Trump impose des tarifs de 100 % sur les médicaments brevetés et refond les droits sur les métaux
Un an jour pour jour après le « Liberation Day », Donald Trump a signé un décret imposant des droits de 100 % sur les médicaments brevetés importés et restructuré les tarifs sur l'acier, l'aluminium et le cuivre. L'Union européenne bénéficie d'un taux réduit de 15 %.

Un anniversaire lourd de conséquences pour le commerce mondial
Le 2 avril 2026, exactement un an après les tarifs massifs du « Liberation Day », le président Donald Trump a signé depuis la Maison Blanche une nouvelle salve de mesures commerciales. Deux décrets exécutifs instaurent un tarif de 100 % sur les produits pharmaceutiques brevetés importés aux États Unis, ainsi qu'une restructuration complète des droits de douane sur l'acier, l'aluminium et le cuivre.
Ces annonces interviennent dans un contexte économique tendu : les marchés américains sont fermés ce 3 avril pour le Vendredi saint, le rapport sur l'emploi de mars a révélé 178 000 créations de postes (contre 59 000 attendus), et la dette nationale a progressé de 36 200 à 39 000 milliards de dollars en un an.
Tarifs pharmaceutiques : un barème à quatre niveaux
Le nouveau décret prévoit un système de tarifs progressifs conçu pour inciter les laboratoires à relocaliser leur production aux États Unis et à accepter un alignement des prix sur la clause de la « nation la plus favorisée » (MFN). Le barème se décline en quatre paliers.
- 0 % pour les entreprises ayant signé un accord de prix MFN avec le Département de la Santé (HHS) et engagé la construction d'usines sur le sol américain.
- 15 % pour les produits provenant de pays ayant conclu un accord commercial bilatéral : Union européenne, Japon, Corée du Sud, Suisse et Liechtenstein.
- 20 % pour les laboratoires qui s'engagent à relocaliser leur production sans accord de prix, un taux qui passera à 100 % dans quatre ans.
- 100 % pour toutes les autres importations de médicaments brevetés et de principes actifs.
Les grands laboratoires disposent de 120 jours avant l'entrée en vigueur des tarifs, tandis que les plus petites structures bénéficient d'un délai de 180 jours. Les médicaments génériques, les biosimilaires, les médicaments orphelins et les produits vétérinaires sont exemptés, avec une réévaluation prévue dans un an.
Des laboratoires déjà engagés dans la négociation
Depuis novembre 2025, plus d'une douzaine de grands groupes pharmaceutiques ont conclu des accords de prix avec l'administration Trump. Eli Lilly, Pfizer, Novo Nordisk et Bristol Myers Squibb figurent parmi les signataires, obtenant en contrepartie une exonération tarifaire de trois ans au titre de la Section 232. L'administration revendique 400 milliards de dollars d'engagements d'investissement pharmaceutique sur le sol américain.
La réaction de l'industrie reste nuancée. Stephen J. Ubl, président de la PhRMA (le principal lobby de l'industrie pharmaceutique américaine), a déclaré que « taxer les médicaments de pointe augmentera les coûts et pourrait compromettre des milliards d'investissements aux États Unis ». Il a souligné que les médicaments importés « proviennent très majoritairement d'alliés fiables des États Unis ».
Métaux : une refonte complète de l'architecture tarifaire
Le second décret restructure les droits de douane sur l'acier, l'aluminium et le cuivre selon un barème à cinq niveaux, fondé sur la teneur en métal des produits importés.
- 50 % sur les produits composés entièrement ou quasi entièrement de ces métaux (tôles d'acier, feuilles d'aluminium).
- 25 % sur les articles dérivés contenant une proportion substantielle de ces métaux.
- 15 % (jusqu'en 2027) sur les équipements industriels et les composants du réseau électrique à forte intensité métallique, afin de soutenir l'expansion industrielle en cours.
- 10 % sur les produits fabriqués à l'étranger mais exclusivement à partir de métaux américains.
- Exemption pour les produits contenant moins de 15 % de métal en poids.
La mesure la plus significative concerne le mode de calcul des droits. Désormais, les tarifs s'appliqueront sur le prix de marché américain des métaux, et non plus sur la valeur déclarée à l'importation, un mécanisme que l'administration accuse d'avoir été utilisé pour minorer artificiellement les montants soumis à taxation.
Une filière industrielle en mutation
L'administration met en avant des résultats concrets sur le front de la réindustrialisation. Plus de 4 millions de tonnes de nouvelles capacités sidérurgiques sont attendues dans les deux prochaines années, notamment en Virginie Occidentale, en Arkansas et en Caroline du Sud. En Oklahoma, Century Aluminum et Emirates Global Aluminum ont annoncé la construction de la première nouvelle fonderie d'aluminium aux États Unis depuis des décennies.
Pour le cuivre, intégré au programme Section 232 en juillet 2025 avec un taux de 50 %, le Secrétaire au Commerce doit remettre au Président, d'ici le 30 juin 2026, une analyse du marché intérieur du cuivre raffiné. Cette étude pourrait conduire à l'instauration d'un droit universel de 15 % en janvier 2027, porté à 30 % en janvier 2028.
L'Europe entre exemptions et vulnérabilités
Les entreprises pharmaceutiques européennes bénéficient du taux réduit de 15 %, un avantage compétitif notable par rapport au taux de 100 % applicable aux laboratoires n'ayant pas d'accord avec Washington. Toutefois, cette protection reste relative.
Sanofi, dont 50,8 % du chiffre d'affaires provient des États Unis et qui exploite 16 sites de production à l'étranger, illustre la dépendance des groupes européens au marché américain. Le laboratoire français a rejoint la dernière vague d'accords de prix avec l'administration Trump, obtenant une exonération de trois ans. Novartis, Roche et AstraZeneca ont également engagé des négociations, selon plusieurs sources sectorielles.
Sur les métaux, l'impact sera plus direct pour les exportateurs européens d'acier et d'aluminium, soumis au barème complet sans réduction géographique. Le passage au calcul sur le prix de marché américain pourrait alourdir sensiblement la facture pour les industriels du continent.
Bilan d'un an de guerre commerciale : les chiffres clés
Un an après le « Liberation Day » originel du 2 avril 2025, le bilan économique des tarifs reste contrasté, selon les données compilées par le Bureau of Labor Statistics et le département du Commerce.
- L'emploi manufacturier américain a reculé de 89 000 postes entre avril 2025 et février 2026.
- Le déficit commercial des biens a augmenté de 2 %, atteignant 1 240 milliards de dollars en 2025.
- Les importations de biens ont progressé de 4 % à 3 400 milliards de dollars, tandis que les exportations ont crû de 6 % à 2 200 milliards.
- Les recettes douanières ont atteint 151 milliards de dollars sur les cinq premiers mois de l'exercice fiscal, soit quatre fois plus que l'année précédente.
- La Cour suprême a invalidé les tarifs IEEPA, obligeant l'administration à rembourser 166 milliards de dollars à plus de 330 000 entreprises.
Perspectives macroéconomiques assombries
Bank of America a abaissé sa prévision de croissance américaine pour 2026 à 2,3 %, soit 50 points de base de moins que son estimation initiale. L'inflation attendue a été revue à la hausse, à 3,6 % contre 2,8 % précédemment. Le pétrole brut Brent s'échange autour de 104 dollars le baril, poussé par le conflit avec l'Iran, et le prix moyen de l'essence aux États Unis dépasse désormais 4 dollars le gallon, sa plus forte progression mensuelle jamais enregistrée selon GasBuddy.
Ce que les épargnants français doivent surveiller
Pour les investisseurs et épargnants suivis par France Épargne, plusieurs points méritent une attention particulière dans les semaines à venir.
- Le secteur pharmaceutique européen pourrait connaître une volatilité accrue à mesure que les délais d'application (120 à 180 jours) approchent. Les cours de Sanofi et des autres géants européens réagiront aux progrès des négociations de prix avec Washington.
- Les valeurs industrielles et minières seront sensibles au nouveau mode de calcul des tarifs métalliques, qui pourrait réduire la compétitivité des exportateurs européens vers les États Unis.
- Le dollar et les rendements obligataires restent sous pression : le rendement du Treasury à deux ans a gagné 4 points de base après le rapport sur l'emploi de mars, atteignant 3,84 %.
- Le sommet Trump Xi prévu en mai à propos des relations commerciales sino américaines pourrait redessiner l'architecture tarifaire globale et influencer les perspectives de croissance mondiale, estimée à 3,1 % par Bank of America.
Sources
- Maison Blanche, Fact Sheets (2 avril 2026)
- CNBC, « Trump prepares pharmaceutical tariffs of up to 100% »
- Yahoo Finance, « Trump tariffs live updates » (2 avril 2026)
- ABC News, « Trump slaps 100% tariff on pharmaceutical drugs » (2 avril 2026)
- Bloomberg, « Trump to Impose 100% Tariff on Some Drugs » (2 avril 2026)
- NPR, « Have Trump's tariffs worked? » (2 avril 2026)
- Morningstar, « European Pharma Stock Investors Hold Their Nerve » (3 avril 2026)
- Tax Foundation, « Tariff Tracker 2026 »
- AJMC, « Trump Strikes 9 New Pricing Agreements »
- White & Case, « Section 232 tariffs on copper imports »