JPMorgan lance la saison des résultats avec un trading record malgré l'impact Apple Card
JPMorgan affiche 13 Md$ de bénéfice au T4 2025 avec un trading actions en hausse de 40 %. La provision Apple Card de 2,2 Md$ pèse sur le résultat, mais Jamie Dimon reste confiant pour 2026.
Un trimestre contrasté pour le géant bancaire américain
JPMorgan Chase a ouvert ce mardi 13 janvier la saison des résultats trimestriels des banques américaines avec des chiffres qui témoignent de la solidité de ses activités de marché, malgré un bénéfice en recul de 7 % sur un an. La première banque mondiale par capitalisation a dégagé un bénéfice net de 13 milliards de dollars au quatrième trimestre 2025, soit 4,63 dollars par action.
Ce résultat, inférieur aux 4,91 dollars attendus par les analystes, s'explique principalement par une charge exceptionnelle de 2,2 milliards de dollars liée à la reprise du portefeuille Apple Card auprès de Goldman Sachs. En excluant cet élément ponctuel, le bénéfice par action ajusté atteint 5,23 dollars, dépassant les prévisions du consensus.
Le trading actions en vedette
La performance du trimestre repose avant tout sur l'excellence des activités de marché. Les revenus de trading actions ont bondi de 40 % à 2,9 milliards de dollars, dépassant les attentes de 350 millions de dollars. Cette progression spectaculaire est portée par les services de prime brokerage destinés aux hedge funds, segment dans lequel JPMorgan consolide sa position dominante.
Le trading de taux et de change (FICC) affiche également une progression de 7 % à 5,4 milliards de dollars, dépassant les estimations de 110 millions. Au total, les revenus de marché atteignent 8,2 milliards de dollars, en hausse de 17 % sur un an.
« Chaque ligne de métier a bien performé. Cette année, nous avons ouvert 1,7 million de nouveaux comptes courants et 10,4 millions de comptes de cartes de crédit. »
La banque d'investissement déçoit
En revanche, les commissions de banque d'investissement sont restées en deçà des attentes, reculant de 5 % à 2,3 milliards de dollars, soit 210 millions de moins que prévu. Cette contre-performance surprend, la direction ayant indiqué en décembre anticiper une légère hausse.
JPMorgan conserve néanmoins sa position de numéro un mondial en banque d'investissement pour la treizième année consécutive, selon Dealogic. Le groupe a profité de la reprise des fusions-acquisitions, dont le volume mondial a bondi de 41 % à 4 810 milliards de dollars en 2025, le deuxième meilleur exercice de l'histoire.
Apple Card : une opération stratégique mais coûteuse
L'acquisition du portefeuille Apple Card, annoncée le 7 janvier, pèse sur les comptes du trimestre. JPMorgan reprend plus de 20 milliards de dollars d'encours de crédit à Goldman Sachs, qui se désengage de la banque de détail après des pertes cumulées de 7 milliards de dollars sur ce segment depuis 2020.
La provision de 2,2 milliards de dollars reflète la prudence de JPMorgan face à un portefeuille comportant une part plus importante de clients subprime que sa clientèle habituelle. L'opération, réalisée avec une décote supérieure à 1 milliard de dollars, devrait néanmoins renforcer la franchise cartes de la banque à moyen terme.
Perspectives 2026 : confiance mesurée
Pour l'exercice 2026, JPMorgan anticipe un produit net d'intérêts d'environ 103 milliards de dollars et des charges ajustées de l'ordre de 105 milliards de dollars, ces prévisions restant « dépendantes des conditions de marché ». Le taux de défaut sur les cartes de crédit est attendu autour de 3,4 %.
Jamie Dimon prudent malgré la résilience économique
Dans son commentaire, le PDG Jamie Dimon dresse un tableau nuancé de l'économie américaine. S'il salue la résilience des consommateurs et la santé des entreprises, il met en garde contre des risques sous-estimés par les marchés.
« L'économie américaine reste résiliente. Si le marché de l'emploi s'est assoupli, les conditions ne semblent pas se dégrader. Les consommateurs continuent de dépenser et les entreprises sont globalement en bonne santé. »
Toutefois, le banquier le plus influent de Wall Street avertit que « les marchés semblent sous-estimer les dangers potentiels, notamment les conditions géopolitiques complexes, le risque d'une inflation persistante et le niveau élevé des prix des actifs ». Il n'exclut pas qu'une récession « puisse survenir en 2026 ».
Le secteur bancaire américain en pleine forme
Les résultats de JPMorgan s'inscrivent dans un contexte favorable pour le secteur. Les quatre grandes banques américaines (JPMorgan, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo) ont affiché une hausse moyenne de 40 % de leur cours de bourse en 2025, surperformant largement le S&P 500.
Selon Steven Chubak, analyste chez Wolfe Research, seulement un tiers de cette performance provient de la croissance des bénéfices, le reste résultant de l'expansion des multiples de valorisation. « C'est un peu trop parfait au pays des banques », prévient-il, ayant dégradé sa recommandation sur JPMorgan et Bank of America.
Calendrier chargé cette semaine
Mercredi 14 janvier : Wells Fargo, Bank of America, Citigroup
Jeudi 15 janvier : Goldman Sachs, Morgan Stanley, BlackRock
Les analystes anticipent pour Goldman Sachs un bénéfice par action de 11,37 à 11,52 dollars sur des revenus de 14,3 milliards de dollars. La banque devrait bénéficier de la libération de 2,5 milliards de dollars de provisions liées à la cession de l'Apple Card.
Ce qu'il faut retenir pour les investisseurs
Les résultats de JPMorgan confirment la solidité du modèle diversifié de la banque, capable de compenser la faiblesse temporaire de la banque d'investissement par l'excellence du trading. La reprise de l'Apple Card représente un pari stratégique sur le crédit à la consommation, dont les bénéfices se matérialiseront sur plusieurs années.
Pour les investisseurs français exposés au secteur bancaire américain via des ETF ou des actions individuelles, cette saison des résultats sera déterminante pour valider les valorisations actuelles. La prudence de Jamie Dimon sur les risques macroéconomiques mérite une attention particulière, le PDG de JPMorgan s'étant rarement trompé dans ses anticipations de retournement de cycle.
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