Des résultats supérieurs aux attentes portés par l'électrique
Le groupe Renault a publié le 23 avril 2026 un chiffre d'affaires de 12,53 milliards d'euros au premier trimestre 2026, en hausse de 7,3 % en données publiées et de 8,8 % à taux de change constants. Ce résultat dépasse nettement le consensus des analystes, qui tablaient sur 11,7 milliards d'euros, soit un écart de plus de 800 millions d'euros. L'action Renault (RNO) a progressé de 2,36 % à l'ouverture de la séance du 23 avril à la Bourse de Paris.
La division Automobile a généré 10,807 milliards d'euros de revenus, en hausse de 8,0 % à taux constants, tandis que Mobilize Financial Services a contribué à hauteur de 1,723 milliard d'euros, en progression de 13,0 %. Le groupe confirme ses objectifs financiers pour l'exercice 2026 : une marge opérationnelle d'environ 5,5 % du chiffre d'affaires consolidé et un free cash-flow automobile d'environ 1,0 milliard d'euros.
L'électrique comme moteur principal de la croissance en Europe
Sur le marché européen, les ventes électriques de Renault ont progressé de 40 % au premier trimestre 2026. Les véhicules électrifiés (véhicules électriques à batterie et hybrides) représentent désormais plus de 65 % des ventes de véhicules particuliers de la marque en Europe. La part des véhicules électriques purs dans les ventes totales du groupe atteint 17,0 %, en hausse de 4,0 points par rapport au premier trimestre 2025.
La Renault 5 E-Tech Electric s'est imposée comme le premier véhicule électrique du segment B en Europe. Produite à l'usine Ampere ElectriCity de Douai, dans les Hauts-de-France, elle a franchi le cap des 100 000 unités produites en quinze mois d'existence, à raison d'environ 900 véhicules sortis de chaîne chaque jour. En France, la Renault 5 E-Tech s'est hissée en tête des ventes de véhicules électriques toutes catégories confondues en début d'année 2026.
Duncan Minto, directeur financier du groupe Renault, a déclaré lors de la présentation des résultats : « C'est une démonstration de la compétitivité de nos offres. Cette dynamique positive est soutenue par une croissance à deux chiffres des commandes depuis le début de l'année. Nous réaffirmons nos objectifs pour l'exercice 2026. »
Un marché européen du véhicule électrique en forte expansion
Le contexte de marché est favorable. Les immatriculations de véhicules électriques dans l'Union européenne ont progressé de 32,5 % au premier trimestre 2026, pour atteindre 546 937 unités. La part de marché des véhicules électriques a atteint 19,4 % du total des immatriculations, contre 15,2 % un an plus tôt. En mars 2026, la progression mensuelle a atteint 48,9 %, le rythme le plus soutenu depuis deux ans.
La France se distingue avec une croissance des immatriculations électriques de 50,4 % sur le trimestre. L'Allemagne enregistre une hausse de 41,3 %, l'Italie de 65,7 %. Le repli enregistré en Belgique (-2,3 %) et aux Pays-Bas (-23,3 %) illustre que la progression reste inégale selon les marchés nationaux.
Parmi les constructeurs, Volkswagen conserve la première place avec 25,6 % de parts de marché en Europe. Renault Group occupe la troisième position avec 10,8 %, en progression. Les données de l'association ACEA confirment que Renault affiche la part de marché en véhicule électrique la plus élevée parmi les constructeurs traditionnels européens, à environ 25 %, devant Kia (24,5 %) et Skoda (22,5 %).
Alpine accélère, Dacia souffre de perturbations logistiques
La marque Alpine enregistre une progression de 54,7 % de ses ventes au premier trimestre, avec 3 246 unités écoulées. L'Alpine A290 représente l'essentiel de cette croissance avec 2 452 immatriculations, en hausse de 63,9 %. Le réseau commercial d'Alpine compte désormais 210 points de vente dans 25 pays, avec un objectif de dépasser 300 points de vente d'ici la fin de l'année.
À l'inverse, la marque Dacia a subi un recul de 16,3 % de ses ventes au premier trimestre, à 145 335 unités. Le groupe attribue ce repli à des perturbations logistiques exceptionnelles liées aux intempéries qui ont affecté le trafic maritime dans le détroit de Gibraltar en janvier et février. Des signaux de reprise se sont manifestés en mars, avec un rebond de 1,9 % des ventes Dacia. L'analyste Bernstein a estimé que « les commandes restent solides chez Dacia malgré la faiblesse commerciale du trimestre ».
Des défis persistants pour les marges et la rentabilité
Si la dynamique des revenus est encourageante, le groupe fait face à des pressions sur sa rentabilité. La marge opérationnelle cible pour 2026 est fixée à environ 5,5 %, contre 6,3 % réalisée en 2025. Le free cash-flow automobile attendu est d'environ 1,0 milliard d'euros, en recul par rapport aux 1,47 milliard d'euros dégagés en 2025. Les effets de change défavorables ont amputé la croissance du chiffre d'affaires de 1,5 point, soit 156 millions d'euros, en raison notamment de la dépréciation de la livre turque et du peso argentin.
Duncan Minto a reconnu les incertitudes liées à l'environnement macroéconomique : « Nous devons surveiller l'environnement externe. Nous avons des signaux sur la hausse des matières premières. À ce stade, nous ne constatons aucun impact sur la demande. » Le conflit au Moyen-Orient génère une volatilité des coûts sur le pétrole, l'aluminium et l'énergie, qui pèse sur l'ensemble du secteur.
L'analyste Citi a néanmoins souligné que Renault démontre « une dynamique produit solide sur toutes les marques, soutenue par une croissance à deux chiffres des commandes depuis le début de l'année ». La banque identifie toutefois Renault comme le constructeur européen le plus exposé à la concurrence des constructeurs chinois sur le segment des véhicules abordables.
Un carnet de commandes solide et une offensive produit en cours
Le carnet de commandes représente environ deux mois de ventes futures au 31 mars 2026, contre 1,5 mois à fin 2025. Les prises de commandes ont progressé à deux chiffres depuis le début de l'exercice, avec une accélération marquée sur les véhicules électriques. Le groupe dispose d'un stock total de 554 000 véhicules, dont 335 000 chez les concessionnaires indépendants, et table sur une réduction de ce stock d'ici la fin du premier semestre.
Sur le plan commercial, Renault a amélioré la composition de ses ventes en direction des clients particuliers, qui représentent désormais 57,7 % du total, en hausse de 15,7 points par rapport au marché. Les véhicules des segments C et supérieurs représentent 32,8 % des ventes, en progression de 4,0 points. Ces éléments témoignent d'une montée en gamme progressive qui soutient les valeurs résiduelles, de 4 à 13 points au-dessus de la moyenne du marché selon les modèles.
Le second semestre 2026 sera marqué par plusieurs lancements majeurs : la nouvelle Renault Clio, la Renault Twingo E-Tech électrique et l'Alpine A390. À l'international, le groupe déploie le Renault Boreal en Amérique latine et en Turquie, le Renault Duster en Inde, et le Renault Filante en Corée du Sud.
Perspectives et implications pour les investisseurs
Pour les investisseurs, le tableau du premier trimestre 2026 est contrasté. La surperformance du chiffre d'affaires et la confirmation des objectifs annuels constituent des signaux positifs dans un secteur automobile européen sous tension. Le consensus de 18 analystes qui suivent le titre Renault fixe un objectif de cours moyen à 47,94 euros, soit un potentiel théorique de hausse d'environ 45 % par rapport au cours du 23 avril 2026. Parmi ces analystes, 8 recommandent l'achat, 4 l'accumulation et 6 la neutralité. Aucun ne recommande la vente.
L'essor de l'électrique, désormais bien ancré dans les résultats du groupe, positionne Renault comme un des rares constructeurs traditionnels capables de montrer une part de marché VE supérieure à 25 % en Europe. Cependant, la baisse attendue des marges et du free cash-flow en 2026 rappelle que la transition énergétique implique des investissements conséquents avant d'atteindre une pleine maturité économique. La réglementation européenne sur les émissions de CO2, avec une révision du règlement prévue au quatrième trimestre 2026, constitue un facteur de risque et d'opportunité à surveiller attentivement.
Ce qu'il faut surveiller
- Résultats semestriels (juillet 2026) : la marge opérationnelle du premier semestre et la trajectoire vers l'objectif annuel de 5,5 %
- Lancement de la Twingo E-Tech électrique : nouveau modèle d'entrée de gamme électrique destiné à élargir l'accessibilité du véhicule électrique
- Évolution des ventes Dacia : confirmation ou non de la reprise amorcée en mars après les perturbations logistiques du Gibraltar
- Concurrence chinoise : BYD a doublé ses volumes en Europe au premier trimestre 2026, avec une part de marché encore limitée à 1,8 % en mars, mais une dynamique ascendante
- Révision réglementaire CO2 (T4 2026) : les éventuelles flexibilités accordées par la Commission européenne pourraient modifier les stratégies d'investissement du secteur
Sources