Un cap historique franchi : 141 milliards d'euros d'encours
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) confirme son statut de produit d'épargne incontournable en France. Selon les données publiées le 16 février 2026 par le ministère de l'Économie, le PER a atteint 141,1 milliards d'euros d'encours au 30 septembre 2025, soit une progression de 19 % sur douze mois. Avec désormais 12,7 millions de titulaires, le dispositif créé par la loi PACTE en 2019 s'est imposé en l'espace de six ans comme le principal outil d'épargne retraite individuelle en France.
La dynamique de collecte est tout aussi remarquable : les versements sur les PER ont progressé de 16 % en 2025 pour atteindre 20,2 milliards d'euros, confirmant un appétit croissant des Français pour la préparation de leur retraite par capitalisation.
La répartition des encours : trois familles de PER
Les 141,1 milliards d'euros d'encours se répartissent en trois catégories distinctes :
- PER individuels (PERin) : 82,4 milliards d'euros, soit la majeure partie des encours, ouverts à tous les actifs indépendamment de leur situation professionnelle ;
- PER d'entreprise collectifs : 31,7 milliards d'euros, proposés par les employeurs à leurs salariés, souvent accompagnés d'abondements ;
- PER d'entreprise obligatoires : 27,1 milliards d'euros, destinés à certaines catégories de salariés de façon contrainte.
Cette répartition illustre la montée en puissance des PER individuels, qui représentent près de 58 % des encours totaux et témoignent d'une démarche proactive des épargnants.
Un moteur de financement de l'économie réelle
Au-delà du rôle d'épargne personnelle, le PER joue un rôle stratégique dans le financement de l'économie française. Plus de 80 % des actifs sont investis en France et dans l'Union européenne, tandis que plus de 60 % des encours financent directement les entreprises via des fonds propres ou de la dette privée. Plus de 5 milliards d'euros sont placés dans des actifs non cotés, incluant du capital-investissement dans des PME et ETI, des fonds d'infrastructure et des actions de petites capitalisations.
La loi Industrie Verte a renforcé cette orientation en 2024, en instaurant des seuils minimaux d'investissement en actifs non cotés pour les PER en gestion pilotée. À compter du 30 juin 2026, ces obligations s'appliqueront également aux PER collectifs et obligatoires : entre 6 % et 15 % des versements devront être orientés vers des fonds de l'économie réelle selon le profil de risque choisi.
Pourquoi les Français plébiscitent le PER
L'essor du PER s'explique par trois facteurs convergents :
L'inquiétude croissante pour la retraite
Selon une étude récente, 73 % des Français ne croient plus au maintien du système de retraite par répartition d'ici à 2050. Face aux déséquilibres démographiques et aux réformes répétées, de nombreux actifs ont pris conscience de la nécessité d'épargner en dehors du système obligatoire. Cette anxiété est un puissant catalyseur de souscription au PER.
Un avantage fiscal à l'entrée incomparable
Le principal atout du PER demeure sa fiscalité à l'entrée : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 10 % des revenus d'activité nets de frais professionnels, plafonnés à 37 680 euros en 2026. Pour un contribuable soumis à une tranche marginale d'imposition à 41 %, verser 10 000 euros sur un PER génère une économie d'impôt immédiate de 4 100 euros. Cet effet de levier fiscal reste sans équivalent parmi les produits d'épargne du marché.
Des rendements redevenus attractifs
Dans un contexte de baisse du Livret A à 1,5 % depuis le 1er février 2026, les fonds euros des PER affichent des performances nettement supérieures. Le rendement moyen des fonds euros PER s'est établi à 2,79 % en 2025, avec des performances allant de 2,60 % (AG2R La Mondiale) à 4 % (La France Mutualiste) selon les contrats. Le Crédit Agricole a servi 3,05 % à ses assurés PER, et la MAIF a également atteint ce seuil symbolique. L'écart de rendement entre le PER et l'épargne réglementée s'est ainsi creusé à plus de 1 point de pourcentage, rendant le premier nettement plus compétitif.
Les changements de la loi de finances 2026 : ce qui impacte votre PER
Promulguée le 19 février 2026, la loi de finances introduit un bilan contrasté pour les détenteurs de PER : des mesures pénalisantes d'un côté, une amélioration notable de l'autre.
La flat tax passe à 31,4 % : tous les PER concernés
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la Contribution sociale généralisée (CSG) de 9,2 % à 10,6 % sur les revenus du capital, au titre d'une nouvelle « Contribution pour le financement de l'autonomie » (CFA). Résultat : le Prélèvement forfaitaire unique (PFU), ou flat tax, est passé de 30 % à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026. Les prélèvements sociaux progressent quant à eux de 17,2 % à 18,6 %.
Cette hausse s'applique à l'ensemble des PER, sans exception. Contrairement à l'assurance-vie dont les prélèvements sociaux demeurent à 17,2 %, tous les Plans d'Épargne Retraite voient leur fiscalité à la sortie alourdie. En pratique, sur 10 000 euros de gains issus d'un PER, le surcoût fiscal s'élève à 140 euros. Sur un capital plus significatif de 50 000 euros d'intérêts, la charge supplémentaire atteint 700 euros.
« Il faut différencier ici l'épargne bancaire de l'épargne assurancielle. Le PER assurantiel et le PER bancaire sont tous deux touchés par la hausse de la CSG, mais leurs modalités de sortie diffèrent. » — Margot Vauquelin, Axa Épargne et Protection
Fin de la déductibilité après 70 ans
Mesure plus structurelle, la loi de finances 2026 supprime la déductibilité fiscale des versements effectués après l'âge de 70 ans. Le ministère de l'Économie justifie cette décision par la nécessité de mettre fin à une « optimisation fiscale excessive » qui profitait principalement aux patrimoines les plus importants, l'objectif premier d'un PER étant la préparation à la retraite et non la transmission patrimoniale.
Il reste toutefois possible d'effectuer des versements après 70 ans sur un PER, mais sans bénéfice fiscal immédiat. Les détenteurs proches de cet âge ont donc tout intérêt à maximiser leurs versements avant leur 70e anniversaire pour profiter pleinement du dispositif.
Une bonne nouvelle : le délai de report étendu à 5 ans
La loi de finances 2026 apporte également une amélioration bienvenue : le délai de report du plafond de déduction non utilisé est élargi de 3 à 5 ans, à compter du 1er janvier 2026. Concrètement, un salarié qui n'a pas utilisé tout son plafond de déduction lors d'une année peut désormais reporter ce reliquat sur les cinq années suivantes, contre trois auparavant.
Cette mesure offre davantage de souplesse pour les épargnants dont les revenus sont variables ou qui souhaitent réaliser des versements importants lors d'une année de revenus exceptionnels. Les plafonds non utilisés antérieurs à 2026 restent reportables sur trois ans selon les anciennes règles, la nouvelle mesure ne s'appliquant qu'aux droits acquis à partir de 2026.
Stratégies d'adaptation selon votre profil
Face à ces évolutions, les stratégies des épargnants doivent être révisées selon leur profil :
Pour les actifs de moins de 70 ans fortement imposés
Le PER reste le produit privilégié. L'avantage fiscal à l'entrée (déduction du revenu imposable) compense largement la hausse de la flat tax à 31,4 %. Un contribuable dans la tranche à 41 % qui verse 10 000 euros génère toujours une économie nette positive, même en tenant compte de la fiscalité à la sortie. Le plafond de report élargi à 5 ans permet d'optimiser les versements sur les années à revenus élevés.
Pour les épargnants proches de 70 ans
La fenêtre d'optimisation est désormais limitée. Les personnes âgées de 65 à 69 ans ont tout intérêt à saturer leurs plafonds de déduction avant d'atteindre 70 ans. Passé ce cap, il convient de se tourner vers l'assurance-vie, dont le cadre fiscal de transmission (abattement de 152 500 euros par bénéficiaire) offre des avantages spécifiques pour les successions.
Pour les faibles taux marginaux d'imposition
Les contribuables faiblement imposés (tranche à 11 % ou 0 %) peuvent envisager d'opter pour l'imposition au barème progressif plutôt qu'à la flat tax lors de la sortie en capital, ce qui pourrait s'avérer plus avantageux selon leur situation. Il convient dans ce cas de comparer les deux options, le taux effectif pouvant être inférieur à 31,4 %.
Le comparatif PER vs assurance-vie en 2026
La loi de finances 2026 a renforcé une divergence entre les deux principaux produits d'épargne longue :
- Flat tax PER : 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS) sur les gains à la sortie ;
- Flat tax assurance-vie : 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de PS) maintenue inchangée ;
- Avantage PER : déduction des versements à l'entrée (unique), meilleure performance des fonds euros selon les contrats ;
- Avantage assurance-vie : liquidité supérieure, cadre successoral favorable, prélèvements sociaux plus bas à la sortie.
L'assurance-vie demeure la solution de référence pour l'épargne flexible et la transmission patrimoniale. Le PER s'impose quant à lui pour les contribuables souhaitant réduire leur impôt sur le revenu immédiatement et préparer spécifiquement leur retraite.
Perspectives : le PER vers 150 milliards fin 2026 ?
Au rythme de collecte observé, le PER devrait franchir le cap des 150 milliards d'euros d'encours d'ici fin 2026. La baisse du Livret A à 1,5 % accentue l'attractivité des fonds euros PER, susceptibles de maintenir des rendements supérieurs à 2,5 % en 2026. Le contexte démographique et l'inquiétude persistante des Français pour leur retraite continueront d'alimenter la collecte.
Toutefois, les nouvelles contraintes fiscales de la loi de finances 2026 pourraient modérer la croissance des versements volontaires, notamment chez les épargnants de plus de 70 ans et ceux proches de la retraite qui réévalueront leurs arbitrages au profit de l'assurance-vie.
Ce qu'il faut retenir
- Le PER atteint 141,1 milliards d'euros d'encours au T3 2025 avec 12,7 millions de titulaires, en hausse de 19 % sur un an ;
- La flat tax passe à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, allégeant la compétitivité à la sortie face à l'assurance-vie ;
- La déductibilité des versements est supprimée après 70 ans : la fenêtre d'optimisation se referme pour les épargnants âgés ;
- Le délai de report du plafond de déduction est élargi à 5 ans, offrant plus de souplesse aux actifs à revenus variables ;
- Les fonds euros PER (2,79 % en moyenne en 2025) surpassent nettement le Livret A tombé à 1,5 % en février 2026.
Sources