L'assurance vie française vient de boucler une année 2025 historique. Avec une collecte nette de 50,6 milliards d'euros, le placement préféré des Français renoue avec des niveaux d'afflux inédits depuis 2010 et confirme son statut de pilier incontournable de l'épargne nationale. Plus remarquable encore : les fonds en euros, longtemps délaissés au profit des unités de compte, enregistrent leur première collecte nette positive en cinq ans.
Une année record portée par le retour des fonds euros
Les chiffres publiés par France Assureurs sont sans appel. Sur l'ensemble de l'année 2025, les cotisations brutes ont atteint 192,1 milliards d'euros, en progression de 10 % par rapport à 2024. La collecte nette s'est élevée à 50,6 milliards d'euros, dépassant de 22,1 milliards le niveau de 2024 et franchissant pour la première fois en 15 ans le seuil symbolique des 50 milliards.
Les encours totaux ont quant à eux franchi un cap historique : 2 107 milliards d'euros à fin décembre 2025, soit une progression de 6,1 % sur un an (+122 milliards d'euros). L'assurance vie représente désormais plus de 30 % de l'épargne financière des ménages français, un niveau qui confirme sa place centrale dans le patrimoine national.
Le fait marquant de cette année réside dans le retournement des fonds en euros. Après cinq années consécutives de décollecte nette, ces supports à capital garanti ont enregistré une collecte nette positive de 8,1 milliards d'euros en 2025. Parallèlement, les unités de compte ont continué leur progression avec 42,5 milliards d'euros de collecte nette, représentant 39 % des cotisations brutes totales.
« Des cotisations de près de 200 milliards d'euros, une collecte nette de plus de 50 milliards pour la première fois en 15 ans, des encours qui dépassent les 2 000 milliards : ces résultats confirment l'attractivité de l'assurance vie comme placement de long terme. »
Paul Esmein, Directeur général de France Assureurs
Le basculement du Livret A au profit de l'assurance vie
Ce retour en grâce du fonds euros s'explique en grande partie par l'évolution du taux du Livret A. Fixé à 3 % en début d'année, celui ci a été abaissé à 1,7 % le 1er août 2025, puis à 1,5 % le 1er février 2026. En quelques mois, la hiérarchie des rendements s'est trouvée inversée : les fonds en euros, avec un rendement moyen de 2,65 % en 2025 (contre 2,60 % en 2024), surclassent désormais le Livret A, même après application de la fiscalité.
Le contraste est saisissant. Sur un Livret A au plafond (22 950 euros), les intérêts annuels s'élèvent à 495 euros en 2025. En 2026, au taux de 1,5 %, ce montant tombera à 348 euros, soit une perte de 147 euros par an. Dans ce contexte, un fonds en euros performant offre une alternative nettement plus rémunératrice pour l'épargne de précaution au delà du plafond du Livret A.
Conséquence directe : la collecte nette du Livret A a enregistré un solde négatif de 2,12 milliards d'euros en 2025, une première en dix ans. Les flux d'épargne se réorientent clairement vers l'assurance vie, un mouvement que les professionnels du secteur anticipent durable.
Les meilleurs fonds euros en 2025 : des écarts significatifs
Si le rendement moyen s'établit autour de 2,65 %, les disparités entre contrats restent considérables. Les fonds euros les plus performants affichent des taux largement supérieurs, tandis que certains contrats bancaires traditionnels peinent à dépasser 2 %.
En tête du classement, le fonds euros du contrat Corum Life a servi 4,10 % en 2025, suivi par Ampli Mutuelle (3,75 %), Placement Direct Euro+ via Swiss Life (3,60 %), CARAC Épargne Patrimoine (3,55 %), La France Mutualiste et Garance à 3,50 %. Ces performances s'expliquent par des portefeuilles obligataires mieux positionnés, des réserves solides (provision pour participation aux bénéfices) et des frais de gestion contenus.
Les contrats en ligne se distinguent particulièrement. Avec des frais de gestion réduits (souvent inférieurs à 0,60 %), ils restituent une part plus importante du rendement brut aux épargnants. Plusieurs assureurs proposent également des bonus de rendement pouvant atteindre 1,5 point supplémentaire, conditionnés à un investissement partiel en unités de compte (généralement 20 à 40 % du versement).
À l'inverse, les fonds euros les moins performants stagnent sous la barre des 2 %, une situation qui concerne principalement les contrats distribués par les réseaux bancaires traditionnels. L'écart entre le meilleur et le moins bon dépasse ainsi 2 points de pourcentage, soulignant l'importance du choix du contrat.
Un contexte macroéconomique favorable au fonds euros
Plusieurs facteurs structurels soutiennent la remontée des rendements. Les taux longs se sont stabilisés autour de 3,3 à 3,4 % pour l'OAT à 10 ans en 2025, contre 2,97 % en 2024. Cette évolution permet aux assureurs de constituer des portefeuilles obligataires mieux rémunérés à mesure qu'ils renouvellent leurs lignes arrivant à échéance.
Les fonds en euros sont composés à environ 80 % d'obligations. Lorsque les taux d'intérêt remontent, les nouvelles obligations achetées offrent des coupons plus élevés, ce qui améliore progressivement le rendement moyen du portefeuille. Ce mécanisme de renouvellement prend du temps, mais ses effets sont désormais visibles.
L'inflation, de son côté, a nettement reflué : 0,96 % en 2025 contre 2,01 % en 2024. Pour la première fois depuis plusieurs années, le rendement réel des fonds euros redevient franchement positif, un argument de poids pour les épargnants soucieux de préserver leur pouvoir d'achat.
Un taux d'épargne exceptionnellement élevé
Le taux d'épargne des ménages français a atteint 18,9 % au deuxième trimestre 2025, un niveau inédit en dehors des périodes de crise. Cette propension à épargner s'explique par un climat d'incertitude persistant : instabilité politique intérieure, tensions géopolitiques et craintes sur la conjoncture économique poussent les Français à constituer des réserves financières.
Cette abondance d'épargne disponible profite naturellement à l'assurance vie, qui offre un cadre fiscal avantageux pour les placements de moyen et long terme (abattement de 4 600 euros sur les gains après 8 ans pour un célibataire, 9 200 euros pour un couple).
Les clôtures massives de PEL : un relais de croissance pour l'assurance vie
Un autre facteur de soutien émerge : l'arrivée à échéance progressive des Plans d'Épargne Logement (PEL). Depuis mars 2011, les PEL ont une durée de vie limitée à 15 ans. Les premiers plans concernés par cette règle arrivent à maturité en 2026, avec une vague de clôtures qui s'amplifiera jusqu'en 2030.
Selon la Banque de France, 3,2 millions de PEL représentant plus de 93 milliards d'euros d'encours sont concernés. Une fois clôturés, les fonds sont automatiquement transférés sur un compte d'épargne classique rémunéré à environ 0,8 % brut, sauf instruction contraire du détenteur.
L'assurance vie s'impose comme la destination naturelle de ces capitaux. Avec des fonds euros offrant un capital garanti et des rendements moyens de 2,5 à 3 % (voire davantage pour les meilleurs contrats), elle constitue l'alternative la plus crédible pour les épargnants souhaitant maintenir un niveau de rémunération satisfaisant sans prendre de risque excessif.
L'assurance vie, moteur du financement de l'économie française
Au delà de son rôle d'outil d'épargne, l'assurance vie joue un rôle structurant dans le financement de l'économie. À fin juin 2025, 63 % des encours étaient investis en titres d'entreprises (obligations corporates et actions), contre 24 % en obligations souveraines. Ces chiffres font de l'assurance vie l'un des principaux canaux de financement du tissu économique français.
Les unités de compte, qui représentent 39 % des cotisations, contribuent également au financement de l'économie réelle via des investissements en actions, en immobilier (SCPI, OPCI) et, de plus en plus, en fonds de private equity. Le Plan d'Épargne Retraite (PER) assurantiel, avec ses 7,2 millions de souscripteurs et 97,4 milliards d'euros d'encours, renforce cette dynamique avec une allocation moyenne de 44 % en unités de compte.
Quels risques pour les épargnants ?
Si le tableau est globalement positif, plusieurs points de vigilance méritent l'attention des investisseurs. Les frais de gestion, qui varient de 0,50 % à plus de 1 % selon les contrats, érodent significativement la performance nette sur le long terme. Un écart de 0,50 point de frais représente une différence de plus de 5 000 euros sur un contrat de 100 000 euros détenu pendant 10 ans.
Par ailleurs, la fiscalité de l'assurance vie reste plus lourde que celle du Livret A (exonéré). Les gains sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux) pour les versements effectués après le 27 septembre 2017, avec un régime allégé après 8 ans de détention.
Enfin, les bonus de rendement conditionnés à un investissement en unités de compte exposent les épargnants à un risque de perte en capital sur cette part du portefeuille. Il convient de distinguer clairement la part sécurisée (fonds euros) de la part exposée aux marchés (UC) dans toute allocation.
Perspectives 2026 : une dynamique appelée à se poursuivre
Les professionnels du secteur anticipent une poursuite de la dynamique favorable en 2026. Plusieurs facteurs convergent : la nouvelle baisse du Livret A à 1,5 %, l'absence de fiscalité supplémentaire sur l'assurance vie dans le budget 2026 (malgré des rumeurs récurrentes), la poursuite des offres de bonification par les assureurs et les clôtures massives de PEL.
Les rendements des fonds euros devraient se maintenir, voire progresser légèrement, portés par le renouvellement des portefeuilles obligataires dans un environnement de taux toujours favorable. Les prévisions tablent sur une stabilité autour de 2,5 à 2,7 % en moyenne, avec les meilleurs contrats au dessus de 3,5 %.
Pour les épargnants, l'enjeu principal réside dans le choix du contrat. Les écarts de performance entre les meilleurs et les moins bons fonds euros justifient une analyse comparative approfondie, en tenant compte des frais, des rendements passés sur plusieurs années, des réserves disponibles et de la qualité des supports en unités de compte proposés.
Avec 42 % des ménages français détenteurs d'un contrat, l'assurance vie confirme son ancrage profond dans la culture financière hexagonale. Son année 2025 record n'est pas un accident conjoncturel, mais le résultat d'un alignement structurel entre baisse des taux courts, remontée des rendements obligataires et incertitude économique, un triptyque qui continue de jouer en sa faveur en 2026.