Costco Wholesale vient de franchir un cap historique. Le géant américain de la distribution a vu son action dépasser pour la première fois les 1 000 dollars en séance, atteignant un plus haut à 1 006,74 dollars le 5 mars 2026, après la publication de résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Ce seuil symbolique propulse la capitalisation boursière du groupe à plus de 440 milliards de dollars, un niveau qui soulève autant d'enthousiasme que de questionnements sur la soutenabilité de sa valorisation.
Des résultats trimestriels solides sur tous les fronts
Pour le deuxième trimestre de son exercice fiscal 2026 (clos le 16 février), Costco a dégagé un chiffre d'affaires total de 69,6 milliards de dollars, en progression de 9,1 % sur un an. Le bénéfice net s'établit à 2,035 milliards de dollars, soit 4,58 dollars par action diluée, contre 4,02 dollars un an plus tôt : une hausse de 13,9 % qui surpasse le consensus des analystes fixé à 4,55 dollars.
Le résultat opérationnel atteint 2,606 milliards de dollars, tandis que la marge brute progresse de 17 points de base à 11,02 %. Sur les 24 premières semaines de l'exercice, les ventes nettes cumulées atteignent 134,22 milliards de dollars, en hausse de 8,7 %.
Ventes comparables : le Canada et l'international en tête
La croissance des ventes à périmètre comparable s'élève à 7,4 % sur le trimestre, un rythme qui témoigne de la vigueur du modèle opérationnel de Costco. La dynamique est particulièrement forte à l'international : le Canada affiche une progression de 10,1 %, les autres marchés internationaux de 13 %, tandis que les États-Unis enregistrent une hausse de 5,9 %.
Le trafic comparable progresse de 3,1 % et le panier moyen de 4,2 %, signe que l'enseigne attire davantage de clients qui dépensent également plus à chaque visite. Les ventes numériques constituent un moteur puissant avec une croissance de 22,6 % des ventes comparables en ligne, soutenue par une augmentation de 63 % des visites sur l'application mobile et de 32 % du trafic sur le site marchand.
Le modèle d'adhésion, pilier d'une rentabilité exceptionnelle
Les revenus d'adhésion atteignent 1,355 milliard de dollars au trimestre, en hausse de 13,6 %. Le nombre de membres payants s'élève désormais à 82,1 millions de comptes (+4,8 %), représentant 147,2 millions de porteurs de cartes au total. Le taux de renouvellement reste à des niveaux proches des records historiques : 92,1 % aux États-Unis et au Canada, 89,7 % au niveau mondial.
Ce chiffre illustre la puissance du modèle économique de Costco. Les cotisations ne représentent que 2 % du chiffre d'affaires total, mais elles génèrent environ 77 % du bénéfice net. Les membres Executive, qui paient 130 dollars par an, comptent pour 40,4 millions de comptes et concentrent 75,8 % des ventes. La hausse tarifaire de septembre 2024 (de 60 à 65 dollars pour le Gold Star, de 120 à 130 dollars pour l'Executive) a été pleinement absorbée sans freiner la dynamique de recrutement.
Le débat sur la valorisation : 54 fois les bénéfices
Le franchissement des 1 000 dollars relance un débat ancien parmi les investisseurs. À son cours actuel, Costco se négocie à environ 54 fois ses bénéfices des douze derniers mois et 49,6 fois ses bénéfices estimés pour l'exercice en cours. À titre de comparaison, Nvidia affiche un multiple anticipé de 45 fois et Walmart se traite à 38 fois ses résultats prévisionnels.
Pour les partisans de la valorisation actuelle, la prime se justifie par la prévisibilité exceptionnelle des revenus récurrents, un taux de retour sur capital investi de 33,7 % (contre 17,1 % pour Walmart) et un historique de 22 années consécutives de hausse du dividende. Bank of America maintient une recommandation à l'achat avec un objectif de cours à 1 185 dollars, estimant que Costco bénéficie d'une économie « en K » où les dépenses de consommation divergent nettement entre segments.
Les sceptiques soulignent que ce niveau de valorisation ne laisse aucune marge d'erreur. Le consensus des 42 analystes qui couvrent le titre situe l'objectif médian à 1 050 dollars, soit un potentiel de hausse limité à 4,3 % depuis le sommet de 1 006 dollars. Un analyste de Motley Fool qualifie la prime actuelle de « frein notable » et estime que le titre ne constitue pas un candidat convaincant à ces niveaux.
La question des tarifs douaniers
Lors de la conférence téléphonique avec les analystes, le directeur général Ron Vachris a reconnu que l'impact futur des droits de douane reste « extrêmement fluide ». Les tarifs AIPA récemment supprimés ont été remplacés par de nouvelles taxes globales pour au moins les 150 prochains jours. L'enseigne mobilise plusieurs leviers : déplacement de la production vers d'autres pays, consolidation des achats à l'échelle mondiale, renforcement de la marque propre Kirkland Signature (qui représente 33 % du chiffre d'affaires) et ajustement des approvisionnements.
Sur le front de l'inflation, la situation est contrastée. Les produits frais, les denrées alimentaires et les produits d'entretien connaissent une désinflation, voire une déflation sur les œufs, le beurre et le fromage. En revanche, les produits non alimentaires subissent une inflation modérée, en partie liée à la répercussion des droits de douane sur le textile, la literie et les articles de cuisine. Costco a abaissé les prix de plusieurs catégories pour préserver le pouvoir d'achat de ses adhérents.
L'expansion continue : 924 entrepôts et de nouvelles frontières
Le réseau mondial de Costco compte désormais 924 entrepôts, répartis dans 14 pays. Les États-Unis et Porto Rico concentrent 634 sites, suivis du Canada (114), du Mexique (42), du Japon (37) et du Royaume-Uni (29). Le groupe prévoit l'ouverture nette de 28 nouveaux emplacements au cours de l'exercice fiscal, pour atteindre environ 942 sites d'ici la fin de l'année. Parmi les implantations à venir figurent Málaga en Espagne et Gloucester au Royaume-Uni, confirmant l'appétit du groupe pour l'Europe. La France compte actuellement trois entrepôts.
La trésorerie disponible de 17,38 milliards de dollars offre au groupe une marge de manœuvre considérable pour financer cette expansion et envisager un dividende exceptionnel. Selon plusieurs analystes, un versement spécial de 15 à 20 dollars par action pourrait intervenir d'ici la fin de l'année 2026, conformément au cycle historique d'un tel dividende tous les 2,75 ans environ.
Un baromètre de la consommation dans un contexte géopolitique tendu
La performance de Costco intervient dans un contexte macroéconomique particulièrement incertain. Le conflit au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l'Iran a propulsé le Brent au-dessus de 84 dollars le baril, ravivant les craintes inflationnistes. Le Dow Jones a chuté de 784 points le 5 mars, tandis que les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans ont grimpé à 4,13 %.
Dans cet environnement, la résilience des résultats de Costco envoie un signal nuancé. La vigueur des ventes comparables, notamment au Canada (+10,1 %) et à l'international (+13 %), suggère que le modèle de distribution par volumes à prix réduits continue de séduire les consommateurs soucieux de maîtriser leurs dépenses. Mais la hausse des coûts énergétiques et les tensions commerciales pourraient peser sur les marges au cours des prochains trimestres.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs catalyseurs pourraient déterminer la trajectoire boursière de Costco dans les mois à venir. L'évolution des droits de douane, dont le régime actuel expire dans 150 jours, constituera un facteur déterminant pour les marges. La capacité du groupe à maintenir un taux de renouvellement supérieur à 90 % après la hausse tarifaire sera scrutée par les investisseurs. L'accélération du numérique (+22,6 % de ventes comparables en ligne) ouvre un potentiel de croissance supplémentaire, mais nécessite des investissements qui pourraient temporairement peser sur la rentabilité. Enfin, le calendrier et le montant d'un éventuel dividende spécial pourraient servir de catalyseur à court terme pour le titre.
« L'impact futur des tarifs douaniers reste extrêmement fluide. Nos équipes d'achat agissent avec agilité et urgence pour en réduire les effets sur les prix proposés à nos adhérents. »
Ron Vachris, Directeur général de Costco