projections à 58,7 milliards de dollars (+66 % sur un an)
- Marge brute : ciblée dans le milieu des 70 %, contre 73,4 % au Q3
- Gaming : stable autour de 4,3 milliards de dollars
- Guidance Q1 FY2027 : consensus à environ 72,4-72,5 milliards de dollars
Sur les neuf premiers mois de l'exercice fiscal 2026, Nvidia avait déjà cumulé 147,8 milliards de dollars de revenus et 77,1 milliards de dollars de résultat net, un chiffre qui surpasse déjà l'intégralité du résultat annuel de l'exercice précédent.
Blackwell, Rubin et le carnet de commandes record
L'architecture Blackwell, lancée en 2025, représente désormais deux tiers des revenus du segment Data Center de Nvidia. Le carnet de commandes combiné Blackwell et Rubin a atteint 500 milliards de dollars depuis le lancement, témoignant d'une demande que Jensen Huang, PDG de Nvidia, a qualifiée de « phénoménale ».
Lors du Consumer Electronics Show (CES) 2026 à Las Vegas, Jensen Huang a annoncé que le GPU Rubin de prochaine génération, fabriqué en technologie 3 nm chez TSMC, était entré en production complète avec plusieurs mois d'avance sur le calendrier initial. Cette puce embarque 288 gigaoctets de mémoire HBM4, offrant 2,75 fois plus de bande passante mémoire que ses prédécesseurs, et cible 5,7 millions d'unités expédiées pour l'exercice fiscal à venir.
Selon l'analyse de Leverage Shares, les expéditions de puces Blackwell au T4 FY2026 se situaient autour de 1,8 million d'unités, en léger recul sequentiel alors que les clients anticipent la transition vers le GPU Rubin. Jensen Huang avait déclaré à ce sujet : « L'architecture Rubin est spécifiquement conçue pour réduire radicalement les besoins en puissance et en coût pour les opérations d'inférence. »
Un marché en attente de preuves de durabilité
Si les résultats trimestriels sont le premier enjeu, les analystes s'accordent à dire que la guidance pour le premier trimestre de l'exercice FY2027 sera l'élément déterminant pour les marchés. Les chiffres prévisionnels attendus autour de 72,4 milliards de dollars de revenus représenteraient une accélération séquentielle supplémentaire, validant la thèse d'un supercycle IA pérenne.
L'analyste Zavier Wing résumait ainsi l'enjeu : « La guidance détermine le mouvement du cours, particulièrement la capacité du management à démontrer que les dépenses d'infrastructure IA sont encore en phase précoce. »
Du côté des investisseurs institutionnels, les positions sont tranchées :
- Goldman Sachs (James Schneider) : objectif de cours à 250 dollars, anticipait un chiffre d'affaires de 67,3 milliards, soit une surprise positive de 2 milliards par rapport au consensus
- UBS : objectif à 245 dollars, signaux positifs dans la chaîne d'approvisionnement, contribution Blackwell estimée à 9 milliards au Q4
- KeyBanc : objectif à 275 dollars, perspectives renforcées sur le marché chinois
- Morgan Stanley (Joseph Moore) : objectif à 250 dollars, recommandait d'être « acheteur sur ce rapport »
- Wedbush (Dan Ives) : soulignait que « le capex des grandes technologiques dépassera 650 milliards de dollars en 2026 »
John Belton de Gabelli Funds notait pour sa part que « les estimations de BPA pour Nvidia explosent littéralement », avec des révisions à la hausse des prévisions à trois reprises au cours des 30 derniers jours.
Les risques que les marchés surveillent
Malgré l'enthousiasme général, plusieurs facteurs de risque méritent l'attention des investisseurs avisés :
Compression des marges de dépassement
La marge de dépassement des estimations de BPA s'est considérablement réduite : elle est passée de 11,93 % au premier trimestre FY2024 à seulement 4,84 % au troisième trimestre FY2026. Les analystes affinent leurs modèles, réduisant l'espace pour les surprises positives traditionnelles de Nvidia.
Concurrence des puces propriétaires
Amazon développe activement ses puces Trainium2, Google ses TPU v6 et Meta ses accélérateurs maison. Amazon a ainsi annoncé un budget d'investissement de 200 milliards de dollars pour 2026, dont une part croissante sera consacrée à des puces développées en interne, potentiellement au détriment des commandes Nvidia.
Hausse des stocks
Les stocks de Nvidia ont augmenté de 15 milliards à 19,8 milliards de dollars d'un trimestre à l'autre, soulevant des questions sur la durabilité de la demande à court terme.
Tensions géopolitiques et restrictions à l'export
Au premier trimestre FY2026, Nvidia avait dû enregistrer une dépréciation de 4,5 milliards de dollars liée aux restrictions d'exportation vers la Chine pour ses puces H20. Cette contrainte réglementaire demeure un facteur d'incertitude sur le marché chinois, qui pourrait représenter 3 à 3,5 milliards de dollars de revenus trimestriels.
Impact sur les marchés européens et français
La publication des résultats Nvidia s'est déroulée dans un contexte favorable pour les marchés européens. Le CAC 40 a clôturé le 25 février 2026 à 8 559,07 points, en hausse de 0,47 %, proche de son record historique, tandis que l'euro s'appréciait légèrement face au dollar à 1,1801 (EUR/USD).
Pour les investisseurs français et européens, les résultats de Nvidia revêtent une importance stratégique à plusieurs niveaux :
- Semi-conducteurs européens : Des sociétés comme ASML, STMicroelectronics et Soitec voient leur valorisation évoluer en fonction de la demande pour les GPU d'IA. Une guidance solide de Nvidia enverrait un signal positif à l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.
- Fonds exposés à la technologie : De nombreux ETF et fonds actifs détenus par des épargnants français incluent Nvidia parmi leurs principales positions. La réaction post-publication aura un impact direct sur ces portefeuilles.
- Validation du thème IA : Les résultats de Nvidia constituent un indicateur avancé pour l'ensemble des investissements liés à l'intelligence artificielle, un thème qui mobilise des milliards d'euros en Europe.
- Cuivre et métaux critiques : La demande en infrastructures IA soutient indirectement la demande de cuivre. Amundi Research souligne que la consommation de cuivre devrait augmenter de 50 % d'ici 2040, portée notamment par les data centers et l'électrification.
L'analyste du marché parisien résumait l'enjeu pour les investisseurs locaux : la réaction post-résultats de Nvidia pourrait déterminer si le rebond du CAC 40 vers ses sommets historiques est soutenu par des fondamentaux solides, ou s'il traduit un excès d'optimisme sur le thème IA.
La question du « pic IA » : mythe ou réalité ?
Au-delà des chiffres trimestriels, la vraie question que posent les résultats de Nvidia est celle de la durabilité du supercycle de l'intelligence artificielle. Les « Big Four » des hyperscalers (Microsoft, Meta, Alphabet et Amazon) ont collectivement annoncé des plans de capex de 650 milliards de dollars pour 2026, mais les marchés scrutent les signes d'un possible ralentissement.
Selon XTB, les investisseurs cherchent à déterminer si « la croissance des revenus GPU est réellement portée par une demande durable, ou simplement par des commandes ponctuelles dans un environnement d'euphorie IA ». La répartition entre les charges d'entraînement (training) et d'inférence sera particulièrement scrutée : si l'inférence prend le dessus, cela validerait la thèse d'une adoption IA au-delà des seuls projets de recherche, augmentant la visibilité à long terme.
Nvidia elle-même occupe une position singulière dans cette équation. Sa capitalisation boursière de 4,62 billions de dollars en fait l'entreprise la plus valorisée au monde. Comme le notait un analyste à Paris : « Nvidia pèse désormais plus en Bourse que l'intégralité du CAC 40. » Cette concentration de valeur rend ses résultats trimestriels systémiquement importants pour les portefeuilles d'investisseurs du monde entier.
Ce qu'il faut retenir pour votre épargne
Pour les épargnants et investisseurs français, les résultats de Nvidia constituent un signal clé sur plusieurs horizons de temps :
- Court terme : Les options sur NVDA pricent un mouvement de ±6 % autour des résultats. Une forte volatilité est attendue dans les heures suivant la publication, affectant les ETF technologiques et les fonds actions globaux.
- Moyen terme : La guidance pour Q1 FY2027 et la visibilité sur le cycle Rubin détermineront si les valorisations actuelles du secteur technologique sont soutenables. Un ralentissement de la croissance pourrait déclencher une rotation sectorielle.
- Long terme : Le supercycle de l'IA reste une réalité structurelle : les besoins en puissance de calcul pour l'IA générative, l'inférence et les agents autonomes ne font qu'augmenter. Nvidia, avec son avance technologique et son écosystème logiciel CUDA inégalé, est bien positionnée pour en bénéficier.
Il convient cependant de ne pas minimiser les risques. La valorisation de Nvidia reste élevée par rapport aux multiples historiques du secteur technologique. Une déception sur la guidance, même marginale, pourrait entraîner une correction significative, compte tenu des attentes très optimistes déjà intégrées dans le cours.
Conclusion
Les résultats trimestriels de Nvidia ce 25 février 2026 vont bien au-delà des seuls chiffres financiers d'une entreprise. Ils constituent un véritable test de robustesse pour le supercycle de l'intelligence artificielle qui structure les marchés financiers mondiaux depuis deux ans. Avec 66 milliards de dollars de revenus attendus, 13 trimestres consécutifs de dépassement des prévisions, et un carnet de commandes de 500 milliards, Nvidia arrive à ce rendez-vous en position de force.
Mais c'est la guidance pour les trimestres suivants, la progression des marges et la capacité à maintenir son leadership face aux puces maison des hyperscalers qui fourniront les véritables réponses. Les investisseurs français, exposés au thème IA via leurs fonds actions mondiales ou leurs ETF, ont tout intérêt à surveiller de près les déclarations de Jensen Huang lors de la conférence téléphonique du soir.
Sources