Or : après une correction de 17 %, UBS y voit la meilleure opportunité d'achat de 2026
L'once d'or a plongé de 5 602 à 4 629 dollars en soixante jours. Pour UBS, ce recul constitue un point d'entrée rare, avec un objectif à 6 200 dollars d'ici la mi 2026.

Un recul de 17 % en soixante jours : que s'est il passé ?
Le 29 janvier 2026, l'once d'or atteignait un sommet historique à 5 602 dollars. Deux mois plus tard, le métal précieux s'échangeait autour de 4 629 dollars, soit une chute de plus de 1 100 dollars. Cette correction de 17 %, la plus brutale depuis le repli de 2013, a surpris par sa rapidité dans un contexte géopolitique pourtant favorable aux valeurs refuges.
Trois facteurs expliquent cette dégringolade. D'abord, la Réserve fédérale américaine a revu à la baisse ses projections de baisses de taux pour 2026 : là où les marchés anticipaient trois réductions, la Fed n'en envisage plus qu'une seule. Ensuite, les rendements réels des bons du Trésor américain à dix ans ont grimpé jusqu'à 2,08 %, augmentant le coût d'opportunité lié à la détention d'un actif non rémunéré. Enfin, l'indice du dollar a atteint son plus haut niveau depuis fin 2022, renchérissant le prix du métal pour les acheteurs hors zone dollar.
UBS prend le contre pied : objectif 6 200 dollars
Alors que de nombreux investisseurs quittent leurs positions, UBS Global Wealth Management publie un avis résolument haussier. Selon la stratège Joni Teves, le repli actuel sera « probablement de courte durée » et offre un point d'entrée stratégique. La banque suisse fixe un objectif à 6 200 dollars l'once d'ici la mi 2026, soit un potentiel de hausse de 34 % par rapport au cours actuel.
« Une croissance plus faible déclenchant des mesures de relance budgétaire et monétaire présente des risques haussiers pour l'or. »
Joni Teves, stratège chez UBS
UBS n'est d'ailleurs pas isolée dans cette conviction. J.P. Morgan vise 6 300 dollars en fin d'année 2026. Bank of America anticipe 6 000 dollars. BNP Paribas, par la voix de David Wilson, directeur de la stratégie matières premières, a relevé sa prévision moyenne de 27 % et identifie un pic probable au delà de 6 250 dollars. Wells Fargo se positionne dans une fourchette de 6 100 à 6 300 dollars.
Trois piliers structurels soutiennent la thèse haussière
Les banques centrales achètent sans relâche
Les achats d'or par les banques centrales constituent le premier pilier de la thèse d'UBS. En 2025, la demande institutionnelle a dépassé 1 200 tonnes, un niveau historique. Pour 2026, UBS anticipe des achats de l'ordre de 950 tonnes, en ligne avec l'année précédente.
La Banque nationale de Pologne a acquis 20 tonnes en février 2026, portant ses réserves totales à 570 tonnes, avec un objectif déclaré de 700 tonnes. Son gouverneur, Adam Glapiński, a même proposé de monétiser ces réserves pour générer 13 milliards de dollars destinés au budget de la défense. L'Ouzbékistan a ajouté 8 tonnes, la Malaisie 2 tonnes, tandis que la Chine poursuivait sa quinzième acquisition mensuelle consécutive.
Selon le World Gold Council, 43 % des autorités monétaires augmentent activement leurs réserves en or. Cette dynamique reflète une volonté de diversification loin du dollar, dans un contexte de tensions commerciales et de sanctions internationales.
Les flux vers les ETF atteignent des records
Les encours mondiaux des ETF adossés à l'or ont atteint 4 171 tonnes en février 2026, un sommet absolu. Les actifs sous gestion de ces fonds ont franchi le cap des 701 milliards de dollars. L'Amérique du Nord enregistre neuf mois consécutifs de collecte positive, avec 4,7 milliards de dollars supplémentaires en février. L'Asie prolonge sa série à six mois d'afflux continus, portés par le Japon et l'Inde.
Seule l'Europe fait exception, avec des rachats nets de 1,8 milliard de dollars, concentrés au Royaume Uni (1,9 milliard) et en Allemagne (291 millions). Cette divergence régionale suggère que les investisseurs européens ont matérialisé leurs gains tandis que leurs homologues américains et asiatiques renforcent leurs positions.
Un déficit structurel d'approvisionnement
La production minière mondiale a atteint 3 672 tonnes en 2025, en hausse de seulement 1 %. S&P Global prévoit un pic à 110 millions d'onces en 2026, suivi d'un déclin à 103 millions d'onces d'ici 2028. La demande totale a dépassé 4 974 tonnes en 2025, creusant un déficit de 1 312 tonnes comblé par le recyclage et les stocks existants.
Ce déséquilibre persiste depuis neuf années consécutives. Les gisements à faible coût s'épuisent, les délais d'obtention de permis s'allongent et aucune découverte majeure n'a été réalisée depuis l'an 2000. Ces contraintes structurelles posent un plancher solide sous les cours.
Le paradoxe de la crise iranienne
Depuis le déclenchement de la guerre entre les États Unis et l'Iran fin février, le Brent oscille au delà de 107 dollars le baril. Traditionnellement, un conflit armé d'une telle ampleur devrait propulser l'or vers de nouveaux records. Pourtant, le métal a reculé de près de 10 % en mars.
Ce paradoxe s'explique par la nature de la réponse des marchés. Le dollar et les bons du Trésor à courte échéance ont absorbé l'essentiel des flux de fuite vers la qualité, au détriment de l'or. La hausse des rendements réels, alimentée par les anticipations inflationnistes liées au pétrole, a renforcé l'attrait des obligations au détriment du métal non rémunéré.
Pour UBS, cette dynamique est temporaire. Dès que la Fed amorcera un assouplissement monétaire, la relation historique entre taux réels et cours de l'or devrait se rétablir. La banque projette deux baisses de taux de 25 points de base d'ici septembre 2026, ce qui ramènerait les rendements réels vers des niveaux plus favorables au métal précieux.
Perspectives historiques : les précédents sont encourageants
L'or a connu des corrections comparables par le passé. En 2013, le métal avait perdu 28 % en quelques mois avant d'entamer une phase de consolidation pluriannuelle entre 1 200 et 1 400 dollars, puis un cycle haussier qui l'a mené au delà de 2 075 dollars en août 2020. La correction de 2020 (10 %) s'était résorbée en quelques semaines, portée par les taux zéro et les programmes de rachat d'actifs.
Le contexte actuel présente des similarités structurelles avec ces épisodes : dette publique américaine en expansion, politique budgétaire expansionniste, et banques centrales émergentes engagées dans une diversification de long terme. La différence majeure tient aux volumes d'achat institutionnel, sans précédent historique.
Que signifie cette correction pour les épargnants français ?
En France, le cours du kilogramme d'or oscillait entre 130 000 et 135 000 euros début 2026, selon le consensus des grandes banques. La correction offre une fenêtre d'entrée pour les épargnants souhaitant intégrer le métal à leur stratégie patrimoniale.
UBS recommande une allocation de 8 à 10 % du portefeuille pour les profils conservateurs, ramenée à 3 à 5 % pour les profils dynamiques. Cette recommandation s'adresse à des investisseurs cherchant une couverture contre l'inflation et la volatilité des marchés, plutôt qu'un rendement courant.
Plusieurs véhicules permettent de s'exposer à l'or sans détenir le métal physique : les ETF (comme le SPDR Gold Shares), les fonds indiciels spécialisés ou les certificats. L'or physique (pièces, lingots) reste une option pour ceux qui privilégient la détention directe, avec des considérations fiscales propres au régime français des plus values sur métaux précieux.
Les signaux à surveiller dans les semaines à venir
La semaine du 6 au 10 avril 2026 s'annonce déterminante. La publication du CPI américain de mars, le 10 avril, donnera une lecture actualisée de la trajectoire inflationniste. Les minutes du FOMC, attendues le 8 avril, pourraient clarifier le positionnement de la Fed face au choc pétrolier. Le PCE (indice des prix des dépenses de consommation personnelle) du 9 avril complétera le tableau.
Si l'inflation dépasse les attentes, la Fed pourrait reporter toute baisse de taux, maintenant la pression sur l'or à court terme. À l'inverse, des signes de ralentissement économique conjugués à une inflation contenue ouvriraient la voie au scénario d'assouplissement monétaire favorable au métal.
Le niveau technique de 4 400 dollars constitue un support majeur identifié par UBS. Une cassure durable sous ce seuil invaliderait le scénario haussier à court terme, tandis qu'un franchissement des 5 200 dollars confirmerait le retour dans une dynamique ascendante.
Synthèse : un pari sur la patience
La correction de 17 % du cours de l'or ne remet pas en cause les fondamentaux qui ont porté le métal à des niveaux records. Les achats massifs des banques centrales, la demande soutenue via les ETF et les contraintes structurelles d'approvisionnement forment un socle solide. Le consensus des grandes banques converge vers un objectif supérieur à 6 000 dollars d'ici la fin 2026.
La question n'est pas de savoir si l'or retrouvera ses sommets, mais quand. Pour les investisseurs disposés à absorber la volatilité de court terme, les niveaux actuels pourraient effectivement représenter, comme le suggère UBS, la meilleure opportunité d'achat de l'année.

