Négociations commerciales à Paris : les États-Unis et la Chine posent les bases du sommet Trump-Xi
Les secrétaires au Trésor américain Scott Bessent et le vice-Premier ministre chinois He Lifeng ont négocié plus de six heures au siège de l'OCDE à Paris. Objectif : préparer la visite de Trump à Pékin fin mars, la première d'un président américain en près d'une décennie.

Les deux premières puissances économiques mondiales ont choisi Paris comme théâtre de leur sixième cycle de négociations commerciales. Dimanche 15 mars, le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, le représentant au Commerce Jamieson Greer et le vice-Premier ministre chinois He Lifeng se sont retrouvés au siège de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour plus de six heures de discussions qualifiées de « remarquablement stables » par des sources proches du dossier. L'enjeu : baliser le terrain avant la visite de Donald Trump à Pékin, prévue du 31 mars au 2 avril, première d'un président américain en Chine depuis près d'une décennie.
Deux mécanismes inédits pour encadrer les échanges
Au cœur des pourparlers figure la création de deux instances bilatérales sans précédent. Le « Board of Trade » (Conseil du commerce), le plus avancé des deux projets, vise à identifier les secteurs et les produits sur lesquels Washington et Pékin pourraient accroître leurs échanges de manière équilibrée, sans compromettre la sécurité nationale ni fragiliser les chaînes d'approvisionnement critiques. Le « Board of Investment » (Conseil de l'investissement), quant à lui, traiterait de « questions d'investissement ponctuelles » entre les deux pays, sans pour autant fixer de cadre réglementaire global. Des discussions techniques sur ces deux propositions étaient programmées dès le lundi 16 mars.
Agriculture et minerais critiques au menu
Les échanges ont porté sur plusieurs dossiers sensibles. Côté agricole, la Chine a réitéré son engagement d'acheter 25 millions de tonnes métriques de soja américain par an pendant trois ans, conformément à la trêve conclue entre Trump et Xi à Busan (Corée du Sud) en octobre 2025. La délégation chinoise a également montré une « ouverture à des achats supplémentaires potentiels » de volaille, de bœuf et de cultures autres que le soja, selon Reuters.
Sur le front des minerais critiques, les deux parties ont « trouvé des moyens d'assouplir » certains dossiers, sans que des détails précis ne soient communiqués. L'accès de l'industrie aérospatiale américaine à l'yttrium produit en Chine, un métal rare utilisé dans les revêtements de turbines de moteurs à réaction, constitue l'un des points de friction les plus aigus. Depuis que Pékin a élargi ses contrôles à l'exportation en avril 2025, les livraisons d'yttrium vers les États-Unis ont chuté à seulement 17 tonnes en huit mois, contre 333 tonnes sur la période équivalente précédant les restrictions. Le prix de ce minerai a été multiplié par 69 en un an.
Un contexte commercial toujours sous haute tension
Ces négociations interviennent dans un paysage tarifaire complexe. Après que la Cour suprême américaine a invalidé en février 2026 l'utilisation de l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour imposer des droits de douane, l'administration Trump a lancé de nouvelles enquêtes au titre de la Section 301 du Trade Act de 1974. Annoncées le 11 mars, ces investigations ciblent 16 partenaires commerciaux, dont la Chine et l'Union européenne, sur les thèmes de la surcapacité industrielle et du travail forcé. Le taux tarifaire effectif sur les produits chinois importés aux États-Unis reste proche de 30 %, le plus élevé appliqué à tout pays.
Parallèlement, l'excédent commercial chinois a atteint un niveau record de 213,62 milliards de dollars sur les deux premiers mois de 2026, porté par une hausse des exportations de 21,8 % sur un an. Cette dynamique illustre les limites des leviers tarifaires face à la compétitivité structurelle de l'appareil productif chinois.
La diplomatie de la tension calibrée
La tonalité des négociations tranche avec l'escalade rhétorique des derniers mois. Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, a évoqué « une grande année pour les relations sino-américaines » et souligné que « l'agenda des échanges de haut niveau est déjà sur la table ». Côté américain, Bessent a insisté sur la « priorité accordée aux agriculteurs, travailleurs et entreprises américains ».
Les analystes restent prudents. Scott Kennedy, du Center for Strategic and International Studies (CSIS), estime que « les deux camps ont un objectif minimal : organiser une rencontre qui maintienne la cohésion et évite la rupture ». Wendy Cutler, ancienne négociatrice américaine aujourd'hui à l'Asia Society, note que les résultats concrets pourraient être « étalés et déployés tout au long de l'année » au fil des sommets bilatéraux prévus : la visite de Trump à Pékin, un sommet de l'APEC organisé par la Chine en novembre et un G20 accueilli par les États-Unis en décembre.
Le dossier iranien s'invite dans l'équation
La dimension géopolitique déborde le strict cadre commercial. Dans un entretien avec le Financial Times publié le 16 mars, Trump a conditionné sa visite à Pékin au soutien de la Chine pour débloquer la crise du détroit d'Ormuz, indiquant que les deux parties pourraient « repousser » le sommet. Washington a bombardé des cibles militaires sur l'île de Kharg, principal hub d'exportation pétrolière iranien, et menace d'étendre ses frappes aux infrastructures énergétiques si Téhéran entrave le transit maritime. Le pétrole Brent et le WTI ont bondi de plus de 11 % et 8 % respectivement sur la semaine, aggravant les pressions inflationnistes mondiales et réduisant les anticipations de baisse des taux de la Réserve fédérale.
Quelles implications pour les investisseurs européens ?
Pour les épargnants et investisseurs français, les retombées de ces négociations sont multiples. L'Europe figure parmi les 16 cibles des nouvelles enquêtes Section 301, ce qui expose directement les exportateurs européens à un risque tarifaire accru. Le CAC 40, qui a reculé lors de trois semaines consécutives, reste sous pression entre les tensions pétrolières et l'incertitude commerciale.
Le dossier des minerais critiques concerne aussi l'Union européenne : la Chine contrôle 90 % de la capacité mondiale de raffinage des terres rares et 93 % de la production d'aimants permanents. Toute avancée dans les négociations bilatérales entre Washington et Pékin sur ce sujet pourrait modifier l'accès européen à ces matériaux stratégiques, essentiels pour les secteurs de la défense, de l'aérospatial et de la transition énergétique.
Les marchés surveilleront dans les prochains jours les résultats des discussions techniques sur le Board of Trade et le Board of Investment, ainsi que tout signal sur le maintien ou le report de la visite présidentielle à Pékin. Un accord, même symbolique, lors du sommet Trump-Xi pourrait offrir un catalyseur haussier aux marchés mondiaux. À l'inverse, un report ou un échec des pourparlers amplifierait la volatilité dans un contexte déjà fragilisé par la crise du détroit d'Ormuz et la remontée des prix de l'énergie.