Les grandes banques américaines entament la saison des résultats du quatrième trimestre 2025 dans un contexte de tensions entre Wall Street et la nouvelle administration Trump. Ce mercredi 14 janvier 2026, Bank of America, Wells Fargo et Citigroup publient leurs performances financières, après le coup d'envoi donné par JPMorgan Chase la veille.
Bank of America : des résultats supérieurs aux attentes
Bank of America a publié des résultats trimestriels dépassant les prévisions des analystes. Le bénéfice par action s'établit à 1,06 $, soit 10,4 % au-dessus du consensus de 0,96 $ anticipé par le marché. Le chiffre d'affaires atteint 28,1 milliards de dollars, supérieur aux 27,73 milliards attendus, pour un bénéfice net de 8,5 milliards de dollars.
La banque dirigée par Brian Moynihan affiche une progression notable de son activité, portée par une croissance des prêts commerciaux de 13 % au dernier trimestre de l'année. Pour 2026, la direction anticipe une hausse du revenu net d'intérêts (NII) de 5 à 7 %, soutenue par le repricing de 10 à 15 milliards de dollars d'actifs à taux fixe qui arriveront à maturité et seront réinvestis à des rendements plus élevés.
Wells Fargo : première publication post-levée du plafond d'actifs
Wells Fargo présente ses résultats dans un contexte particulier. En juin 2025, la Réserve fédérale a levé le plafond d'actifs imposé depuis 2018, qui limitait le bilan de la banque à 1 950 milliards de dollars. Cette contrainte, mise en place à la suite de scandales liés aux pratiques commerciales, avait freiné la croissance de l'établissement pendant sept ans.
Les analystes anticipent un bénéfice par action compris entre 1,65 $ et 1,70 $, sur un chiffre d'affaires de 21,6 à 21,9 milliards de dollars. Au troisième trimestre, la banque avait déjà franchi le cap symbolique des 2 000 milliards de dollars d'actifs totaux, marquant le début d'une nouvelle phase d'expansion.
Le PDG Charles Scharf a confirmé que la banque « commence désormais à utiliser cette capacité accrue et à faire croître son bilan ». La direction vise un rendement des capitaux propres tangibles (ROTCE) de 17 à 18 %, contre 15,2 % au trimestre précédent, et a abaissé son objectif de ratio CET1 à 10,0-10,5 %, contre 11 % auparavant, signalant une volonté de déployer davantage de capital dans l'activité de crédit.
Citigroup : la transformation de Jane Fraser à l'épreuve des chiffres
Citigroup devrait afficher la plus forte croissance bénéficiaire parmi les grandes banques systémiques américaines (G-SIB), avec une progression anticipée de 21 à 25 % du bénéfice par action sur un an. Les analystes tablent sur un BPA compris entre 1,62 $ et 1,81 $, pour un chiffre d'affaires de 20,45 à 21,18 milliards de dollars.
Ces résultats interviennent alors que la PDG Jane Fraser poursuit sa restructuration profonde de l'établissement. La banque a réduit ses niveaux hiérarchiques de 13 à 8, supprimé plus de 60 comités internes et engagé un plan de réduction d'effectifs de 20 000 postes d'ici fin 2026. En décembre 2025, l'Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a levé un amendement majeur à l'ordonnance de consentement de 2020, signe des progrès réalisés en matière de gouvernance.
La division Services, considérée comme le « joyau de la couronne » de Citigroup, offrant des solutions de gestion de trésorerie et de financement du commerce international, constitue un rempart défensif face à la concurrence. La banque vise un ROTCE de 10 à 11 % et a annoncé un programme de rachat d'actions de 20 milliards de dollars. Toutefois, une perte avant impôts de 1,2 milliard de dollars liée à la cession finale des opérations russes devrait peser sur les résultats.
Le plafonnement des taux de cartes de crédit : une menace pour le secteur
L'ensemble du secteur bancaire fait face à une nouvelle incertitude réglementaire. L'administration Trump propose de plafonner les taux d'intérêt des cartes de crédit à 10 %, une mesure qui devrait entrer en vigueur le 20 janvier 2026. Actuellement, le taux moyen se situe entre 19,65 % et 21,5 % selon les données de la Fed.
Selon une étude de l'Université Vanderbilt, cette mesure pourrait coûter aux banques environ 100 milliards de dollars de revenus annuels. Jeremy Barnum, directeur financier de JPMorgan, a averti que ce plafonnement obligerait la banque à « modifier significativement et réduire considérablement » son activité cartes. « Notre conviction est que de telles mesures auront l'effet exactement inverse de ce que souhaite l'administration, en termes d'aide aux consommateurs », a-t-il déclaré, estimant que cette mesure réduirait l'offre de crédit plutôt que son coût.
Bank of America et Citigroup apparaissent comme les établissements les plus exposés à cette réforme potentielle, en raison de leurs portefeuilles importants de crédit à la consommation. Wells Fargo et JPMorgan, avec des sources de revenus plus diversifiées, semblent mieux positionnés.
L'indépendance de la Fed au cœur des tensions
Le contexte politique ajoute une couche d'incertitude supplémentaire. Le président Jerome Powell a confirmé le 11 janvier avoir reçu des citations à comparaître d'un grand jury du ministère de la Justice, officiellement liées à l'enquête sur la rénovation du siège de la Fed pour 2,5 milliards de dollars.
Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, a pris position en faveur de l'indépendance de la banque centrale. « Tout le monde autour de nous croit en l'indépendance de la Fed », a-t-il déclaré lors de la présentation des résultats de sa banque. « Tout ce qui érode cela n'est probablement pas une bonne idée », a-t-il ajouté, tout en précisant avoir « un énorme respect » pour Jerome Powell malgré des désaccords sur certaines décisions.
Le président Trump a répondu en qualifiant Powell de « mauvais responsable de la Fed qui a fait du mauvais travail » et en affirmant que « c'est bien ce que je fais ».
Perspectives réglementaires et déréglementation
Au-delà des tensions politiques, les banques américaines bénéficient d'un contexte réglementaire plus favorable. La nouvelle vice-présidente de la Fed chargée de la supervision, Michelle Bowman, a indiqué que les régulateurs publieront une nouvelle version des règles de capital « Basel III Endgame » début 2026. Cette proposition devrait être « globalement neutre en capital » pour les banques, contrairement à la version initiale de 2023 qui prévoyait une hausse des exigences de fonds propres de 9 %.
Selon les analystes de Capstone, les banques de catégorie IV (100 à 250 milliards de dollars d'actifs) devraient être largement exemptées des nouvelles règles, tandis que le cadre de risque opérationnel, jugé pénalisant pour les établissements dépendants des commissions, sera « significativement assoupli ».
Performance boursière exceptionnelle en 2025
Les actions des grandes banques américaines ont surperformé le marché en 2025. JPMorgan, Bank of America, Citigroup et Wells Fargo ont enregistré une hausse moyenne de 40 %, dépassant la performance du S&P 500. L'indice bancaire KBW Nasdaq a progressé d'environ 30 %. Certains analystes anticipent une troisième année consécutive de surperformance pour le secteur en 2026.
Goldman Sachs a bondi de 18 % au quatrième trimestre, Morgan Stanley de 14 %. L'action Citigroup a gagné 60 % sur douze mois, atteignant un plus haut sur 52 semaines à 124 $.
Ce qu'il faut retenir
La saison des résultats bancaires du quatrième trimestre 2025 s'annonce comme un point d'inflexion pour le secteur financier américain. Les revenus d'intérêts nets se stabilisent après les gains importants liés aux hausses de taux, tandis que l'activité de banque d'investissement et de trading prend le relais comme moteur de croissance.
Pour les investisseurs français, ces résultats offrent un aperçu de la santé du système financier américain et des tendances qui pourraient influencer les marchés européens. L'issue de la proposition de plafonnement des taux de cartes de crédit et l'évolution des relations entre l'administration Trump et la Réserve fédérale seront des facteurs déterminants pour l'ensemble du secteur bancaire mondial en 2026.