Alors que les marchés financiers anticipent de plus en plus une hausse des taux directeurs de la Banque du Japon (BoJ) lors de sa réunion de décembre, le membre du conseil Asahi Noguchi a jeté un froid ce mercredi 27 novembre en adoptant une position prudente et mesurée.
Une position dovish qui tempère les attentes
Lors de son discours prononcé le 27 novembre 2025, Asahi Noguchi a souligné l'importance d'agir «au bon moment» sans pour autant se prononcer explicitement sur un calendrier précis. Contrairement aux attentes du marché, il a insisté sur la nécessité d'une approche graduelle dans la normalisation de la politique monétaire.
«Si l'activité économique et les prix évoluent conformément aux prévisions de la banque, celle-ci ajustera progressivement le degré d'accommodation monétaire», a déclaré Noguchi selon Bloomberg. Il a précisé que la condition essentielle pour une inflation durable réside dans «une expansion régulière de la demande accompagnée d'une hausse soutenue des salaires nominaux».
Un contexte de marché tendu
Malgré cette prudence affichée, les marchés financiers maintiennent leurs paris sur une hausse imminente. Selon les dernières données, les investisseurs attribuent une probabilité de 54 % à un relèvement de 25 points de base lors de la réunion des 18-19 décembre, portant le taux directeur de 0,50 % à 0,75 %.
Une enquête Reuters révèle qu'une majorité d'économistes (60 %) anticipe cette hausse d'ici la fin de l'année, tandis que 98 % s'attendent à un mouvement avant fin janvier 2026. Cette divergence entre la communication prudente de Noguchi et les anticipations du marché illustre les tensions actuelles autour de la politique monétaire japonaise.
Les données économiques plaident pour un resserrement
Plusieurs indicateurs économiques viennent soutenir le scénario d'une hausse des taux. L'inflation japonaise a atteint 3 % en octobre 2025, dépassant les 2,9 % de septembre et restant supérieure à la cible de 2 % de la BoJ depuis plus de trois ans et demi.
Les salaires, élément crucial pour la banque centrale, ont enregistré une progression historique lors des négociations de printemps (shunto) avec une hausse moyenne de 5,46 %, la plus élevée depuis plus de trois décennies. La puissante confédération syndicale Rengo, qui représente 7 millions de membres, réclame des augmentations salariales supérieures à 5 % pour 2026.
Cependant, une ombre subsiste au tableau : les salaires réels ajustés de l'inflation continuent de reculer en glissement annuel, indiquant que la hausse des prix dépasse encore celle des revenus nominaux.
Le yen sous pression et les obligations d'État en hausse
Le yen japonais s'est affaibli de 2,44 % sur le mois écoulé, atteignant 155,83 pour un dollar le 27 novembre 2025, proche de ses plus bas sur 10 mois. Cette dépréciation alimente les craintes d'une intervention des autorités sur le marché des changes.
Parallèlement, les rendements des obligations d'État japonaises (JGB) ont grimpé, le taux à 10 ans s'établissant à 1,82 % le 26 novembre, soit son plus haut niveau depuis 2008. Le rendement à 30 ans a même franchi la barre des 3,3 %, un sommet pluriannuel qui reflète les inquiétudes croissantes des investisseurs face à la dette publique colossale du Japon (260 % du PIB).
Un conseil divisé sur la stratégie à adopter
La Banque du Japon fait face à des divisions internes croissantes. Deux membres du conseil – Naoki Tamura et Hajime Takata – ont déjà voté en faveur d'un relèvement immédiat à 0,75 % lors de récentes réunions, signalant un camp hawkish de plus en plus affirmé.
À l'inverse, Noguchi a voté pour le maintien du taux à 0,50 % lors des six dernières réunions consécutives depuis le relèvement de janvier 2025, incarnant l'aile prudente du conseil. Le nouveau membre Kazuyuki Masu a récemment déclaré que le moment d'une hausse «approche», suggérant un basculement potentiel de la majorité.
Implications pour les investisseurs internationaux
Pour les investisseurs français et européens, la trajectoire de la politique monétaire japonaise revêt une importance stratégique. Une hausse des taux de la BoJ pourrait entraîner un rééquilibrage des flux de capitaux internationaux, le Japon devenant plus attractif pour les placements obligataires.
Le marché boursier japonais a déjà ressenti cette volatilité : l'indice Nikkei 225 a chuté de 2,4 % le 22 novembre, reflétant les incertitudes autour du calendrier de normalisation monétaire. Néanmoins, l'indice affiche toujours une performance annuelle de +30,34 %, témoignant de la résilience de l'économie nippone.
Prochaines échéances cruciales
Tous les regards se tournent désormais vers deux dates clés : la publication de l'indice des prix à la consommation de Tokyo le 28 novembre, considéré comme un indicateur avancé de l'inflation nationale, et la réunion de politique monétaire des 18-19 décembre.
Le gouverneur Kazuo Ueda a délibérément laissé les options de décembre et janvier ouvertes, maintenant le suspense sur le calendrier exact de la prochaine hausse. Sa déclaration récente selon laquelle les décisions futures dépendront «fortement des données salariales» indique que les résultats des négociations salariales de 2026 seront déterminants.
Conclusion
La position mesurée d'Asahi Noguchi rappelle que la Banque du Japon privilégie une approche graduelle et conditionnée aux données économiques, malgré la pression croissante du marché. Entre l'inflation persistante, les salaires en hausse et le yen affaibli, la banque centrale nippone navigue dans des eaux complexes où chaque décision aura des répercussions mondiales pour les investisseurs et les épargnants, y compris français.