Macy's publie des résultats T4 solides mais affiche des perspectives prudentes face aux tarifs et à la guerre en Iran
Le géant américain des grands magasins Macy's dépasse les attentes au T4 2025 avec un BPA ajusté de 1,67 $ et un chiffre d'affaires de 7,92 milliards $. Ses prévisions 2026 restent toutefois prudentes face aux tarifs douaniers et à la guerre en Iran.

Des résultats trimestriels au dessus des attentes
Macy's a publié ce mercredi 18 mars 2026 des résultats supérieurs aux prévisions de Wall Street pour le quatrième trimestre de l'exercice 2025. Le bénéfice par action ajusté ressort à 1,67 $, dépassant le consensus des analystes fixé à 1,55 $. Le chiffre d'affaires trimestriel atteint 7,92 milliards de dollars, soit une progression de 1,7 % par rapport aux estimations de 7,78 milliards.
Le bénéfice net s'établit à 507 millions de dollars, ou 1,84 $ par action, contre 342 millions (1,21 $ par action) un an plus tôt. La marge opérationnelle progresse de manière significative, passant de 6,2 % à 9,4 % sur un an, tandis que l'EBITDA ajusté atteint 840 millions de dollars, soit une marge de 10,6 %.
L'action a bondi de plus de 7 % en séance matinale à New York, pour s'échanger autour de 18,12 $. Sur l'ensemble de l'année 2025, les ventes comparables progressent de 1,5 %, un retour à la croissance positive pour la première fois en trois ans.
Bloomingdale's, locomotive de la croissance
La performance est portée par Bloomingdale's, l'enseigne de luxe du groupe, qui enregistre une hausse spectaculaire de 9,9 % de ses ventes comparables au quatrième trimestre. La direction qualifie ces résultats de « performance historique record pour les fêtes de fin d'année ». L'enseigne a enrichi son offre avec des marques exclusives telles que Totême, Christian Louboutin, Victoria Beckham Beauty et Skims.
Bluemercury, la chaîne de beauté et spa haut de gamme, poursuit sa trajectoire avec une croissance de 1,3 % des ventes comparables, signant son 18e trimestre consécutif de progression. Les 125 magasins Macy's rénovés dans le cadre du programme « Bold New Chapter » affichent quant à eux une hausse de 0,9 % de leurs ventes comparables.
Le programme Bold New Chapter : un pari sur la transformation
Sous la direction du PDG Tony Spring, arrivé en février 2024, Macy's a engagé une profonde restructuration baptisée « Bold New Chapter ». Le plan prévoit la fermeture de 150 magasins non rentables pour concentrer les investissements sur environ 350 points de vente stratégiques. Le groupe développe parallèlement un réseau de magasins au format réduit (30 000 à 50 000 pieds carrés) dans les centres commerciaux de banlieue.
La monétisation immobilière devrait générer entre 600 et 750 millions de dollars de plus values sur les cessions d'actifs d'ici fin 2026. Le portefeuille de marques propres représente désormais 4 milliards de dollars de revenus, avec la gamme « On 34th » qui affiche des marges supérieures aux marques tierces. Spring apporte une vision « luxe d'abord », fondée sur le merchandising piloté par la donnée et la rentabilité à long terme.
Des perspectives 2026 volontairement prudentes
Malgré la solidité des résultats, les prévisions pour 2026 témoignent d'une prudence marquée. Le groupe anticipe un chiffre d'affaires annuel compris entre 21,4 et 21,65 milliards de dollars et un BPA ajusté de 1,90 à 2,10 $, en deçà du consensus des analystes à 2,20 $. Les ventes comparables sont attendues dans une fourchette de recul de 0,5 % à une progression de 0,5 %.
« Assis ici aujourd'hui, il y a plus d'inconnu que de connu », a déclaré Tony Spring lors de la conférence avec les analystes. Le PDG a souligné la « tension » entre la bonne santé opérationnelle du groupe et la volatilité de l'environnement extérieur.
Tarifs douaniers : un impact concentré sur le premier semestre
Les tarifs douaniers imposés par l'administration Trump constituent la première source d'incertitude. Bien que la Cour suprême ait invalidé les tarifs les plus élevés adoptés en vertu de la loi IEEPA, l'administration lance désormais des enquêtes au titre de la Section 301 visant 16 pays et l'Union européenne. Les distributeurs américains ignorent si les remboursements des tarifs invalidés interviendront et à quel moment.
Macy's prévoit un impact tarifaire plus marqué au premier semestre qu'au second, le premier trimestre subissant l'effet le plus significatif. Le groupe anticipe un allégement progressif à mesure qu'il comparera ses résultats à une base déjà affectée par les tarifs l'an dernier.
Guerre en Iran : le spectre de la stagflation plane sur le commerce de détail
Le conflit armé en Iran, déclenché fin février 2026 par une coalition américano israélienne contre les installations militaires iraniennes, a provoqué la fermeture du détroit d'Ormuz. Ce passage stratégique concentre 20 % du transit mondial de pétrole et de gaz. Les prix du Brent ont bondi au dessus de 103 $ le baril, alimentant une hausse des coûts du diesel et du carburant qui se répercute sur toute la chaîne logistique.
« Je ne sais pas combien de temps cette guerre va durer. Je ne sais pas combien de temps le détroit d'Ormuz sera perturbé », a reconnu Tony Spring. Le groupe n'a pas encore constaté de hausse de ses coûts d'expédition, mais avertit que la situation pourrait évoluer rapidement. À terme, une partie de ces surcoûts devra être « répercutée sur les consommateurs », a prévenu le dirigeant.
L'économie « en K » fragilise le commerce de détail
Au delà de Macy's, les résultats illustrent la fracture croissante de l'économie américaine. Les ménages aisés continuent de dépenser librement, comme en témoignent les records de Bloomingdale's. Les ménages à revenus modestes, eux, réduisent leurs achats discrétionnaires sous l'effet de l'inflation énergétique et des incertitudes géopolitiques.
Des économistes parlent désormais d'une économie « en E », avec trois niveaux de comportement de consommation. Les classes moyennes adoptent un « mode de dépense nerveux », avec 59 % des foyers gagnant entre 25 000 et 49 999 $ par an déclarant avoir reporté un solde de carte de crédit au moins une fois au cours de l'année écoulée. Les distributeurs positionnés entre le luxe et le discount se retrouvent dans un « no man's land », incapables de rivaliser avec Walmart sur les prix ou avec LVMH sur le prestige.
Résonances pour les investisseurs européens
Pour les épargnants et investisseurs français, les résultats de Macy's offrent plusieurs enseignements. La résilience du consommateur aisé américain conforte la thèse des valeurs du luxe européen : LVMH, Hermès et Kering bénéficient d'une clientèle dont le pouvoir d'achat résiste aux chocs macroéconomiques.
La prudence affichée par Macy's sur les tarifs douaniers rappelle cependant que l'administration Trump intensifie ses enquêtes commerciales, y compris contre l'Union européenne. L'accord de Turnberry, approuvé par le Parlement européen, prévoit jusqu'à 93 milliards d'euros de rétorsions en cas d'escalade tarifaire. Les distributeurs européens exposés aux importations chinoises (textile, électronique) devront surveiller l'évolution de la politique commerciale américaine, qui pourrait créer des effets de second tour sur la chaîne d'approvisionnement mondiale.
Le choc pétrolier lié à la crise iranienne affecte également l'Europe. Les économistes de Morningstar estiment que l'inflation en zone euro pourrait atteindre 3 à 4 % dans les six à neuf prochains mois si la situation perdure, soit 0,5 à 0,6 point de pourcentage de plus que les prévisions initiales. Cette perspective complique la trajectoire d'assouplissement monétaire de la BCE et pèse sur les perspectives du commerce de détail en Europe.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Plusieurs échéances détermineront la trajectoire du secteur du commerce de détail mondial. La décision de la Réserve fédérale attendue ce soir, avec la publication du nouveau « dot plot », donnera le ton sur les perspectives de taux d'intérêt. Les résultats de Micron Technology, publiés après la clôture, fourniront un indicateur supplémentaire sur la santé du secteur technologique et la demande des consommateurs pour l'électronique.
Les négociations commerciales sino américaines prévues à Paris la semaine prochaine, en amont du sommet Trump Xi à Pékin, pourraient modifier l'équilibre tarifaire mondial. L'évolution du conflit iranien et ses répercussions sur les prix de l'énergie resteront le facteur déterminant pour le pouvoir d'achat des consommateurs des deux côtés de l'Atlantique.