Contexte et enjeux
Les marchés financiers américains ont entamé la semaine du 24 novembre 2025 sur une note positive, les contrats à terme sur indices affichant des gains modérés en ce début de semaine de Thanksgiving. Cette reprise fait suite à une semaine précédente particulièrement volatile, marquée par des préoccupations croissantes concernant les valorisations des actions technologiques liées à l'intelligence artificielle.
Le catalyseur principal de ce rebond réside dans les déclarations de John Williams, président de la Réserve fédérale de New York, qui a ouvert la porte à une potentielle baisse des taux d'intérêt lors de la prochaine réunion du Comité fédéral de l'open market (FOMC) prévue les 9 et 10 décembre 2025. Ses propos ont immédiatement modifié les attentes des investisseurs, la probabilité d'une réduction de 25 points de base passant de 35-39 % à 71 % selon l'outil CME FedWatch.
Pour les investisseurs français et européens, cette évolution de la politique monétaire américaine revêt une importance capitale. Elle pourrait non seulement influencer les flux de capitaux internationaux, mais également exercer une pression sur la Banque centrale européenne (BCE), qui maintient actuellement son taux de dépôt à 2,0 % malgré un ralentissement économique en zone euro.
Les faits clés
- Contrats à terme américains: Le S&P 500 futures a progressé de 0,5-0,7 %, le Nasdaq 100 futures de 0,99 % et le Dow futures de 0,36 % le 24 novembre 2025
- Probabilité de baisse des taux: Le CME FedWatch Tool indique désormais 71 % de probabilité d'une réduction de 25 points de base en décembre, contre 35-39 % avant l'intervention de Williams
- Performance hebdomadaire précédente: Le S&P 500 a chuté de 2 %, le Nasdaq de 2,7 % et le Dow Jones de 1,9 % la semaine précédente
- Correction de novembre: Depuis le début du mois, le S&P 500 a reculé de 3,5 %, le Nasdaq de 6,1 % et le Dow de 2,8 %
- Sentiment des consommateurs: L'indice de l'Université du Michigan est tombé à 51 en novembre, contre 53,6 en octobre, reflétant les préoccupations persistantes concernant l'inflation
Analyse approfondie
L'intervention décisive de John Williams
Lors d'un discours prononcé le 21 novembre 2025 à Santiago (Chili), John Williams, président de la Fed de New York et membre permanent avec droit de vote au FOMC, a déclaré: « Je vois encore de la marge pour un ajustement supplémentaire à court terme de la fourchette cible du taux des fonds fédéraux pour rapprocher l'orientation de la politique de la fourchette neutre. »
Cette déclaration marque un tournant dans la communication de la Fed. Williams a notamment souligné que « les risques à la baisse pour l'emploi ont augmenté tandis que les risques à la hausse pour l'inflation se sont atténués », signalant un rééquilibrage des priorités de la banque centrale vers la préservation de l'emploi.
L'impact a été immédiat sur les marchés financiers. Les obligations du Trésor américain à 10 ans ont vu leurs rendements baisser de 1,9 point de base à 4,044 %, tandis que les contrats à terme sur les taux d'intérêt ont rapidement intégré une probabilité nettement accrue d'assouplissement monétaire.
La correction des valeurs technologiques liées à l'IA
La volatilité de novembre 2025 trouve son origine dans un mouvement de correction brutal du secteur technologique, particulièrement des actions liées à l'intelligence artificielle. À la mi-novembre, ces titres ont collectivement perdu environ 800 milliards de dollars de capitalisation boursière, en raison de prises de bénéfices massives et d'une lassitude des investisseurs face à des valorisations jugées excessives.
Nvidia, fleuron du secteur, illustre parfaitement ce phénomène. Malgré des résultats trimestriels largement supérieurs aux attentes de Wall Street publiés autour du 19 novembre, le titre a connu une journée de négociation tumultueuse le 21 novembre, clôturant en baisse de 3,15 % à 180,64 dollars. L'entreprise avait brièvement atteint une capitalisation de 5 000 milliards de dollars début novembre avant de subir un plongeon de 10 % en une semaine.
Selon une enquête de Bank of America, 45 % des gestionnaires de fonds mondiaux considèrent une bulle de l'IA comme le plus grand « risque extrême », la majorité estimant que les actions liées à l'IA sont déjà surévaluées. Les ratios cours/ventes de Nvidia atteignent 28 fois, avec un ratio cours/bénéfices de 53,32 et un ratio cours/valeur comptable de 45,54.
Réaction des marchés internationaux
L'optimisme suscité par les commentaires de Williams a rapidement traversé les frontières. Les marchés asiatiques ont particulièrement bénéficié de ce regain de confiance. L'indice Hang Seng de Hong Kong a bondi de 2 % pour atteindre 25 716,50 points, tandis que l'indice Hang Seng Tech a progressé de 2,8 %, porté par des gains significatifs d'Alibaba, Tencent, Baidu et NetEase.
Alibaba Group Holding a enregistré une hausse spectaculaire de 4,7 à 5 % après avoir annoncé que son application d'intelligence artificielle Qwen avait franchi la barre des 10 millions de téléchargements lors de sa première semaine de lancement. Cette performance témoigne de la résilience du secteur technologique asiatique malgré les turbulences américaines.
En Europe, le CAC 40 a progressé modestement de 0,3 % pour se maintenir autour des 8 000 points. Capgemini (+3,1 %) et Stellantis (+2,6 %) ont tiré l'indice vers le haut, tandis que les valeurs de défense comme Thales (-1,8 %) et Safran (-1,4 %) ont reculé dans un contexte de négociations de paix concernant l'Ukraine. L'indice parisien affiche désormais un gain de 9,5 % depuis le début de l'année, en retrait par rapport aux 14 % enregistrés il y a seulement dix jours.
Perspectives d'experts
Vision optimiste: l'assouplissement monétaire en ligne de mire
Les stratèges de Citigroup ont exprimé un optimisme prudent, déclarant qu'« une baisse des taux de la Fed en décembre renforcerait notre positionnement sur la croissance et les actions cycliques, ouvrant la voie à une fin d'année potentiellement favorable. » Cette perspective s'appuie sur plusieurs facteurs convergents.
Premièrement, la baisse des attentes d'inflation à long terme constitue un signal positif. Selon l'Université du Michigan, ces attentes sont passées de 3,9 % en octobre à 3,4 % en novembre, se rapprochant ainsi du niveau de 3,2 % observé en janvier 2025. Les attentes d'inflation à un an ont également légèrement diminué, passant de 4,6 % à 4,5 %.
Deuxièmement, l'affaiblissement des données d'emploi offre à la Fed davantage de marge de manœuvre pour assouplir sa politique sans risquer de raviver l'inflation. Ruslan Lienkha, responsable des marchés chez YouHodler, note que « à court terme, l'évolution du prix du Bitcoin reste fortement influencée par les conditions macroéconomiques plus larges, en particulier la performance du marché actions américain », soulignant l'interconnexion croissante des classes d'actifs face aux décisions de la Fed.
Arguments clés:
- Les attentes d'inflation à long terme baissent régulièrement depuis trois mois consécutifs
- Le marché du travail montre des signes d'affaiblissement, réduisant les pressions inflationnistes
- Une baisse des taux soutiendrait les valorisations boursières et relancerait les flux vers les actifs risqués
Vision prudente: les risques persistent
Malgré l'enthousiasme suscité par les propos de Williams, plusieurs analystes maintiennent une position prudente. Preston Caldwell de Morningstar observe qu'« étant donné que les chiffres d'aujourd'hui n'étaient pas aussi mauvais que craint, en conjonction avec les déclarations restrictives récentes de la Fed, il semble que la Fed sautera une baisse en décembre. »
Ellen Zentner de Morgan Stanley souligne l'incertitude entourant les données d'emploi d'octobre, dont la publication a été retardée en raison de la fermeture gouvernementale: « Les données d'octobre sont les plus importantes pour la décision de décembre, mais ces données ne seront publiées qu'après la réunion du FOMC, créant davantage de points d'interrogation pour la trajectoire de baisse des taux. »
Les analystes de 10x Research mettent en garde contre le fait que « les conditions de marché restent fragiles », notant que les indicateurs de volatilité, de financement et de positionnement émettent des signaux typiquement observés près de points d'inflexion majeurs.
Risques identifiés:
- La probabilité de 71 % pourrait être surévaluée si les données économiques à venir se révèlent plus robustes qu'anticipé
- Les valorisations des actions technologiques restent élevées malgré la correction récente
- L'inflation, bien qu'en baisse, demeure au-dessus de l'objectif de 2 % de la Fed (3 % en septembre)
- Les inquiétudes persistantes concernant une « bulle IA » pourraient déclencher de nouvelles ventes massives
Consensus du marché
Selon une enquête de FactSet, seuls 22 % des économistes anticipent une baisse des taux en décembre, un chiffre en forte baisse par rapport aux 97 % enregistrés à la mi-octobre. Cette divergence entre les attentes du marché (71 % selon le CME FedWatch) et les prévisions des économistes (22 % selon FactSet) souligne l'incertitude actuelle.
La Fed a déjà procédé à deux baisses de taux de 0,25 point de pourcentage chacune lors de ses réunions de septembre et octobre 2025, ramenant le taux des fonds fédéraux dans une fourchette de 3,75 % à 4,00 %. Une troisième baisse consécutive en décembre constituerait un assouplissement significatif en l'espace de seulement quatre mois.
Implications pratiques
Pour les investisseurs particuliers
Les investisseurs individuels devraient adopter une approche prudente dans ce contexte d'incertitude. À court terme, la volatilité devrait persister jusqu'à la réunion de la Fed des 9-10 décembre. Les données économiques publiées cette semaine — notamment les ventes au détail, les prix à la production, le PIB révisé et l'indice PCE — fourniront des indications cruciales sur la trajectoire probable de la politique monétaire.
Pour ceux qui envisagent de renforcer leurs positions en actions, une diversification sectorielle s'impose. Si les valeurs technologiques pourraient bénéficier d'une baisse des taux, leur forte volatilité récente suggère de privilégier également des secteurs plus défensifs ou cycliques susceptibles de profiter d'une croissance économique soutenue.
Sur le plan obligataire, une baisse des taux rendrait les obligations à long terme plus attrayantes, bien que le timing reste incertain. Les investisseurs pourraient envisager de constituer progressivement des positions sur des échéances moyennes à longues (7-10 ans) pour capter une éventuelle baisse des rendements.
Pour les épargnants
Les épargnants français doivent rester attentifs aux implications d'une divergence potentielle entre la politique monétaire de la Fed et celle de la BCE. Alors que la Fed envisage de nouvelles baisses, la BCE maintient ses taux stables depuis sa dernière décision du 30 octobre 2025, conservant son taux de dépôt à 2,0 %.
Cette divergence pourrait renforcer l'euro face au dollar (EUR/USD s'échangeait autour de 1,1550 le 24 novembre), ce qui affecterait le pouvoir d'achat international des épargnants européens et la compétitivité des entreprises exportatrices françaises. Les produits d'épargne libellés en euros pourraient offrir une meilleure protection contre cette dynamique de change.
Les livrets réglementés français (Livret A, LDDS) ne sont pas directement impactés par les décisions de la Fed, leurs taux étant déterminés par une formule basée sur l'inflation et les taux courts de la zone euro. Toutefois, les fonds euros des contrats d'assurance-vie pourraient voir leurs rendements influencés par l'évolution des taux obligataires européens, qui restent corrélés aux mouvements américains.
Pour la gestion de patrimoine
Du point de vue de l'allocation d'actifs, le contexte actuel suggère plusieurs ajustements stratégiques. Les gérants de patrimoine devraient considérer:
Actions: Maintenir une exposition aux marchés actions avec une préférence pour les valeurs de qualité disposant de bilans solides, capables de résister à une période de volatilité accrue. Les actions européennes, relativement décotées par rapport à leurs homologues américaines, pourraient offrir un meilleur rapport risque/rendement à moyen terme.
Obligations: Allonger progressivement la duration des portefeuilles obligataires en anticipation d'une baisse des taux, tout en maintenant une diversification entre obligations d'État et obligations d'entreprises de qualité investment grade.
Diversification géographique: Les marchés asiatiques, notamment les valeurs technologiques chinoises qui ont démontré une certaine résilience (Alibaba +5 %, Hang Seng Tech +2,8 %), méritent une attention particulière dans le cadre d'une stratégie de diversification internationale.
Actifs alternatifs: L'or, qui a atteint 4 083 dollars l'once (+0,4 %), continue de jouer son rôle de valeur refuge. Une allocation modérée (5-10 % du portefeuille) peut offrir une couverture contre l'inflation persistante et l'incertitude géopolitique.
Pour les marchés financiers
Les réactions observées sur différentes classes d'actifs le 24 novembre illustrent l'interconnexion des marchés mondiaux. Les contrats à terme sur indices américains ont progressé de manière synchronisée: S&P 500 +0,5-0,7 %, Nasdaq 100 +0,99 %, Dow +0,36 %. Cette uniformité suggère que les investisseurs institutionnels repositionnent leurs portefeuilles en anticipation d'un environnement de taux plus favorable.
Les marchés obligataires ont également réagi, avec une baisse des rendements du Trésor américain à 10 ans de 1,9 point de base à 4,044 %, signalant des anticipations de baisse des taux directeurs. Les obligations françaises OAT à 10 ans s'établissaient à 3,44 %, tandis que le Bund allemand affichait 2,68 %, maintenant un écart (spread) reflétant les perceptions différenciées du risque souverain en zone euro.
Sur le marché des cryptomonnaies, le Bitcoin évoluait dans une fourchette de 85 912 à 87 515 dollars, en recul de 1,0 % après avoir brièvement dépassé les 87 000 dollars suite aux commentaires de Williams. Cette volatilité illustre la sensibilité croissante des actifs numériques aux signaux de politique monétaire des banques centrales.
Ce qu'il faut surveiller
À court terme (prochains jours):
- Ventes au détail américaines de novembre (publication prévue courant semaine) — indicateur clé de la consommation pendant la période de Thanksgiving/Black Friday
- Indice des prix à la production (PPI) américain — signaux précoces sur l'évolution de l'inflation
- Révisions du PIB américain du troisième trimestre — le tracker GDPNow de la Fed d'Atlanta indiquait une croissance de 4 %
- Indice PCE (Personal Consumption Expenditures) — mesure d'inflation privilégiée par la Fed, publication attendue le 26 novembre
À moyen terme (prochaines semaines/mois):
- Réunion du FOMC les 9-10 décembre 2025 — décision de politique monétaire et nouvelles projections économiques
- Publication des données d'emploi d'octobre (retardées par la fermeture gouvernementale) — déterminantes pour la trajectoire des taux
- Résultats trimestriels des entreprises technologiques restantes — évaluation de la pérennité des valorisations de l'IA
- Déclarations des autres membres du FOMC — notamment Jerome Powell (président de la Fed) et Philip Jefferson (vice-président)
- Évolution des tensions commerciales et géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient) — facteurs susceptibles d'influencer la croissance mondiale et les décisions de politique monétaire
- Prochaine réunion de la BCE en 2026 — potentiel alignement ou divergence avec la politique de la Fed
Conclusion
Les marchés financiers américains ont entamé la semaine du 24 novembre 2025 sur une note d'optimisme prudent, portés par les commentaires accommodants de John Williams de la Fed de New York. La probabilité d'une baisse des taux en décembre, désormais estimée à 71 % par le marché, reflète un espoir de soutien monétaire renouvelé dans un contexte de ralentissement des attentes d'inflation et de préoccupations croissantes concernant l'emploi.
Toutefois, plusieurs zones d'incertitude persistent. La divergence entre les attentes du marché (71 %) et les prévisions des économistes (22 %) souligne un désaccord fondamental sur la trajectoire probable de la politique monétaire. Les inquiétudes concernant les valorisations des actions liées à l'intelligence artificielle, qui ont perdu 800 milliards de dollars mi-novembre, continuent de peser sur le sentiment des investisseurs, 45 % des gestionnaires de fonds identifiant une bulle IA comme risque principal.
Pour les investisseurs et épargnants français, cette évolution présente à la fois des opportunités et des risques. Une baisse des taux de la Fed pourrait soutenir les marchés actions mondiaux et favoriser une appréciation de l'euro, tandis qu'une divergence prolongée avec la politique de la BCE (taux maintenus à 2,0 %) créerait des dynamiques de change et de flux de capitaux à surveiller attentivement. Les semaines à venir, jalonnées de publications économiques cruciales et culminant avec la réunion du FOMC des 9-10 décembre, détermineront si l'optimisme actuel est justifié ou prématuré.
Le message clé pour les investisseurs: maintenir une approche diversifiée, rester attentif aux données économiques à venir, et se préparer à une volatilité persistante alors que les marchés naviguent entre les espoirs d'assouplissement monétaire et les craintes d'une correction plus profonde des valorisations technologiques.
Sources
- Bloomberg - Stocks Extend Rebound on Fed Rate-Cut Optimism
- CNBC - Stock market today: Live updates
- Yahoo Finance - Fed's Williams Says He Sees Room for Rate Cut in 'Near Term'
- CBS News - Federal Reserve December 2025 rate cut probability
- MarketScreener - CAC 40 Edges Up Amid Hopes for Peace and Economic Uncertainty
- Euronews - ECB keeps interest rate at 2% as growth holds up
- Advisor Perspectives - Consumer Sentiment Lifts Slightly After Shutdown Ends
- Benzinga - Alibaba's New Qwen App Smashes 10 Million Downloads
- Yahoo Finance - Nvidia stock down amid AI valuation concerns
- CoinPedia - Crypto Eyes Relief Rally as December Fed Rate Cut Odds Surge to 71%
- InvestingLive - European markets wrap: Risk bounce holds
- FinancialContent - Tech Sector Rattled: AI Bubble Fears Trigger November Selloff
Article rédigé le 24 novembre 2025. Les informations financières et les conditions de marché peuvent évoluer rapidement. Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.