L'argent métal a franchi pour la première fois de son histoire la barre symbolique des 80 dollars l'once début janvier 2026. Le métal précieux a atteint un record absolu de 85,87 dollars le 29 décembre 2025, avant de se stabiliser autour de 80 dollars. Cette performance représente une hausse de plus de 161 % sur l'année 2025, faisant de l'argent l'un des actifs les plus performants de la période.
Une convergence de facteurs haussiers
La flambée de l'argent résulte d'une conjonction rare de facteurs fondamentaux. Du côté de l'offre, les stocks mondiaux s'effondrent. Les réserves de la Bourse de Shanghai ont chuté à 715 tonnes, leur plus bas niveau depuis juillet 2016, soit une baisse de 86 % par rapport au pic de 2020. Les stocks du COMEX ont reculé de 70 % depuis la pandémie, tandis que les coffres londoniens ont perdu environ 40 % de leurs réserves.
L'élément déclencheur majeur reste l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2026, de nouvelles restrictions chinoises sur les exportations d'argent raffiné. Pékin impose désormais un système de licences strictes : seules les entreprises produisant au moins 80 tonnes par an et disposant d'une ligne de crédit de 30 millions de dollars peuvent exporter. Ces mesures bloquent de facto des centaines d'exportateurs de taille moyenne qui approvisionnaient les marchés occidentaux.
La Chine, maître du jeu
La Chine contrôle entre 60 et 70 % de la production mondiale d'argent raffiné. Cette nouvelle politique s'inscrit dans une stratégie plus large de nationalisme des ressources, similaire à celle appliquée aux terres rares. Les conséquences sont immédiates : l'argent physique se négocie déjà à Shanghai avec une prime de plus de 12 % par rapport aux cours de Londres.
La demande industrielle en forte croissance
La demande industrielle d'argent a atteint un niveau record de 680,5 millions d'onces en 2024 et devrait dépasser les 700 millions d'onces en 2025. Le secteur photovoltaïque représente désormais 29 % de la consommation industrielle, contre seulement 11 % en 2014. La consommation pour les panneaux solaires a bondi de 25 % en 2024, atteignant 230 millions d'onces, avec des projections à 300 millions d'onces d'ici 2030.
Les véhicules électriques constituent un autre moteur de croissance. Un véhicule électrique consomme 67 à 79 % d'argent de plus qu'un véhicule thermique traditionnel, soit 25 à 50 grammes par unité. Selon le Silver Institute, les véhicules électriques deviendront la première source de demande automobile d'argent dès 2027, représentant 59 % du marché d'ici 2031.
L'afflux massif vers les ETF
Les investisseurs institutionnels et particuliers se sont rués sur les ETF adossés à l'argent physique. Les flux entrants ont atteint 130 millions d'onces en 2025, portant les encours totaux à environ 844 millions d'onces, soit une hausse de 18 %. La valeur totale des ETF argent a dépassé pour la première fois les 40 milliards de dollars en juin 2025.
L'iShares Silver Trust (SLV), le plus grand ETF du secteur, gère désormais 33,97 milliards de dollars d'actifs et a progressé de 131,4 % sur l'année. Le Sprott Physical Silver Trust affiche une performance comparable de 128,7 %.
Des perspectives contrastées pour 2026
Les analystes restent divisés sur les perspectives à court terme. Michael Widmer, stratégiste chez Bank of America, estime que l'argent pourrait atteindre entre 135 et 309 dollars l'once si le ratio or-argent retrouve ses niveaux historiques. Peter Brandt, trader reconnu, identifie une figure technique de « drapeau à mi-mât » suggérant un objectif de 101 dollars si le niveau des 80 dollars est durablement franchi.
Du côté plus prudent, TD Securities anticipe un repli vers le milieu des 40 dollars au cours de 2026. BMO Capital Markets table sur un prix moyen de 56,30 dollars l'once. Heraeus prévoit une consolidation après une hausse jugée « trop rapide ».
« Ma prédiction est que le prix de l'argent va continuer à augmenter en 2026 », affirme Joshua D. Glawson de Money Metals Exchange. « La demande d'ETF dépasse l'offre de métal physique disponible. »
Le ratio or-argent sous surveillance
Le ratio or-argent, qui mesure combien d'onces d'argent sont nécessaires pour acheter une once d'or, s'est comprimé à environ 55-59 contre une moyenne historique de 50 à 80. Ce resserrement suggère que l'argent a surperformé l'or. Historiquement, ce ratio était fixé à 12 sous l'Empire romain et à 15 par le Coinage Act américain de 1792.
Les risques à surveiller
Plusieurs facteurs pourraient freiner la hausse de l'argent. Une remontée des taux d'intérêt par la Réserve fédérale réduirait l'attrait de l'argent face aux placements rémunérés. Un ralentissement économique mondial pourrait également peser sur la demande industrielle, qui représente désormais plus de 60 % de la consommation totale.
La volatilité reste élevée. L'argent a brièvement corrigé de 85,85 dollars vers les 70 dollars bas fin 2025, illustrant la nervosité du marché.
Ce qu'il faut retenir
Le franchissement des 80 dollars par l'once d'argent marque un tournant historique pour ce métal précieux longtemps considéré comme le « petit frère » de l'or. La combinaison d'un déficit d'offre structurel, des restrictions chinoises et d'une demande industrielle en plein essor crée un contexte favorable à une poursuite de la hausse.
Pour les investisseurs français, l'argent offre une exposition aux métaux précieux avec un potentiel de hausse supérieur à l'or, mais également une volatilité plus importante. Les ETF comme SLV ou PSLV permettent une exposition simple, tandis que l'argent physique reste une option pour ceux qui souhaitent détenir le métal directement. Le marché anticipe un cinquième déficit consécutif d'offre en 2025, estimé à 149 millions d'onces par Metals Focus.