Micron pulvérise les attentes au T2 2026 : le supercycle de la mémoire IA redéfinit l'industrie
Micron Technology a publié des résultats explosifs pour son deuxième trimestre fiscal 2026, avec un chiffre d'affaires de 23,86 milliards de dollars et un bénéfice par action de 12,20 dollars, dépassant largement les prévisions. La guidance du T3 à 33,5 milliards confirme l'ampleur du supercycle.

Micron Technology a dévoilé le 18 mars des résultats trimestriels qui marquent un tournant dans l'industrie des semi conducteurs. Avec un chiffre d'affaires de 23,86 milliards de dollars au deuxième trimestre fiscal 2026, le groupe d'Idaho a quasiment triplé ses revenus par rapport à la même période un an plus tôt, tout en écrasant les estimations du consensus fixées à 20,07 milliards. Le bénéfice par action atteint 12,20 dollars, soit 39 % au dessus des 8,79 dollars anticipés par Wall Street.
Ces chiffres illustrent la puissance du supercycle de la mémoire alimenté par l'intelligence artificielle, un phénomène que Bank of America compare au boom technologique des années 1990.
Des résultats historiques portés par une demande insatiable
Chaque indicateur financier publié par Micron constitue un record pour l'entreprise. La marge brute a atteint 75 %, en progression de 18 points de pourcentage par rapport au trimestre précédent. La marge opérationnelle s'est établie à 69 %, tandis que le flux de trésorerie disponible a bondi à 6,9 milliards de dollars, un sommet historique en hausse de 77 % par rapport au précédent record.
Le segment DRAM, qui représente 79 % du chiffre d'affaires total à 18,8 milliards de dollars, a vu ses revenus progresser de 207 % sur un an. Le NAND, à 5 milliards de dollars, affiche une croissance annuelle de 169 %. Les quatre divisions opérationnelles ont simultanément atteint de nouveaux records : le cloud (7,7 milliards), le centre de données (5,7 milliards), le mobile et PC (7,7 milliards) et l'automobile (2,7 milliards).
La HBM, actif stratégique de l'ère IA
Au cœur de cette performance se trouve la mémoire à haute bande passante (HBM), un composant essentiel pour les processeurs d'intelligence artificielle de Nvidia, AMD et d'autres concepteurs de puces. Micron a commencé les livraisons en volume de sa HBM4 à 36 Go (12 couches), conçue spécifiquement pour la plateforme Vera Rubin de Nvidia, et échantillonne déjà une version 16 couches offrant 48 Go de capacité.
«La mémoire rend l'IA plus intelligente et plus performante, en permettant des fenêtres de contexte plus longues, des chaînes de raisonnement plus profondes et une orchestration multi agents», a déclaré Sanjay Mehrotra, PDG de Micron.
Le dirigeant a également révélé une donnée frappante sur l'état de la demande : Micron ne peut satisfaire que 50 % à 66 % des commandes de certains de ses clients stratégiques à moyen terme. L'intégralité de sa capacité HBM pour l'année civile 2026 est d'ores et déjà vendue dans le cadre de contrats fermes non annulables.
Une guidance qui repousse les limites
C'est toutefois la prévision pour le troisième trimestre fiscal qui a le plus surpris les analystes. Micron anticipe un chiffre d'affaires de 33,5 milliards de dollars (plus ou moins 750 millions), contre un consensus de 24,29 milliards. La marge brute attendue atteint 81 %, un niveau inédit dans l'industrie de la mémoire. Le bénéfice par action est projeté à 19,15 dollars.
Mark Murphy, directeur financier du groupe, a précisé que le flux de trésorerie disponible devrait «pratiquement doubler» séquentiellement au T3. L'entreprise a d'ailleurs renforcé son bilan au cours du trimestre, remboursant 1,6 milliard de dollars de dette et portant sa trésorerie nette à 6,5 milliards, le niveau le plus élevé de son histoire. Micron a obtenu deux relèvements de sa notation de crédit, accédant au statut BBB solide.
25 milliards d'investissements : la face cachée du triomphe
Malgré ces résultats spectaculaires, l'action a reculé d'environ 5 % en séance prolongée mercredi soir. Le marché a été refroidi par la révision à la hausse des dépenses d'investissement : Micron prévoit désormais plus de 25 milliards de dollars de capex pour l'exercice fiscal 2026, soit 5 milliards de plus que prévu initialement. Pour 2027, les dépenses de construction seules augmenteront de plus de 10 milliards par rapport à 2026.
Sumit Sadana, directeur commercial, a expliqué que «l'activité de construction augmente significativement notre capex global». L'entreprise construit simultanément de nouvelles usines dans l'Idaho (mise en production mi 2027), à New York (projet de 100 milliards de dollars) et à Singapour (production NAND en 2028), tout en ayant acquis l'usine taiwanaise de Powerchip pour 1,8 milliard de dollars.
Plusieurs analystes estiment néanmoins que ces investissements sont justifiés. Ben Bajarin, PDG de Creative Strategies, souligne que «la force de la demande et les exigences de capacité ne montrent aucun signe de ralentissement à court terme».
Un oligopole sous tension dans la course à la HBM4
L'industrie de la mémoire reste un oligopole à trois acteurs : SK Hynix (62 % du marché HBM), Micron (21 %) et Samsung (17 %). La transition vers la HBM4 redistribue les cartes. SK Hynix a finalisé le développement de sa HBM4 avec une amélioration de 40 % de l'efficacité énergétique. Samsung, après des difficultés à obtenir la qualification Nvidia en 2025, a lancé la production de masse de sa propre HBM4.
Micron se distingue par sa stratégie de contrats pluriannuels. Le groupe a signé son premier accord d'approvisionnement stratégique (SCA) sur cinq ans avec un client majeur non identifié, un dispositif inédit dans l'industrie qui garantit volumes et prix sur la durée. Plusieurs accords similaires sont en cours de négociation.
Les analystes de UBS prévoient que SK Hynix captera environ 70 % du marché HBM4 pour la plateforme Rubin de Nvidia, tandis que Samsung pourrait atteindre 35 % du marché global d'ici fin 2026 si elle résout ses problèmes de rendement.
Ce que cela signifie pour les investisseurs européens
Le supercycle de la mémoire a des répercussions directes sur l'écosystème technologique européen. ASML, dont 35 % du chiffre d'affaires provient des fabricants de mémoire, bénéficie directement de l'accélération des investissements de Micron, Samsung et SK Hynix dans les technologies EUV. STMicroelectronics, qui a récemment signé un contrat stratégique pluriannuel avec Amazon Web Services, profite également de la vague d'investissements dans les centres de données IA.
Sur le CAC 40, les valeurs semi conducteurs ont progressé de plus de 16 % depuis le début de l'année pour Thales et de 21 % pour STMicroelectronics, portées par la thématique IA. L'annonce de Micron pourrait amplifier cette dynamique.
Wall Street reste très majoritairement haussier sur le titre : 24 analystes recommandent l'achat contre seulement deux avis neutres. L'analyste Mark Li de Bernstein a relevé son objectif de cours de 54 %, de 330 à 510 dollars, estimant que l'industrie entre dans un «cycle de prix record». Wedbush vise 500 dollars tandis que RBC cible 525 dollars. Les projections de bénéfice par action au pic du cycle dépassent 55 dollars.
Les risques à surveiller
Plusieurs facteurs tempèrent l'enthousiasme. La cyclicité historique de l'industrie mémoire reste un risque structurel : les phases d'expansion ont toujours été suivies de corrections brutales. Les prix de la HBM pourraient entrer en phase de correction après 2026 à mesure que Samsung et d'autres augmentent leurs capacités.
Les restrictions commerciales américaines sur les exportations de puces vers la Chine constituent un autre point de vigilance. Micron a récemment obtenu l'approbation de Pékin pour vendre ses puces H200 en Chine, mais l'environnement géopolitique demeure volatile.
L'intensité capitalistique croissante soulève aussi des questions sur la rentabilité future. Si la demande IA venait à ralentir, les marges exceptionnelles actuelles pourraient se contracter rapidement face à des coûts fixes en forte hausse.
Ce qu'il faut retenir
Les résultats de Micron valident la thèse d'un supercycle de la mémoire sans précédent, porté par l'IA générative et l'expansion massive des centres de données. Le groupe passe d'un fournisseur de composants à un acteur stratégique de l'infrastructure IA mondiale. Avec une guidance T3 dépassant 33 milliards de dollars et des marges brutes de 81 %, Micron redéfinit ce que peut accomplir un fabricant de mémoire. La question n'est plus de savoir si le supercycle existe, mais combien de temps il peut durer.