Un revirement historique en pleine séance boursière
La journée du 9 mars 2026 restera gravée dans les annales de Wall Street. En l'espace de quelques heures, les indices américains sont passés d'une chute vertigineuse à une clôture en territoire positif, dans un mouvement de retournement intraday rarement observé depuis la crise de 2020. Le catalyseur : une interview télévisée de Donald Trump sur CBS News, diffusée à 15h15 heure de New York, dans laquelle le président américain a affirmé que le conflit avec l'Iran était « pratiquement terminé ».
Le Dow Jones Industrial Average a terminé la séance en hausse de 239 points (+0,50 %), après avoir cédé plus de 800 points en début de journée. Le S&P 500 a gagné 0,83 %, soit 55,97 points, tandis que le Nasdaq Composite a bondi de 1,38 %, progressant de 308,27 points. Cette amplitude intraday, supérieure à 1 000 points sur le Dow, témoigne d'une nervosité extrême parmi les opérateurs de marché.
Le pétrole : de 119 dollars à 85 dollars en quelques heures
Le mouvement le plus spectaculaire s'est produit sur le marché pétrolier. Le baril de WTI (West Texas Intermediate) a touché un sommet intraday de 119,48 dollars en début de séance, porté par les craintes d'un blocage prolongé du détroit d'Ormuz. Ce niveau n'avait pas été atteint depuis l'été 2022, au plus fort des tensions liées à l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Après les déclarations de Trump, le WTI a chuté jusqu'à un plancher de 83,89 dollars, avant de se stabiliser autour de 85,44 dollars en fin de journée. Le Brent, la référence internationale, a suivi une trajectoire similaire, passant de 119,50 dollars à un règlement proche de 89,31 dollars, soit une baisse de 9,75 % sur la séance. Sur le mois écoulé, le WTI affiche toutefois une hausse de plus de 50 %, la progression mensuelle la plus forte depuis avril 2020.
Les perturbations dans le Golfe persistent
La flambée initiale du brut s'explique par la paralysie quasi totale du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % de la consommation mondiale de pétrole. L'Irak a vu sa production chuter de 70 %, passant de 4,3 millions de barils par jour à environ 1,3 million. Le Koweït a annoncé une réduction de 100 000 barils quotidiens, tandis que l'Arabie saoudite a commencé à réduire sa production face à la saturation de ses capacités de stockage. Selon JPMorgan, les réductions cumulées pourraient dépasser 4 millions de barils par jour si le détroit reste fermé.
Trump affirme que la guerre est « pratiquement terminée »
Lors de son entretien avec la journaliste Weijia Jiang sur CBS News, Donald Trump a déclaré : « Je pense que la guerre est pratiquement terminée. Ils n'ont plus de marine, plus de communications, plus de force aérienne. » Le président a ajouté que les opérations militaires avançaient bien plus rapidement que le calendrier initial de quatre à cinq semaines. Interrogé sur une fin des hostilités dans la semaine, il a répondu : « Non, mais très bientôt. »
Trump a également évoqué la possibilité de lever certaines sanctions liées au pétrole et a déclaré au New York Post qu'il avait « un plan » pour faire baisser les prix de l'énergie. Ces propos ont déclenché un repositionnement massif sur les marchés à terme du pétrole et des actions.
L'Europe sous pression malgré un léger répit
Les marchés européens ont clôturé dans le rouge avant le retournement de Wall Street. Le STOXX 600 paneuropéen a perdu 0,63 %, flirtant avec le territoire négatif depuis le début de l'année après un recul de plus de 5 % la semaine précédente. Le CAC 40 a cédé 1,9 % et le DAX 1,6 %, plombés par les valeurs industrielles et de transport.
Sur le plan macroéconomique, les nouvelles européennes sont mitigées. L'indice Sentix de confiance des investisseurs en zone euro s'est établi à moins 3,1 en mars, mieux qu'attendu (moins 5,0). Les commandes industrielles allemandes de janvier ont chuté de 11,1 % sur un mois (consensus : moins 4,5 %), tandis que la production industrielle a reculé de 0,5 % (attendu : +1,0 %). L'euro a touché un plus bas à 1,1507 dollar face au billet vert.
Obligations et politique monétaire : la Fed prise en étau
Le rendement de l'obligation du Trésor américain à 10 ans a oscillé entre 4,10 % et 4,20 %, pour se fixer à 4,17 % en clôture, en hausse de 2 à 8 points de base. Le taux à 2 ans a progressé de 4 points de base. Ces mouvements reflètent les incertitudes croissantes autour de la trajectoire de la Réserve fédérale.
Les anticipations de baisses de taux ont été brutalement révisées. Il y a quelques semaines, le consensus tablait sur au moins trois réductions de 25 points de base en 2026. Aujourd'hui, les marchés n'intègrent plus qu'une première baisse en septembre, contre juillet auparavant. Ellen Zentner, stratégiste économique en chef chez Morgan Stanley Wealth Management, a souligné que les chiffres de l'emploi décevants « ont probablement placé la Fed entre le marteau et l'enclume », confrontée à un marché du travail qui faiblit et une inflation énergétique qui accélère.
L'enquête de la Fed de New York publiée le 9 mars a révélé que les anticipations d'inflation à un an des consommateurs américains ont bondi à 4,2 % en février, contre 3,1 % en janvier, soit la plus forte hausse mensuelle depuis la crise des chaînes d'approvisionnement post pandémie. Les anticipations à trois ans ont atteint 3,5 %. Selon Seema Shah, stratégiste mondiale en chef chez Principal Asset Management, « les chiffres de l'emploi de février poussent l'économie américaine vers un territoire stagflationniste, une évolution inconfortable pour les marchés ».
Volatilité et sentiment des investisseurs
L'indice VIX, baromètre de la peur à Wall Street, a bondi de 9,9 % pour atteindre 23,57, signalant un basculement vers un environnement de prudence accrue. L'indice OVX (volatilité du pétrole) a dépassé le seuil de 100, un niveau comparable aux pics de panique observés pendant la pandémie de 2020.
Côté sectoriel, l'énergie a surperformé le marché, portée par ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips. Le transport aérien a en revanche souffert, les compagnies aériennes accusant des baisses comprises entre 2,8 % et 5 %. L'indice Dow Jones des transports a chuté de 9 % sur trois séances, sa plus forte glissade depuis avril 2025.
Hims & Hers bondit de 50 %
Hors du tumulte géopolitique, la séance a été marquée par l'envolée de Hims & Hers Health (HIMS), dont l'action a bondi de 50 % en préouverture après l'annonce d'un accord de distribution avec Novo Nordisk pour ses traitements contre l'obésité.
Perspectives : entre espoir de paix et risques persistants
Le retournement du 9 mars repose largement sur l'espoir que le conflit iranien touche à sa fin. Toutefois, plusieurs éléments incitent à la prudence. L'Iran a nommé Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême, un choix perçu comme un durcissement politique. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a rejeté tout appel au cessez le feu sur NBC News, affirmant que son pays devait « continuer à se battre pour notre peuple ».
Sameer Samana, du Wells Fargo Investment Institute, estime que « la pénurie aiguë actuelle de pétrole sera résorbée dans les prochains mois à mesure que de nouvelles sources d'approvisionnement entreront en production ». L'analyste Tony Sycamore anticipe quant à lui que « le brut restera très volatil, oscillant dans une large fourchette entre 75 et 105 dollars ».
Si le pétrole se maintient à 100 dollars le baril pendant trois mois, plusieurs analystes estiment que le risque de récession aux États Unis deviendrait significatif, la hausse des coûts énergétiques pesant directement sur la consommation des ménages et les marges des entreprises. Les prochains jours seront déterminants : toute escalade militaire pourrait effacer les gains du 9 mars, tandis qu'un cessez le feu ouvrirait la voie à un puissant rebond des actifs risqués.