Meta Platforms a annoncé jeudi 9 janvier 2026 une série d'accords nucléaires majeurs qui positionnent le géant technologique parmi les plus importants acheteurs corporatifs d'énergie nucléaire de l'histoire américaine. Les partenariats avec Vistra, Oklo et TerraPower devraient fournir jusqu'à 6,6 gigawatts de capacité d'ici 2035, soit l'équivalent de la consommation électrique de 5 millions de foyers.
Une stratégie énergétique sans précédent pour l'IA
L'annonce a immédiatement galvanisé les marchés. L'action Vistra (VST) a bondi de 16 % en séance, atteignant un sommet intraday significatif, tandis qu'Oklo (OKLO) a grimpé de 19 %. Ces mouvements reflètent l'enthousiasme des investisseurs pour les entreprises positionnées à l'intersection de l'énergie nucléaire et de l'intelligence artificielle.
« Nos accords avec Vistra, TerraPower, Oklo et Constellation font de Meta l'un des acheteurs corporatifs d'énergie nucléaire les plus importants de l'histoire américaine », a déclaré Joel Kaplan, directeur des affaires mondiales de Meta, dans un communiqué officiel.
Les détails des trois partenariats
Vistra : 2 609 MW sur 20 ans
Le premier accord engage Meta dans des contrats d'achat d'électricité sur 20 ans avec Vistra Corp., portant sur plus de 2 100 MW provenant des centrales nucléaires de Perry et Davis-Besse en Ohio, ainsi que de Beaver Valley en Pennsylvanie. L'accord inclut également 433 MW de capacité supplémentaire grâce à des améliorations des équipements existants.
Les livraisons débuteront fin 2026, avec une montée en puissance progressive jusqu'à atteindre la pleine capacité de 2 609 MW en 2034. Vistra, qui exploite un parc de génération d'environ 41 000 MW, affiche une capitalisation boursière de 57,44 milliards de dollars.
Oklo : 1,2 GW de réacteurs nouvelle génération
Le partenariat avec Oklo, startup nucléaire soutenue par Sam Altman (PDG d'OpenAI qui détient 4,3 % de la société pour une valeur d'environ 650 millions de dollars), prévoit le développement d'un campus énergétique de 1,2 GW dans le comté de Pike, en Ohio.
« Nous avons finalisé l'achat de plus de 200 acres dans le comté de Pike et sommes enthousiastes d'annoncer cet accord. L'engagement financier de Meta pour soutenir les activités de développement précoce constitue une étape majeure pour faire avancer le nucléaire avancé », a déclaré Jacob DeWitte, PDG d'Oklo.
Les réacteurs Aurora Powerhouse d'Oklo, d'une capacité unitaire de 75 MW, nécessiteront la construction de plus d'une douzaine d'unités. La première phase pourrait être opérationnelle dès 2030, avec une montée en charge jusqu'à 1,2 GW prévue d'ici 2034.
TerraPower : 8 réacteurs Natrium pour 2,4 GW
Le troisième volet implique TerraPower, fondée par Bill Gates, pour le développement de jusqu'à 8 réacteurs Natrium. Chaque réacteur fournit 345 MW de puissance de base, avec une capacité de stockage intégrée permettant une montée à 500 MW pendant plus de cinq heures.
L'accord finance initialement deux unités Natrium, avec des droits sur six réacteurs supplémentaires. Les premières livraisons sont attendues à partir de 2032. TerraPower a récemment levé 650 millions de dollars auprès de Gates et de la branche venture de Nvidia, en plus de 2 milliards de dollars du Département américain de l'énergie.
Prometheus : le supercluster IA d'un gigawatt
Ces accords nucléaires visent principalement à alimenter Prometheus, le supercluster IA de Meta en construction à New Albany, Ohio. Annoncé en juillet 2025, Prometheus sera le premier data center d'un gigawatt au monde, prévu pour entrer en service courant 2026.
Mark Zuckerberg a indiqué que Meta prévoit d'investir « des centaines de milliards de dollars » dans son infrastructure de calcul IA. Un second supercluster, Hyperion, est en construction en Louisiane avec une capacité potentielle de 5 GW.
Le contexte : une course à l'énergie pour l'IA
L'annonce de Meta s'inscrit dans une tendance plus large où les géants technologiques sécurisent des sources d'énergie nucléaire pour leurs ambitions en intelligence artificielle. Microsoft a signé un accord de 1,6 milliard de dollars avec Constellation Energy pour redémarrer Three Mile Island, tandis qu'Amazon a étendu son partenariat avec Talen Energy pour 1 920 MW jusqu'en 2042.
Selon la Federal Energy Regulatory Commission, la demande électrique des data centers américains devrait passer de 19 GW en 2023 à 35 GW en 2030. Goldman Sachs estime que cette demande pourrait augmenter de 160 % d'ici la fin de la décennie.
Le coût de l'énergie nucléaire : un pari stratégique
L'énergie nucléaire représente un investissement significatif pour Meta. Les analystes estiment le coût entre 141 et 220 dollars par mégawattheure, contre 50 à 60 dollars pour le gaz, l'éolien ou le solaire. Cependant, le nucléaire offre une production stable, décarbonée et indépendante des conditions météorologiques, des caractéristiques essentielles pour les data centers fonctionnant 24 heures sur 24.
« L'infrastructure de data centers et d'IA de pointe est essentielle pour sécuriser la position de l'Amérique en tant que leader mondial de l'IA. L'énergie nucléaire aidera à alimenter notre avenir IA », a ajouté Joel Kaplan.
Implications pour les investisseurs
Pour les investisseurs, ces annonces renforcent la thèse d'investissement dans le secteur nucléaire. Vistra a relevé ses prévisions d'EBITDA ajusté à 7,2 milliards de dollars pour 2026, contre 5,9 milliards en 2025. L'action se négocie actuellement autour de 150 dollars, en baisse de 30 % par rapport à son sommet de septembre 2025 à 217,62 dollars, ce que certains analystes considèrent comme une opportunité d'entrée.
Oklo, malgré une capitalisation de 16,46 milliards de dollars, n'a pas encore généré de revenus commerciaux et a affiché une perte nette de 29,7 millions de dollars au troisième trimestre 2025. L'entreprise dispose néanmoins de 921 millions de dollars de trésorerie pour financer son développement.
Ce qu'il faut surveiller
- Calendrier d'exécution : Un écart de quatre ans existe entre les besoins de Prometheus (2026) et la disponibilité des nouveaux réacteurs (2030-2032)
- Réglementation : Les décrets exécutifs de Trump visent 400 GW de capacité nucléaire américaine d'ici 2050, contre 100 GW actuellement
- Concurrence : Microsoft, Amazon et Google intensifient également leurs achats d'énergie nucléaire
- Valorisations : Les actions nucléaires se négocient à des multiples élevés, reflétant les attentes de croissance
Conclusion
L'accord nucléaire de Meta marque un tournant dans la convergence entre technologie et énergie. Avec 6,6 GW de capacité programmée sur la prochaine décennie, Meta s'assure une alimentation électrique stable pour ses ambitions en intelligence artificielle, tout en catalysant le développement de nouvelles technologies nucléaires aux États-Unis. Pour les investisseurs français intéressés par le secteur, les actions des utilities nucléaires américaines offrent une exposition directe à cette mégatendance, bien que les valorisations actuelles intègrent déjà une partie de ces perspectives de croissance.