Des résultats au-dessus des prévisions dans un contexte tendu
American Express a publié ce jeudi 23 avril 2026 ses résultats du premier trimestre, affichant un bénéfice par action de 3,63 dollars, contre une estimation des analystes de 3,47 dollars. Le chiffre d'affaires s'est établi à 16,97 milliards de dollars, légèrement supérieur aux 16,93 milliards anticipés par le consensus. Ces performances arrivent dans un contexte particulièrement incertain, marqué par la guerre commerciale avec la Chine et les craintes persistantes d'un ralentissement économique aux États-Unis.
Le groupe a généré un résultat net de 4,17 milliards de dollars sur la période, et a restitué 1,3 milliard de dollars à ses actionnaires au cours du trimestre, dont 600 millions sous forme de dividendes et 700 millions via des rachats d'actions. Le dividende trimestriel a été relevé de 16 % à 0,95 dollar par action pour 2026.
Un porteur de carte qui continue de dépenser, malgré tout
Le principal enseignement de ce trimestre réside dans la résilience surprenante des dépenses des porteurs de cartes. Les volumes de dépenses totaux ont progressé de 6 % en rythme annuel, ou 7 % en neutralisant l'effet de l'année bissextile. Le directeur financier Christophe Le Caillec a précisé que le volume facturé total (billed business) avait progressé d'environ 7,5 % en glissement annuel.
Les segments internationaux affichent une accélération notable : les Services Cartes Internationaux progressent de 14 % en rythme annuel. Les Millennials et la génération Z représentent désormais plus de 60 % des nouvelles acquisitions de cartes dans le monde, avec une croissance des dépenses de cette tranche atteignant 22 % pour les porteurs internationaux de moins de 40 ans.
« Nous avons livré des revenus de 17 milliards de dollars, en hausse de 8 % en rythme annuel à taux de change constants. »
Stephen Squeri, président-directeur général d'American Express
Le modèle de frais sur cartes : un moteur structurel
Les frais sur cartes (net card fees) ont atteint des niveaux records, en hausse de 20 % à taux de change constants. Il s'agit du 27e trimestre consécutif de croissance à deux chiffres sur cette ligne de revenus, qui constitue désormais un pilier central du modèle économique d'American Express. Pour l'exercice 2025, ces frais avaient totalisé 10 milliards de dollars, soit +18 % en un an.
La stratégie de renouvellement des produits est au coeur de cette progression. La carte Platinum, dont le forfait annuel a été relevé à 895 dollars, propose depuis septembre 2025 de nouveaux avantages exclusifs : crédits restauration via Resy, partenariats bien-être et carte en métal miroir. Plus de 150 produits ont été rénovés au cours des cinq dernières années. Le taux de rétention sur la Platinum atteint 99 %.
« Nous n'allons pas abandonner notre stratégie de renouvellement des produits. Du point de vue du retour sur investissement, il n'y aurait aucune raison de le faire. »
Stephen Squeri, PDG d'American Express, lors de la conférence de résultats du 23 avril 2026
Aucun signe de précipitation des achats liés aux tarifs douaniers
L'un des points les plus scrutés par les investisseurs concernait l'existence éventuelle d'un phénomène d'achats anticipés en réaction aux droits de douane imposés par l'administration Trump. Stephen Squeri a été formel sur ce point : les données du premier trimestre et des premières semaines d'avril ne montrent aucune anticipation significative de dépenses, à l'exception d'un léger frémissement du côté des petites entreprises qui représente à peine quelques points de base.
Cette observation est d'autant plus notable que la confiance des consommateurs américains est tombée à son niveau le plus bas depuis octobre 2023 selon les sondages de l'Université du Michigan. American Express démontre ainsi une caractéristique propre à sa base de clientèle aisée : les dépenses des porteurs premium évoluent relativement indépendamment des indicateurs de sentiment général.
« Nos porteurs de cartes n'ont pas confiance dans l'économie, mais ils continuent de dépenser. »
Stephen Squeri, PDG d'American Express
Qualité du crédit : une légère normalisation à surveiller
Sur le volet crédit, le tableau est globalement rassurant mais appelle à la vigilance. Les taux de délinquance demeurent inférieurs aux niveaux d'avant la pandémie et stables en rythme annuel. Toutefois, le taux de radiation nette (net write-off rate) a légèrement progressé, passant de 1,9 % au troisième trimestre 2025 à 2,1 % au quatrième trimestre. La provision pour pertes sur créances s'est établie à 1,2 milliard de dollars au cours du trimestre, incluant une reprise de provision.
Le directeur financier a précisé que les modèles de provisionnement intègrent une hypothèse de taux de chômage pic à 5,7 % pour les États-Unis, ce qui signale que le groupe se prépare à un scénario de ralentissement modéré. Les encours de prêts et créances des porteurs ont progressé de 7 % à taux de change constants.
Guidance 2026 maintenue malgré l'environnement incertain
American Express maintient ses prévisions pour l'ensemble de l'exercice 2026 : une croissance du chiffre d'affaires comprise entre 8 % et 10 %, et un bénéfice par action entre 15,00 et 15,50 dollars. Ces projections restent soumises aux conditions macroéconomiques, l'entreprise se réservant la possibilité d'ajuster certaines dépenses marketing en cas de dégradation prononcée de l'environnement économique.
Pour 2026, le groupe avait initialement guidé vers un BPA compris entre 17,30 et 17,90 dollars lors de ses prévisions long terme, soit une croissance implicite de l'ordre de 14 % par rapport au point médian 2025. Le ratio de capital CET1 s'établit à 10,7 %, dans la fourchette cible de 10 à 11 % définie par la direction.
Le positionnement premium : atout structurel ou risque concentré ?
Les résultats d'American Express alimentent un débat de fond entre analystes : le positionnement haut de gamme est-il un rempart contre les cycles économiques ou une fragilité masquée ? Les partisans du dossier soulignent que 75 % des revenus proviennent des dépenses et frais des porteurs, réduisant la dépendance aux revenus d'intérêts et à la sensibilité au cycle du crédit. Le modèle en réseau fermé permet à American Express de capter l'intégralité du taux d'interchange sans partage avec des intermédiaires, contrairement aux réseaux Visa ou Mastercard.
Les sceptiques pointent en revanche la concentration sur des dépenses discrétionnaires (voyages, restauration, divertissements) qui représentent une part majeure du volume facturé. En cas de récession sévère, ces catégories ont historiquement subi des baisses de volumes plus marquées que chez les concurrents axés sur les achats du quotidien. William Blair maintient une note Outperform en citant la protection apportée par le modèle centré sur les frais, tandis que Morgan Stanley conserve une note Equal Weight avec un objectif réduit à 385 dollars.
Ce que ces résultats signifient pour les investisseurs français
Pour les épargnants et investisseurs français exposés aux marchés américains via des fonds actions, des ETF ou des portefeuilles en architecture ouverte, les résultats d'American Express livrent plusieurs enseignements. En premier lieu, ils confirment que le consommateur aisé américain n'a pas encore modifié ses comportements de dépense malgré la pression tarifaire et la volatilité des marchés depuis le début de l'année.
En second lieu, la hausse du dividende de 16 % à 0,95 dollar par action illustre la capacité du groupe à maintenir des politiques de redistribution généreuses même dans un contexte d'incertitude. Sur cinq ans, le dividende d'American Express a progressé à un taux annuel moyen supérieur à 17 %. Enfin, la valorisation actuelle autour de 330 dollars, en repli de près de 10 % sur l'année, offre un point d'entrée sur une franchise premium que Warren Buffett et Berkshire Hathaway continuent de tenir dans leur portefeuille sans cession.
Ce qu'il faut surveiller
- Volumes de dépenses au deuxième trimestre : si les premières semaines d'avril sont rassurantes, l'impact potentiel des droits de douane sur le moral des ménages aisés reste à quantifier sur la durée.
- Évolution du taux de radiation : la progression de 1,9 % à 2,1 % mérite un suivi attentif, même si les niveaux absolus restent contenus.
- Réglementation européenne : la pression des régulateurs de l'UE sur les commissions d'interchange pourrait peser sur la marge du segment Global Merchant and Network Services.
- Open Banking (CFPB Section 1033) : les nouvelles règles américaines d'open banking entrées en vigueur le 1er avril 2026 obligent American Express à partager les données clients avec des concurrents tiers, ce qui pourrait augmenter le taux d'attrition à moyen terme.
Sources
- American Express, conférence téléphonique de résultats T1 2026, 23 avril 2026
- The Motley Fool, transcription de la conférence de résultats, 22 avril 2026
- American Banker, « American Express posts earnings beat amid tariff turmoil », 23 avril 2026
- Yahoo Finance, analyses des estimations analystes American Express, avril 2026
- TIKR.com, « American Express Stock Hits Record $72B Revenue as Platinum Refresh Delivers »
- The Motley Fool, « Why This May Be This Week's Most Important Earnings Report », 20 avril 2026
- FinancialContent / PredictStreet, « Premium Moats and Policy Shocks: An In-Depth Research Feature on American Express in 2026 »
- Nasdaq, données d'estimations analystes T1 2026