Fusions-acquisitions 2026 : l'IA propulse les méga-deals mais la raréfaction des capitaux impose une sélectivité inédite
Le marché mondial des fusions-acquisitions a franchi 4 900 milliards en 2025. En 2026, l'IA accélère les méga-deals vers de nouveaux records, mais le capital disponible atteint son plus bas niveau en trente ans, imposant une sélectivité inédite.
Un rebond historique porté par l'intelligence artificielle
Le marché mondial des fusions-acquisitions (M&A) a traversé en 2025 l'une de ses années les plus actives de l'histoire. Selon les données de Bain & Company et PitchBook, la valeur totale des transactions a atteint 4 900 milliards de dollars, soit une progression de 40 % sur un an et le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré, dépassant le précédent record de 4 860 milliards établi en 2021. Cette dynamique s'est accélérée au fil de l'année, portée par trois forces convergentes : les baisses de taux directeurs des banques centrales, l'amélioration des valorisations boursières et l'essor de l'intelligence artificielle comme vecteur de transformation stratégique.
En 2026, cette dynamique semble s'inscrire dans la durée. Une enquête de Bain & Company auprès de 300 dirigeants spécialisés dans les M&A révèle que 80 % d'entre eux tablent sur une activité stable ou en hausse cette année. Goldman Sachs, dont les consultations portent sur 600 clients institutionnels, note que 57 % d'entre eux considèrent la croissance d'échelle et la stratégie comme moteurs principaux de leurs décisions d'acquisition en 2026.
Le PDG de Goldman Sachs, David Solomon, qualifie 2026 d'année potentiellement « décile supérieur » pour le M&A, susceptible d'égaler voire de dépasser le pic de 5 000 milliards atteint en 2021. Tom Miles, co-responsable mondial du M&A chez Morgan Stanley, évoque « un rebond pluriannuel de l'activité, soutenu par une plus grande visibilité sur les politiques et réglementations, des taux plus bas et un retour du marché des introductions en Bourse ».
Les méga-deals au cœur de la dynamique
Le trait distinctif du cycle actuel est la polarisation vers les grandes opérations. En 2025, PwC recense 111 méga-deals d'une valeur supérieure à 5 milliards de dollars, soit une hausse de 76 % par rapport aux 63 enregistrés en 2024. Le nombre de transactions dépassant 10 milliards de dollars a atteint 60 opérations, le niveau le plus élevé depuis 2021 selon McKinsey.
L'intelligence artificielle constitue le principal moteur de ces grandes transactions. Selon PwC, un tiers des 100 plus grandes opérations M&A de 2025 citaient l'IA comme justification stratégique. Dans le secteur technologique, la quasi-totalité des méga-deals intégraient une dimension IA. Des acquisitions emblématiques illustrent cette tendance : le rachat de Wiz par Alphabet pour 30 milliards de dollars dans la cybersécurité, la prise de contrôle de Confluent par IBM pour 11 milliards dans les plateformes de données, ou encore le projet de rachat de CyberArk par Palo Alto Networks pour 25 milliards.
Selon Bain & Company, 45 % des dirigeants ont utilisé des outils d'IA dans leurs processus M&A en 2025, soit plus du double par rapport à l'année précédente. Près de 50 % des transactions technologiques comportaient désormais une composante IA, contre 25 % en 2024.
« Les entreprises doivent impérativement se réinventer pour anticiper les grandes forces de disruption technologique, l'économie post-mondialisation et les déplacements des profits. »
Le paradoxe du capital : un étranglement historique
Malgré cet optimisme et ces records de valeur, le marché des fusions-acquisitions fait face à une contradiction structurelle majeure. Selon Bain & Company, la part du capital total allouée aux M&A a atteint son niveau le plus bas en trente ans en 2025. Les entreprises ont massivement réorienté leurs disponibilités vers les dividendes, les rachats d'actions, les dépenses d'investissement et la recherche et développement.
Cette raréfaction s'explique en grande partie par le « supercycle » des dépenses en IA. PwC estime qu'entre 5 000 et 8 000 milliards de dollars seront nécessaires au cours des cinq prochaines années pour financer les infrastructures requises par l'intelligence artificielle : centres de données, puces, réseaux et nouvelles capacités énergétiques. À titre de comparaison, la totalité du marché M&A mondial s'est élevée à environ 3 500 milliards en 2025. Les hyperscalers américains ont ainsi dépensé en moyenne 760 millions de dollars par jour en investissements sur la période allant du premier trimestre 2024 au troisième trimestre 2025, selon Goldman Sachs.
« L'investissement en IA est dirigé vers les centres de données, l'énergie et d'autres infrastructures. À court terme, l'ampleur de cet investissement multimillionnaire pourrait détourner des capitaux et tempérer l'activité M&A. »
Le résultat est un marché fortement sélectif. Seules les transactions apportant des retours clairs et mesurables obtiennent le feu vert des conseils d'administration. L'indice de confiance M&A de Boston Consulting Group illustre cette prudence : bien qu'il ait rebondi à 75 depuis son creux de fin 2022, il demeure largement en dessous de la moyenne long terme de 100.
Le capital privé comble le vide
Face à la contraction du capital traditionnel, le financement privé s'est imposé comme la nouvelle colonne vertébrale du marché M&A. Le private equity représente désormais 40 % de l'activité M&A mondiale selon Goldman Sachs. Les fonds disposent d'une « poudre sèche » — capital levé mais non encore investi — estimée à 4 300 milliards de dollars au niveau mondial selon Morgan Stanley, dont quelque 4,3 trillions prêts à être déployés.
Parallèlement, le crédit privé s'est transformé en acteur incontournable. Évalué à 2 100 milliards de dollars, ce marché devrait plus que doubler d'ici 2030 selon Goldman Sachs. Les fonds de dette privée peuvent désormais engager des tickets de 1 à 5 milliards de dollars sur une seule transaction, une capacité autrefois réservée aux grands syndicats bancaires. Leur avantage décisif : des délais de décision en jours plutôt qu'en semaines.
Autre pression favorable : 13 000 entreprises soutenues par des fonds de capital-investissement restent dans des portefeuilles privés, dont 55 % depuis cinq ans ou plus — au-delà de la durée habituelle des fonds selon Morgan Stanley. Cette pression à la sortie se traduit par une multiplication des cessions, des ventes secondaires et des introductions en Bourse.
Une reprise en K : les grandes entreprises dominent, le segment médian décroche
La reprise M&A présente une géométrie profondément inégale, que les analystes qualifient de « reprise en K ». D'un côté, les grandes entreprises bien capitalisées et les fonds d'envergure accèdent à des transactions de premier ordre avec des conditions de financement favorables. De l'autre, les acteurs du segment médian se heurtent à des écarts de valorisation, des coûts de financement plus élevés et des risques d'exécution accrus.
Cette polarisation se reflète dans les données géographiques : si les États-Unis représentent moins de 25 % des volumes mondiaux de transactions, ils concentrent plus de 50 % de la valeur totale. En Europe (EMEA), les valeurs ont progressé de 19 % en 2025, mais les volumes n'ont augmenté que de 6 % selon PwC. En France, le marché M&A affiche une valeur stable à 60,3 milliards de dollars (+1 % par rapport à 2023), mais le volume des transactions a chuté de 29 %, illustrant cette concentration sur les grandes opérations.
Jake Henry, co-responsable mondial de la pratique M&A chez McKinsey, résume la dynamique psychologique du marché :
« Quand les brusques changements de politique commerciale se sont stabilisés vers une évolution moins menaçante, le soulagement s'est transformé en confiance, puis en crainte de manquer les opportunités. »
Cinq secteurs à surveiller en 2026
Technologies et semi-conducteurs : L'IA continue de tirer les acquisitions dans la cybersécurité, les plateformes de données et les infrastructures cloud. Les dépenses massives des hyperscalers créent un écosystème propice aux consolidations.
Banque et services financiers : Le secteur bancaire mondial a enregistré 212 milliards de dollars de transactions en 2025. La consolidation devrait se poursuivre, portée par la modernisation et des conditions réglementaires plus favorables.
Pétrole et gaz : L'activité de consolidation dans le secteur pétrolier a atteint des records en 2025, les 20 premiers acquéreurs concentrant 53 % de la valeur des transactions sur la dernière décennie.
Santé et biotechnologie : Les grands groupes pharmaceutiques accélèrent leurs acquisitions pour compenser les expirations de brevets, avec une prime sur les actifs IA appliqués à la R&D et à la découverte de médicaments.
Séparations stratégiques : Morgan Stanley anticipe 360 milliards de dollars de cessions stratégiques en 2026, soit 50 % de plus que toute année précédente. Les entreprises simplifient leurs portefeuilles sous pression des actionnaires et des activistes.
Implications pour les investisseurs français
Pour les investisseurs particuliers et les gérants de patrimoine en France, cette dynamique M&A ouvre plusieurs angles d'analyse. Les entreprises du CAC 40 engagées dans des acquisitions stratégiques — notamment dans le secteur de la gestion de l'énergie, des services numériques ou de la santé — peuvent bénéficier de primes de valorisation. À l'inverse, les entreprises qui peinent à accéder aux financements pour réaliser des acquisitions structurantes risquent de décrocher face à des concurrents mieux capitalisés.
Les fonds de capital-investissement accessibles aux investisseurs qualifiés offrent une exposition directe à cette dynamique via le crédit privé et les buyouts, mais avec des contraintes de liquidité importantes. Les ETF sectoriels axés sur les logiciels d'entreprise, les semi-conducteurs et la cybersécurité constituent une alternative liquide pour capter la thématique IA-M&A.
Ce qu'il faut surveiller
Taux d'intérêt : Toute remontée inattendue de l'inflation aux États-Unis ou en zone euro pourrait inverser la tendance favorable au financement des grandes transactions.
Régulation antitrust : Le « pragmatisme réglementaire » américain demeure fragile. Un durcissement sur certains secteurs (technologie, banque) pourrait freiner les méga-deals.
Tensions géopolitiques : Les droits de douane et la fragmentation géopolitique compliquent les transactions transfrontalières, notamment entre les États-Unis, l'Europe et l'Asie.
Marchés des capitaux : Un rebond des introductions en Bourse permettrait aux fonds de private equity de liquider leurs positions, libérant du capital pour de nouvelles acquisitions.
Conclusion
Le marché mondial des fusions-acquisitions en 2026 présente un visage paradoxal : une appétence pour les grandes opérations n'a jamais été aussi forte, alimentée par l'impératif stratégique de l'intelligence artificielle et par des décennies de capital privé accumulé. Mais les capitaux disponibles pour financer ces ambitions n'ont jamais été aussi contraints, au moins depuis trente ans, détournés vers les infrastructures IA et les retours aux actionnaires.
Cette sélectivité structurelle distingue fondamentalement le cycle actuel des précédents booms M&A. Les transactions qui se réalisent sont plus délibérées, plus stratégiques et soumises à des exigences de retour sur investissement plus strictes. Pour les investisseurs, cette dynamique renforce l'importance d'analyser non seulement les valorisations, mais aussi la capacité des entreprises à financer et intégrer avec succès des acquisitions transformatrices dans un environnement de capital rare.
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