Goldman Sachs relève à 25 % la probabilité de récession aux États-Unis : Wall Street face au spectre de la stagflation
Goldman Sachs porte à 25 % le risque de récession américaine sur 12 mois, après la destruction de 92 000 emplois en février et la flambée du pétrole liée au conflit iranien. JPMorgan va plus loin avec 35 %. La Fed, prise en étau entre inflation et ralentissement, repousse ses baisses de taux.

Le verdict de Wall Street : trois grandes banques, trois niveaux d'alerte
Le 12 mars 2026, Goldman Sachs a officiellement relevé sa probabilité de récession américaine à 12 mois de 20 % à 25 %, soit une hausse de cinq points de pourcentage. L'économiste en chef Jan Hatzius et son collègue David Mericle pointent la conjonction de trois facteurs : un marché du travail en érosion rapide, une flambée pétrolière liée au conflit au Moyen-Orient et des droits de douane de 15 % imposés par l'administration Trump qui pèsent sur l'activité.
Goldman Sachs n'est pas seul à tirer la sonnette d'alarme. JPMorgan place désormais la probabilité de récession à 35 %, le niveau le plus élevé parmi les grandes banques d'investissement. Morgan Stanley adopte une posture plus mesurée avec 15 % de probabilité assignée à un scénario de récession modérée au premier semestre 2026. Sur les marchés de prédiction, Polymarket affiche 29 %, en recul par rapport au pic de 37 % atteint le 8 mars lorsque le Brent dépassait les 100 dollars le baril.
Un marché du travail en perte de vitesse
Le rapport sur l'emploi de février a constitué le catalyseur principal de la révision de Goldman Sachs. Les États-Unis ont détruit 92 000 emplois en un seul mois, un chiffre bien pire que les anticipations du marché. Le taux de chômage a progressé à 4,4 %, et Goldman anticipe une poursuite de la dégradation vers 4,6 % d'ici le troisième trimestre.
David Mericle qualifie la situation de « rappel que la création d'emplois reste trop faible ». Le rythme de création sous-jacent est tombé à environ 11 000 postes par mois, très loin du seuil de 70 000 nécessaire pour maintenir un taux de chômage stable. Le taux de participation à la force de travail a reculé de 0,4 point de pourcentage, traduisant un découragement croissant des actifs.
Le gouverneur de la Réserve fédérale Christopher Waller a lui-même reconnu lors d'un discours le 23 février qu'il « ne serait pas surpris par un chiffre de création d'emplois négatif », ajoutant que lors de ses rencontres avec des chefs d'entreprise, plusieurs ont évoqué des projets de licenciements pour 2026.
Le choc pétrolier iranien : un parallèle avec les années 1970 ?
Le conflit militaire lancé le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran a profondément perturbé les marchés de l'énergie. Le Brent a brièvement touché 120 dollars le baril la première semaine de mars, avant de se stabiliser autour de 98,71 dollars au 13 mars. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % des flux pétroliers mondiaux, est quasi paralysé depuis le début des hostilités.
Le stratège Ed Yardeni a porté ses probabilités de stagflation à la manière des années 1970 à 35 %. Le parallèle historique frappe les esprits : en octobre 1973, l'embargo arabe avait quadruplé les prix du brut en quelques mois, et le S&P 500 avait chuté de plus de 40 %.
Toutefois, plusieurs différences structurelles limitent la comparaison. Les États-Unis sont devenus exportateurs nets de pétrole en 2018 grâce à la révolution du schiste. L'inflation, bien qu'au-dessus de l'objectif de 2 % de la Fed, reste très inférieure aux niveaux des années 1970. Paul Krugman, dans sa dernière analyse publiée sur Substack, souligne que « l'effet de ce nouveau conflit sur l'inflation sera probablement transitoire ».
L'Europe en première ligne
L'Europe est la région la plus exposée selon le cadre d'analyse du CEOWORLD magazine. Le continent subit une « impulsion stagflationnaire modérée » du fait de sa dépendance au GNL et de niveaux de stockage de gaz inférieurs à ceux des deux années précédentes. Le prix du gaz européen pourrait atteindre 60 à 70 dollars par mégawattheure dans un scénario prolongé, contre 40 à 50 dollars dans le cas de base.
La Fed prise au piège : inflation contre emploi
Goldman Sachs a repoussé ses deux baisses de taux anticipées pour 2026 de juin à septembre et décembre. La probabilité d'une baisse en juin sur le marché des contrats à terme a chuté de 56 % à 23 % en une semaine. La prévision d'inflation PCE de Goldman a bondi de 0,8 point de pourcentage à 2,9 % pour décembre 2026, tandis que les droits de douane de Trump ajoutent environ 70 points de base à l'inflation sous-jacente.
La réunion du FOMC des 17 et 18 mars sera déterminante. Selon le CME FedWatch, 92 % des opérateurs anticipent un maintien des taux à 3,50 % et 3,75 %. Mais l'enjeu principal réside dans les nouvelles projections économiques et le dot plot, la cartographie des anticipations individuelles des membres du comité. Pour la première fois, les gouverneurs devront intégrer l'impact du conflit iranien, de la flambée pétrolière et des tarifs douaniers dans leurs prévisions.
« D'ici septembre, nous anticipons à la fois un nouveau fléchissement du marché du travail et des progrès sur l'inflation sous-jacente, qui contribueront à justifier une baisse de taux. »
Goldman Sachs, note de recherche du 12 mars 2026
Christopher Waller a adopté une position dissidente au sein de la Fed, déclarant à Bloomberg que les responsables monétaires « ne devraient pas surréagir à la hausse des prix de l'essence à court terme » et que l'impact inflationniste du conflit sera vraisemblablement temporaire.
Les marchés sous pression : trois semaines de baisse consécutives
Le S&P 500 a clôturé à 6 632 points le vendredi 13 mars, en recul de 0,61 % sur la séance et de 1,6 % sur la semaine, enchaînant trois semaines de baisse consécutives, une première depuis un an. L'indice se situe désormais à 4,96 % de son record historique du 27 janvier. Le Nasdaq Composite a cédé 0,93 % à 22 105 points, tandis que le Dow Jones a reculé de 119 points à 46 558.
Le VIX, l'indice de volatilité, reste ancré au-dessus de 27, signalant un environnement de stress persistant. En Europe, le CAC 40 a perdu 0,91 % à 7 911 points, avec les valeurs bancaires en forte chute : Crédit Agricole a cédé 11 % sur cinq séances, Société Générale 9 % et BNP Paribas 8 %.
L'indice de confiance des consommateurs au plus bas de 2026
L'indice de confiance de l'Université du Michigan est tombé à 55,5 en mars, son plus bas niveau de l'année, contre 56,6 en février. Ce niveau se situe dans le 2e percentile de l'historique de la série, un territoire rarement atteint en dehors des récessions.
Les anticipations d'inflation à un an se sont stabilisées à 3,4 %, mettant fin à six mois de baisse, tandis que les anticipations à long terme ont légèrement reculé à 3,2 %. La directrice de l'enquête, Joanne Hsu, note que la confiance s'est détériorée après le début du conflit avec l'Iran le 28 février, la hausse des prix de l'essence ayant l'impact le plus immédiat sur les ménages.
Le « Grand Recul » du consommateur américain se confirme dans les données de dépenses. Les secteurs discrétionnaires (habillement, électronique, ameublement) ont vu leurs indices chuter de 2,5 %, tandis que le commerce en ligne a reculé de 0,7 %. La hausse de 25 centimes du prix de l'essence en début mars agit comme une taxe immédiate sur le revenu disponible.
Que surveiller dans les prochaines semaines
Malgré l'alarme, Goldman Sachs maintient la croissance comme scénario de base. La banque prévoit un PIB annuel de 2,8 % en 2026, avec un premier trimestre vigoureux à 3,3 % (dopé par un rattrapage après la fermeture partielle du gouvernement), suivi d'une décélération marquée à environ 2,0 %, 1,9 % et 1,9 % aux trimestres suivants.
Plusieurs facteurs soutiennent cet optimisme relatif. La productivité progresse de 2,2 % en rythme annualisé sur ce cycle. L'inflation du logement, qui représentait le principal moteur de la hausse des prix, amorce un net repli : les loyers sur les nouveaux baux sont proches de zéro en variation annuelle, et Goldman anticipe une baisse de la composante logement de 3,1 % à 2,3 % d'ici décembre.
David Mericle souligne aussi que l'intégration de l'intelligence artificielle pourrait ajouter 0,3 à 0,5 point de pourcentage à la croissance du PIB, et que les baisses d'impôts prévues par le « One Big Beautiful Bill » fourniront un soutien budgétaire au second semestre.
Les points de vigilance pour les investisseurs
La résolution du conflit au Moyen-Orient reste le facteur déterminant. Dans le scénario de base de Ryan Miller (CEOWORLD magazine), qui reçoit une probabilité supérieure à 60 %, le choc est « bref et intense » avec un retour du Brent vers 80 à 90 dollars. Le scénario de crise prolongée (moins de 30 % de probabilité) maintient les prix dans la fourchette 90 à 100 dollars. Le scénario catastrophe (moins de 5 %) envisage un Brent durablement au-dessus de 100 dollars.
Pour les épargnants français, la diversification géographique et sectorielle s'impose plus que jamais. L'or, valeur refuge par excellence, évolue autour de 5 114 dollars l'once, en hausse de plus de 25 % depuis début 2025. Les obligations de qualité et les valeurs défensives offrent un positionnement prudent face à l'incertitude. La semaine du 16 au 20 mars, avec le keynote Nvidia GTC, la décision du FOMC et celle de la BCE, constituera un test majeur pour les marchés mondiaux.