Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a fait une annonce majeure lors du Consumer Electronics Show (CES) 2026 à Las Vegas : la demande chinoise pour les puces d'intelligence artificielle H200 est « très élevée », et l'entreprise se prépare à reprendre les livraisons vers la Chine après des années de restrictions.
Un marché de 50 milliards de dollars en jeu
« La demande des clients en Chine est assez élevée. Elle est très élevée », a déclaré Jensen Huang lors d'une conférence de presse au CES. Selon le dirigeant, le marché chinois pourrait représenter jusqu'à 50 milliards de dollars de revenus annuels pour Nvidia, un montant qui n'est actuellement pas inclus dans les prévisions de l'entreprise.
Cette annonce intervient un mois après que le président Donald Trump a autorisé, le 8 décembre 2025, l'exportation des puces H200 vers des « clients approuvés » en Chine, à condition que 25 % des revenus soient reversés au Trésor américain. Xi Jinping aurait « répondu positivement » à cette proposition.
Production relancée, licences en cours
« Nous avons relancé notre chaîne d'approvisionnement et les H200 circulent sur la ligne de production », a confirmé Huang. La directrice financière de Nvidia, Colette Kress, a précisé que le gouvernement américain « travaille fébrilement » sur les demandes de licence, bien qu'aucune date de livraison n'ait encore été confirmée.
Selon Reuters, Nvidia a informé ses clients chinois que les premières livraisons devraient intervenir avant le Nouvel An lunaire de mi-février 2026, avec des volumes initiaux compris entre 40 000 et 80 000 puces H200. Les entreprises technologiques chinoises auraient passé commande pour plus de 2 millions de puces H200 pour l'année 2026, alors que Nvidia ne dispose actuellement que de 700 000 unités en stock.
ByteDance prévoit 12 milliards d'euros d'achats
Parmi les acheteurs potentiels, ByteDance, la maison mère de TikTok et Douyin, prévoit de dépenser environ 100 milliards de yuans (12,19 milliards d'euros) en puces Nvidia en 2026, contre 85 milliards de yuans en 2025. Cette augmentation de près de 2 milliards d'euros témoigne de l'appétit croissant des géants technologiques chinois pour les infrastructures d'IA.
Les puces H200, commercialisées à environ 27 000 dollars l'unité, représentent une génération antérieure aux dernières puces Blackwell de Nvidia. Contrairement aux modèles précédemment autorisés pour la Chine (comme les H20), les H200 n'ont pas été bridées pour se conformer aux restrictions d'exportation.
Une décision controversée à Washington
La décision de l'administration Trump suscite de vives critiques au Congrès. Le représentant Gregory Meeks (Démocrate, New York) et la sénatrice Elizabeth Warren (Démocrate, Massachusetts) ont adressé une lettre exigeant des explications, qualifiant cette autorisation de « schéma profondément préoccupant qui porte atteinte à la sécurité de notre nation ».
« La puce H200 est plus de six fois plus puissante que les alternatives actuellement disponibles en Chine. Trois millions de H200 par an pourraient tripler la puissance de calcul IA que la Chine pourrait ajouter au niveau national. »
Chris McGuire, Senior Fellow au Council on Foreign Relations
Michael C. Horowitz, expert en technologies au Council on Foreign Relations, qualifie cette décision de « changement substantiel dans la politique technologique américaine envers la Chine », avertissant que « la compétition militaire pourrait atteindre son pic plus tôt que prévu ».
La concurrence de Huawei se structure
Face aux restrictions américaines passées, les entreprises chinoises ont accéléré le développement d'alternatives nationales. Huawei prévoit de doubler sa production de puces Ascend 910C en 2026, passant de 300 000 à 600 000 unités. ByteDance aurait également commandé pour 5,7 milliards de dollars de puces Huawei Ascend pour 2026.
Cependant, selon le Council on Foreign Relations, les puces chinoises restent significativement moins performantes, avec des taux de rendement en fabrication estimés entre 5 % et 20 %, contre 60 % à 80 % pour les puces Nvidia. Jensen Huang a néanmoins qualifié Huawei de « concurrent formidable », reconnaissant la « vitalité et les capacités » de l'industrie technologique chinoise.
Impact sur l'action Nvidia
L'action Nvidia (NVDA) s'échangeait mardi entre 187,30 et 192,17 dollars, avec une hausse de 0,49 % après les heures de marché. La capitalisation boursière de l'entreprise atteint environ 4 570 milliards de dollars.
Les analystes restent massivement optimistes : sur 41 recommandations, 39 sont à l'achat, avec un objectif de cours moyen de 252,49 dollars (+34 %). Bank of America vise 275 dollars, tandis que Melius Research anticipe 350 dollars, soit 85 % au-dessus des cours actuels.
Ce qu'il faut surveiller
- Approbation des licences : La date limite pour la réponse de l'administration aux élus du Congrès est fixée au 12 janvier 2026
- Validation chinoise : Pékin n'a pas encore officiellement confirmé l'autorisation d'importer les H200. Selon Huang, cette approbation se manifestera « par les commandes, pas par des communiqués de presse »
- Livraisons effectives : Les premiers envois sont attendus avant la mi-février 2026
- Impact sur Huawei : La disponibilité des H200 pourrait freiner l'adoption des alternatives nationales chinoises
Conclusion
L'ouverture du marché chinois représente une opportunité majeure pour Nvidia, mais soulève des questions géopolitiques fondamentales. Entre revenus commerciaux massifs et préoccupations de sécurité nationale, cette décision illustre les tensions persistantes dans la guerre technologique sino-américaine. Pour les investisseurs, elle renforce les perspectives de croissance de Nvidia tout en introduisant de nouvelles incertitudes réglementaires.