Buffett refuse d'acheter la baisse : 381 milliards de dollars attendent en embuscade
Warren Buffett qualifie la correction boursière liée à la guerre en Iran de « rien du tout ». Avec plus de 350 milliards de dollars en bons du Trésor, Berkshire Hathaway reste à l'affût d'un véritable effondrement pour déployer son arsenal financier.

Le plus grand investisseur du monde dit « non » au marché
Warren Buffett, 95 ans, a tranché. Lors d'une interview exclusive accordée à CNBC le 31 mars 2026, le président de Berkshire Hathaway a déclaré sans ambiguïté que la correction actuelle des marchés ne l'intéressait pas. « This is nothing to make you get excited and think there's huge valuation », a lancé l'investisseur légendaire, balayant d'un revers de main une baisse du S&P 500 de plus de 4 % depuis fin février.
Pour Buffett, les reculs de 5 % ou 6 % observés depuis le début du conflit iranien ne constituent pas une opportunité. « We aren't in it to make five or six percent », a précisé le milliardaire d'Omaha. À titre de comparaison, il rappelle que Berkshire a traversé trois baisses supérieures à 50 % au cours de son histoire, et que seules des corrections de cette ampleur méritent une mobilisation massive de capitaux.
Une forteresse de liquidités sans précédent
Les chiffres donnent le vertige. Berkshire Hathaway détient actuellement plus de 350 milliards de dollars en trésorerie et bons du Trésor américain, un niveau record dans l'histoire de la finance d'entreprise. Lors de l'interview, Buffett a révélé que Berkshire avait acquis 17 milliards de dollars de bons du Trésor en une seule semaine, faisant du conglomérat l'un des plus gros acheteurs sur le marché des T-bills.
Ce trésor de guerre s'est constitué méthodiquement. Sur les douze derniers trimestres, Berkshire a vendu pour 184 milliards de dollars d'actions nettes, réduisant notamment ses positions dans Apple, Bank of America et Amazon (dont 77 % de la position a été cédée au quatrième trimestre 2024). La trésorerie totale est passée de 128,6 milliards fin 2022 à 381,7 milliards fin 2025.
Pourquoi une telle prudence ?
Le ratio CAPE (Shiller) du S&P 500 se situe à 39,42, son deuxième plus haut niveau historique après la bulle Internet de 1999. Le ratio cours/bénéfices prévisionnel oscille entre 22,5 et 27,9 fois, bien au delà du seuil de 23 fois que Buffett considère comme précurseur de rendements médiocres. Chaque fois que le ratio CAPE a atteint un sommet au cours des 25 dernières années, le S&P 500 a ensuite subi des baisses significatives.
Apple : « J'ai vendu trop tôt, mais j'ai acheté encore plus tôt »
L'une des révélations les plus marquantes de l'interview concerne Apple. Buffett admet avoir vendu « trop tôt » sa position dans le fabricant de l'iPhone, tout en soulignant que les gains dépassent 100 milliards de dollars avant impôts. « It's not impossible that Apple would get to a price we would buy a lot of it, but not in this market », a précisé le milliardaire.
Apple reste la plus grande participation boursière de Berkshire. Buffett la considère comme une entreprise de consommation, pas comme une société technologique, et estime qu'elle « is better than any business we own outright ». Il a salué Tim Cook pour sa gestion exceptionnelle, déclarant que « Tim Cook has done better with the hand than Steve Jobs », tout en reconnaissant que Cook n'aurait pas pu créer ce que Jobs avait bâti.
Greg Abel aux commandes : continuité et premiers pas audacieux
Depuis le 1er janvier 2026, Greg Abel occupe le fauteuil de directeur général de Berkshire Hathaway. Buffett, qui se rend toujours au bureau chaque jour, a reconnu avec humour que son successeur « covers more ground in a day than I would in a week, even when I was at my peak ».
Abel a rapidement imprimé sa marque. Première opération majeure : l'acquisition d'OxyChem (la branche chimie d'Occidental Petroleum) pour 9,7 milliards de dollars, finalisée le 2 janvier 2026. Le nouveau patron a également relancé les rachats d'actions, suspendus depuis mai 2024, et investi personnellement 14,6 millions de dollars en actions Berkshire de catégorie A, soit l'équivalent de son salaire annuel après impôts.
Par ailleurs, Abel a initié un investissement de 1,8 milliard de dollars dans l'assureur japonais Tokio Marine, prolongeant la stratégie japonaise initiée par Buffett en 2019. Malgré ces mouvements, Buffett conserve un droit de veto : « If Greg differed with me on anything, we wouldn't be doing it ».
Le système bancaire, véritable sujet d'inquiétude
Interrogé sur les risques macroéconomiques, Buffett a détourné la conversation vers le système bancaire. « JPMorgan in the last couple annual reports reported doing $10 trillion of business per day. That's an unsecured policy », a observé le milliardaire, rappelant qu'en 2008, les plus grandes banques d'investissement ne répondaient plus au téléphone lorsque la panique s'installait.
Buffett a comparé les marchés à un théâtre en feu : « When people are scared, they're scared. If you yell fire in a crowded theater, everybody runs. When people come back, they come in one at a time ». Sur le crédit privé, il a refusé de se prononcer : « I don't think I know », tout en soulignant que Berkshire ne détient ni fonds monétaires, ni papier commercial, uniquement des bons du Trésor, la seule « monnaie légale ».
L'inflation, priorité absolue pour la Fed
Le président de Berkshire a exprimé son souhait que la Réserve fédérale adopte un « objectif d'inflation zéro ». « Once you start saying you're going to tolerate 2 percent, that compounds pretty dramatically over time », a expliqué Buffett. Il a salué Jay Powell et Paul Volcker comme ses « héros » à la Fed, estimant que l'intervention de Powell en mars 2020 avait évité un désastre en agissant avant que « the dominoes start toppling ».
Une stratégie validée par les faits
Les sceptiques ont longtemps critiqué l'accumulation de liquidités par Buffett, arguant qu'elle faisait manquer le rallye technologique alimenté par l'intelligence artificielle. Les chiffres leur donnent tort. Depuis le début de l'année 2026, l'action Berkshire Hathaway a progressé d'environ 12 %, tandis que le S&P 500 a reculé d'environ 11 %. Cet écart de performance de près de 23 points de pourcentage constitue l'une des surperformances les plus spectaculaires de l'histoire récente du conglomérat.
Le Dow Jones a perdu 3,88 % depuis janvier, le Nasdaq 5,84 %, et le S&P 500 4,02 %. La guerre en Iran, avec le pétrole brut Brent oscillant autour de 109 dollars le baril et la fermeture partielle du détroit d'Ormuz, a amplifié la volatilité. Les investisseurs qui ont suivi la discipline de Buffett, privilégiant la patience à l'action, récoltent aujourd'hui les fruits de cette approche.
Ce que signale le « non » de Buffett pour les épargnants
Pour les investisseurs particuliers français, le message de Buffett est limpide. Le marché américain reste cher, même après plusieurs semaines de correction. Le ratio CAPE à 39, la guerre au Moyen Orient et l'incertitude sur la politique monétaire de la Fed (qui a réduit ses projections de trois baisses de taux à une seule pour 2026) composent un cocktail défavorable à l'achat impulsif.
Toutefois, le « non » de Buffett n'est pas un appel à fuir les marchés. L'investisseur de 95 ans a rappelé que « the American capitalism system works » et que quiconque achète un panier d'actions diversifié pour le conserver 50 ans « is going to do fine ». La nuance : aujourd'hui, les prix ne récompensent pas suffisamment le risque. « People think they know what the market's going to do. That's just crazy », a conclu Buffett, invitant les investisseurs à se concentrer sur la valeur intrinsèque des entreprises plutôt que sur les mouvements de marché à court terme.
Quand Berkshire passera à l'action
Le signal d'achat viendra quand les marchés subiront une baisse de type 2008, pas une simple correction de 5 %. Avec plus de 350 milliards de dollars prêts à être déployés, Berkshire Hathaway est positionné pour réaliser des acquisitions transformatrices au moment où la peur submergera Wall Street. En attendant, 17 milliards de dollars de bons du Trésor sont achetés chaque semaine, et Buffett attend, fidèle à sa philosophie : « Be fearful when others are greedy, and greedy when others are fearful ».