Dassault Aviation a publié le 4 mars 2026 des résultats annuels 2025 qui confirment la trajectoire ascendante du champion français de l'aéronautique de défense. Avec un chiffre d'affaires ajusté de 7,42 milliards d'euros, en progression de 19 % par rapport aux 6,23 milliards de 2024, le groupe enregistre sa meilleure performance commerciale. Le résultat opérationnel ajusté bondit de 22 % à 635 millions d'euros, portant la marge opérationnelle à 8,6 %, contre 8,3 % l'exercice précédent.
Des livraisons de Rafale en forte accélération
Le programme Rafale constitue le principal moteur de cette croissance. Dassault a livré 26 appareils en 2025, contre 21 en 2024, dépassant l'objectif initial de 25 unités. Parmi ces livraisons, 15 ont été destinées à l'export et 11 aux forces armées françaises. Le groupe a également franchi un cap symbolique avec la livraison du 300e Rafale de série au cours de l'année.
La division Défense a généré un chiffre d'affaires de 4,645 milliards d'euros, dont 2,973 milliards à l'export. Les prises de commandes militaires se maintiennent à un niveau élevé, totalisant 8,29 milliards d'euros en 2025, soutenues par la commande de 26 Rafale Marine par la Marine indienne.
Un carnet de commandes historique à 46,6 milliards d'euros
Le carnet de commandes consolidé atteint 46,6 milliards d'euros au 31 décembre 2025, en hausse de 7,8 % par rapport aux 43,2 milliards de l'exercice précédent. Ce backlog comprend 220 Rafale (175 à l'export et 45 pour la France) ainsi que 73 Falcon. Le ratio commandes sur chiffre d'affaires (book to bill) s'établit à 1,5x, garantissant une visibilité opérationnelle de plusieurs années.
L'export représente 89 % des prises de commandes 2025 et 79 % du carnet total, illustrant la capacité du groupe à s'imposer sur les marchés internationaux face à des concurrents comme Eurofighter, le F 35 de Lockheed Martin ou le Gripen de Saab.
Falcon : une reprise solide malgré des défis logistiques
La branche aviation d'affaires affiche une progression notable. Les livraisons de Falcon atteignent 37 unités en 2025, contre 31 l'année précédente, bien que l'objectif de 40 appareils n'ait pas été atteint en raison de contraintes sur la chaîne d'approvisionnement. Le chiffre d'affaires Falcon progresse de 22 % à 2,775 milliards d'euros. Les prises de commandes s'élèvent à 31 appareils (contre 26 en 2024), générant 2,651 milliards d'euros.
Le développement du Falcon 10X, le futur vaisseau amiral de la gamme avec une cabine ultrawide et une autonomie intercontinentale, constitue un axe stratégique majeur pour les prochaines années.
Une trésorerie de près de 10 milliards d'euros
Le bilan du groupe témoigne d'une solidité financière remarquable. La trésorerie disponible atteint 9,415 milliards d'euros, en hausse de 11,6 % par rapport aux 8,434 milliards de 2024. Cette réserve de liquidités, alimentée par les avances sur contrats Rafale à l'export, confère à Dassault Aviation une capacité d'investissement considérable.
Les capitaux propres s'élèvent à 6,664 milliards d'euros (+5,2 %) pour une dette financière limitée à 203 millions d'euros. La contribution de Thales, dont Dassault détient 25 %, a rapporté 534 millions d'euros au résultat net, contre 507 millions en 2024.
« Les contextes militaire, géopolitique, budgétaire, auxquels s'ajoutent les tarifs douaniers, créent une incertitude. La pression fiscale mine la compétitivité », a déclaré Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, lors de la présentation des résultats.
Le résultat net freiné par la surtaxe fiscale
Malgré la forte croissance opérationnelle, le résultat net ajusté progresse de seulement 0,5 % à 1,061 milliard d'euros. La marge nette recule de 17 % à 14,3 %, pénalisée par la surtaxe exceptionnelle sur l'impôt sur les sociétés instaurée par le gouvernement français, qui a coûté 96 millions d'euros au groupe en 2025. Le résultat financier a également diminué, passant de 208 à 142 millions d'euros, en raison de la baisse des taux d'intérêt sur les placements de trésorerie.
Le dividende proposé s'établit à 4,78 euros par action (contre 4,72 euros en 2024), représentant un taux de distribution de 35 %. Le montant total de la participation et de l'intéressement versé aux salariés atteint 245 millions d'euros.
2026 : cap sur 8,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires
La direction affiche une ambition claire pour 2026. L'objectif de chiffre d'affaires est fixé à « classe 8,5 milliards d'euros », soit une croissance d'environ 15 % par rapport à 2025. Le plan de livraisons prévoit 28 Rafale et 40 Falcon.
Les analystes accueillent ces perspectives favorablement. Oddo BHF qualifie la performance de « solide » et souligne que le dividende « dépasse notablement les attentes ». Jefferies juge les marges « robustes », avec une marge opérationnelle du second semestre à 9,9 % qualifiée de « rassurante ». Citi relève que le flux de trésorerie « dépasse le consensus de 20 % ».
L'action en hausse de 27 % depuis le début de l'année
Le titre Dassault Aviation a bondi de 5,77 % à 333,80 euros le jour de la publication des résultats, portant la performance depuis le 1er janvier 2026 à +27 %. Le consensus des analystes établit un objectif de cours moyen à 348,80 euros, avec une fourchette allant de 270 à 420 euros. Sur 17 analystes, 7 recommandent l'achat, 9 le maintien et 1 la vente.
Le méga contrat indien MRFA : un catalyseur potentiel de 39 milliards de dollars
Au delà des résultats publiés, le marché surveille de près les négociations autour du programme MRFA (Multi Role Fighter Aircraft) de l'armée de l'air indienne. Le 12 février 2026, le Defence Acquisition Council indien a accordé l'acceptation de nécessité pour l'acquisition de 114 Rafale supplémentaires, dont 18 achetés directement à Dassault et 96 fabriqués localement en partenariat avec Tata Advanced Systems.
Ce contrat, estimé à 39 milliards de dollars, constituerait l'un des plus importants accords de défense de l'histoire de l'Inde. Il viendrait s'ajouter aux 36 Rafale déjà livrés à l'armée de l'air indienne et aux 26 commandés pour la Marine. Dassault a été invité à soumettre son offre complète d'ici la fin avril 2026, incluant un volet « Make in India » représentant au moins 50 % de la valeur du programme.
Le SCAF dans l'impasse : le bras de fer avec Airbus
Les résultats annuels ont également été l'occasion pour Éric Trappier d'exprimer sa frustration concernant le programme SCAF (Système de combat aérien du futur), le projet franco germano espagnol d'avion de combat de nouvelle génération estimé à 100 milliards d'euros.
« Airbus ne veut plus travailler avec Dassault. Si cette posture persiste, le projet est mort », a affirmé le PDG de Dassault Aviation.
Le différend porte sur la gouvernance industrielle : Dassault revendique la maîtrise d'œuvre du futur chasseur, tandis qu'Airbus souhaite un partage plus équilibré des responsabilités. Le chancelier allemand Friedrich Merz a publiquement mis en doute la viabilité du programme, et l'Élysée a qualifié d'« incompréhensible » la persistance de ces désaccords.
Paris et Berlin portent des visions opérationnelles divergentes : la France a besoin d'un appareil capable d'emporter des armes nucléaires et d'opérer depuis un porte avions, tandis que l'Allemagne privilégie un appareil plus imposant, doté d'une capacité d'emport d'armements supérieure.
Le réarmement européen : un vent porteur structurel
Les résultats de Dassault Aviation s'inscrivent dans le contexte plus large du réarmement européen. Les dépenses de défense des États membres de l'UE ont atteint 343 milliards d'euros en 2024 et devraient s'élever à 381 milliards en 2025, soit une hausse de 11 %. L'Allemagne a alloué 82,69 milliards d'euros à la Bundeswehr dans son budget 2026, en hausse de 20,2 milliards par rapport à 2025.
Lors du sommet de La Haye, les chefs d'État de l'OTAN se sont engagés à consacrer 3,5 % de leur PIB à la défense d'ici 2035, contre 2 % précédemment. Cette dynamique profite directement aux groupes de défense européens. Le titre Dassault Aviation a progressé de plus de 27 % depuis le début de l'année, surperformant le CAC 40 qui affiche une hausse de moins de 10 % sur la même période.
Objectifs de production : vers quatre Rafale par mois
Éric Trappier a confirmé l'objectif d'atteindre une cadence de production de quatre Rafale par mois d'ici 2028 ou 2029, contre environ deux par mois actuellement. Une cadence de cinq appareils mensuels reste « envisagée » mais nécessiterait un préavis de trois ans avant mise en œuvre.
Le groupe a recruté 1 579 collaborateurs en 2025, portant l'effectif total à 15 024 salariés. Les investissements en recherche et développement autofinancés s'élèvent à 389 millions d'euros (5,2 % du chiffre d'affaires), ciblant notamment le standard F4 du Rafale, le Falcon 10X, la phase 1B du SCAF et les avions de missions spéciales ARCHANGE et ALBATROS.
Ce qu'il faut retenir pour les investisseurs
Le profil de Dassault Aviation combine une croissance soutenue du chiffre d'affaires (+19 %), une visibilité exceptionnelle grâce à un carnet de commandes représentant plus de six années de chiffre d'affaires, et un bilan quasi sans dette avec près de 10 milliards d'euros de trésorerie. La perspective du contrat MRFA indien à 114 appareils constitue un catalyseur majeur pour les trimestres à venir.
Les risques identifiés incluent les incertitudes autour du programme SCAF, la pression fiscale française, la dépendance aux contrats export (89 % des commandes) et les tensions géopolitiques susceptibles d'affecter certains marchés. La marge opérationnelle de 8,6 %, bien qu'en progression, reste modeste pour un constructeur aérospatial de premier plan.