Un exercice 2025 marqué par la compression des marges
Le groupe SEB, numéro un mondial du petit électroménager avec des marques emblématiques comme Tefal, Moulinex, Krups, Rowenta et WMF, a publié ce 25 février 2026 des résultats annuels 2025 en recul, tout en lançant un vaste plan de transformation baptisé Plan Rebond. Si le chiffre d'affaires se maintient à 8 169 millions d'euros — en légère hausse organique de 0,3 %, mais en recul de 1,2 % en données publiées sous l'effet défavorable des devises —, c'est bien la rentabilité qui a souffert en 2025.
Le résultat opérationnel d'activité (ROPA) s'est établi à 601 millions d'euros, en chute de 25 % par rapport aux 802 millions enregistrés en 2024. La marge opérationnelle recule ainsi de 9,7 % à 7,4 %, son niveau le plus bas depuis plusieurs années. Parmi les principaux facteurs de cette érosion : l'impact des droits de douane américains, estimé à environ 40 millions d'euros, et les effets de change défavorables pour un montant équivalent.
La dette nette atteint quant à elle 2,342 milliards d'euros à fin 2025, en hausse de 416 millions d'euros sur un an, tandis que le free cash flow s'est contracté à 124 millions d'euros, contre 260 millions en 2024. Seule note positive côté bilan : le résultat net progresse légèrement à 245 millions d'euros (contre 232 millions en 2024), une évolution technique liée à l'absence d'une amende antitrust de 190 millions comptabilisée l'exercice précédent.
Malgré ces résultats en demi-teinte, le groupe maintient son dividende à 2,80 euros par action, signal adressé aux actionnaires de la confiance de la direction dans la trajectoire de redressement.
Le Plan Rebond : 200 millions d'euros d'économies en ligne de mire
Concomitamment à la publication de ses résultats, SEB a dévoilé son Plan Rebond, un programme de transformation structurelle destiné à restaurer la rentabilité du groupe. L'objectif central : dégager 200 millions d'euros d'économies récurrentes d'ici fin 2027, grâce à trois leviers principaux — la réduction des achats indirects, la rationalisation industrielle et l'allègement des structures administratives.
Le coût de ce plan est estimé entre 200 et 250 millions d'euros, qui seront comptabilisés principalement en 2026. Ce montant ponctuel pèsera sur les comptes de l'exercice en cours avant de permettre des gains durables à partir de 2027.
Sur le plan de l'emploi, le Plan Rebond prévoit jusqu'à 2 100 suppressions de postes dans le monde, dont 1 400 en Europe. En France, où le groupe emploie plusieurs milliers de collaborateurs, jusqu'à 500 postes seraient concernés, sur la base du volontariat exclusivement. Les fonctions visées sont les postes tertiaires — finance, ressources humaines, logistique, marketing — sans impact sur l'outil industriel.
« Avec la mise en œuvre du Plan Rebond, nous lançons un projet transformant pour le Groupe visant à retrouver notre trajectoire de croissance rentable : accélérer et renforcer l'impact de nos innovations, intensifier nos interactions avec les consommateurs, notamment en tirant parti des nouvelles possibilités de l'IA. Il comprend également un programme d'économies ciblé de 200 M€ pour simplifier nos organisations. » — Stanislas de Gramont, directeur général du Groupe SEB
Le dirigeant a par ailleurs reconnu un « accident opérationnel » en 2025, soulignant l'urgence d'adapter l'organisation à un marché en profonde mutation. Sur la France spécifiquement, il a tenu à rassurer : « Il n'y aura pas de départs contraints », les suppressions devant passer par des ruptures conventionnelles collectives (RCC) et des mesures d'âge.
La menace SharkNinja : quand la disruption remodèle le marché
Pour comprendre les difficultés de SEB, il faut s'arrêter sur l'émergence d'un concurrent qui a bouleversé les équilibres du secteur : SharkNinja. Ce groupe américain, fabricant en Chine, a envahi les marchés européens et américains à une vitesse inédite, capitalisant sur une capacité d'innovation et de mise sur le marché radicalement plus rapide que les acteurs historiques.
Là où SEB nécessite plusieurs années pour développer et lancer un nouveau produit, SharkNinja peut le faire en moins d'un an. Résultat : la marque capte désormais environ 35 % du marché français des friteuses sans huile en quelques mois seulement, un segment phare de l'électroménager. Sa stratégie repose sur des produits simples, bien notés par les consommateurs, à des prix compétitifs, amplifiés par une présence virale sur les réseaux sociaux.
Face à ce défi, le Plan Rebond intègre un volet stratégique ambitieux : réduire de 30 % le temps de mise en marché des innovations, rapprocher les équipes R&D des sites de production, et tripler la présence sur les réseaux sociaux. Le recours à l'intelligence artificielle dans l'optimisation marketing constitue également un pilier de la transformation.
Réaction des marchés : un vote de confiance des investisseurs
La réaction boursière a été sans appel. L'action SEB a bondi de 12,44 % pour atteindre 57,40 euros lors de la séance du 25 février 2026, s'imposant comme la plus forte hausse du SBF 120 de la journée. Ce rallye s'explique d'abord par la surprise positive sur les résultats opérationnels : le ROPA de 601 millions d'euros dépasse nettement le consensus des analystes, fixé à 529 millions d'euros.
Les investisseurs ont également salué la clarté du Plan Rebond et la préservation du dividende. Dans un environnement où les valorisations restent sous pression, un groupe qui annonce un programme d'économies crédible, chiffré et daté rassure les marchés, même si le coût à court terme est substantiel.
Deux lectures possibles pour les investisseurs
Une restructuration nécessaire et bien accueillie
Pour les partisans d'une vision constructive, SEB présente plusieurs atouts structurels. Le groupe dispose d'un portefeuille de 45 marques réparties sur tous les segments de prix, d'une présence commerciale dans plus de 150 pays et d'une expertise industrielle centenaire. Le Plan Rebond, bien que douloureux, s'attaque aux coûts de structure tout en préservant l'outil de production. À moyen terme, le groupe vise une croissance organique de 5 % par an et une marge opérationnelle remontant vers 10 %, puis 11 %.
Des risques qui demeurent significatifs
Pour les investisseurs plus prudents, plusieurs incertitudes subsistent. La dette nette de 2,342 milliards d'euros crée une pression financière dans un contexte de taux d'intérêt encore élevés. La concurrence de SharkNinja n'est pas structurellement résolue par le plan annoncé. Enfin, l'environnement tarifaire américain reste volatil : les droits de douane ont déjà coûté environ 40 millions d'euros en 2025, et leur trajectoire future est incertaine dans le contexte de la politique commerciale américaine.
Ce qu'il faut surveiller
- Résultats du 1er semestre 2026 : premier test de la trajectoire de redressement et indicateur d'avancement du Plan Rebond.
- Évolution des droits de douane américains : l'administration Trump maintient une politique commerciale incertaine qui pourrait peser sur les coûts de SEB.
- Consultation syndicale en France : le processus de dialogue social sur les 500 suppressions de postes s'ouvre et conditionnera le calendrier d'exécution en France.
- Dynamique concurrentielle : capacité de SEB à réduire son time-to-market et à regagner des parts de marché face à SharkNinja.
- Dette nette : avec 200 à 250 millions de charges de restructuration en 2026, la trajectoire de désendettement sera scrutée de près.
Conclusion : SEB à la croisée des chemins
Le Groupe SEB traverse une inflexion stratégique majeure. Après une année 2025 difficile, marquée par la compression des marges, l'effet des droits de douane et une concurrence exacerbée, la direction a choisi la voie de la restructuration offensive plutôt que celle de l'attentisme. Le Plan Rebond, avec ses 200 millions d'euros d'objectifs d'économies et sa vision industrielle claire, a convaincu les marchés ce 25 février.
Pour les épargnants et investisseurs français, SEB reste une valeur industrielle de référence du CAC Mid 60, avec un dividende maintenu et une ambition de retour à la profitabilité historique. La vigilance s'impose néanmoins : la transformation prendra du temps, son coût pèsera sur 2026 et les défis concurrentiels sont réels. Le rebond boursier du jour est un pari sur l'exécution du plan — et sur la capacité d'un groupe centenaire à se réinventer face à la disruption.
Sources