Morgan Stanley voit le plancher du S&P 500 et mise sur les cycliques
Michael Wilson, stratège en chef de Morgan Stanley, estime que le S&P 500 a atteint son point bas dans la zone des 6 300 à 6 500 points. Sa recommandation : adopter une approche « barbell » combinant valeurs cycliques et grandes capitalisations technologiques.

Le stratège en chef actions américaines de Morgan Stanley, Michael Wilson, vient de livrer une analyse qui tranche avec le pessimisme ambiant. Selon lui, le S&P 500 est en train de former un plancher et ne devrait plus reculer significativement sous les niveaux récents. Une prise de position audacieuse, alors que les indices restent sous pression géopolitique et que la menace d'un choc pétrolier continue de planer sur les marchés.
Le diagnostic de Wilson : un plancher en construction
« Nous pensons que le S&P 500 est en train de former un point bas et qu'il est judicieux de commencer à renforcer les positions sur les valeurs cycliques et de croissance de qualité, là où les résultats restent solides, les valorisations se sont comprimées et le sentiment est négatif », a déclaré Michael Wilson dans sa note publiée lundi. L'indice phare de Wall Street s'échange actuellement autour de 6 580 points, après avoir rebondi depuis la zone de support identifiée entre 6 300 et 6 500 points.
Wilson souligne que le marché haussier américain, amorcé en avril 2025 après une « récession roulante » entre 2022 et 2025, reste intact. Le ratio cours/bénéfices anticipé du S&P 500 s'est contracté de 18 % au cours des six derniers mois, une ampleur de correction qui, historiquement, n'a été dépassée que lors de récessions avérées ou de cycles de resserrement monétaire. Or, aucun de ces deux scénarios ne constitue le cas de base de Morgan Stanley.
Les Magnificent Seven au plus bas de leur fourchette de valorisation
L'un des arguments centraux de Wilson repose sur la valorisation des sept géants technologiques. Les Magnificent Seven se négocient actuellement à environ 24 fois les bénéfices anticipés, contre 22 fois pour les valeurs de consommation de base. La différence peut sembler modeste, mais la croissance bénéficiaire des Magnificent Seven est plus de trois fois supérieure à celle du secteur de la consommation de base.
Plus frappant encore : cette valorisation place les Magnificent Seven au 2e percentile de leur fourchette historique depuis 2023. Autrement dit, ces titres n'ont presque jamais été aussi peu chers en termes relatifs. Pour Wilson, cela représente « une opportunité particulièrement attractive » pour les investisseurs prêts à regarder au delà de la volatilité à court terme.
La stratégie « barbell » : cycliques d'un côté, technologie de l'autre
La recommandation concrète de Morgan Stanley prend la forme d'une approche dite « barbell », combinant deux types de paris complémentaires. D'un côté, les valeurs cycliques : le secteur financier, la consommation discrétionnaire et les industrielles à cycle court. Ces secteurs bénéficieraient en premier lieu d'une stabilisation économique et d'une éventuelle détente sur les prix de l'énergie.
De l'autre côté du barbell, les valeurs de croissance de qualité, en particulier les hyperscalers (Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud). Ces entreprises affichent une résilience de leurs résultats même dans un environnement macroéconomique difficile, tout en conservant des perspectives de croissance liées à l'intelligence artificielle.
Trois scénarios conditionnés par le pétrole
Serena Tang, stratège cross actifs chez Morgan Stanley, complète l'analyse de Wilson en identifiant le prix du pétrole comme la variable déterminante pour les marchés. Trois scénarios se dessinent :
- Désescalade (Brent entre 80 et 90 dollars) : un environnement favorable aux actions, avec baisse des rendements obligataires et leadership des cycliques. C'est le scénario le plus favorable pour la stratégie barbell de Wilson.
- Tension prolongée (Brent entre 100 et 110 dollars) : le S&P 500 oscille dans une large bande de fluctuation. Les valeurs de qualité surperforment dans ce contexte de volatilité élevée.
- Choc sévère (Brent au dessus de 150 dollars) : un positionnement défensif s'impose, avec un basculement vers les obligations et le cash. Actions et obligations pourraient alors chuter simultanément, rendant les portefeuilles 60/40 traditionnels inopérants.
Les contrepoints : Goldman Sachs et JP Morgan restent prudents
L'optimisme de Wilson ne fait pas l'unanimité à Wall Street. Goldman Sachs a relevé fin mars sa probabilité de récession à 30 %, contre 25 % auparavant, citant le « choc de croissance » lié aux prix élevés de l'énergie. La banque anticipe une inflation PCE à 3,1 % en décembre 2026 et a réduit sa prévision de croissance du PIB américain à 2,1 %. Goldman maintient toutefois son anticipation de deux baisses de taux de 25 points de base en septembre et décembre, ramenant le taux directeur à 3 % en fin d'année.
JP Morgan se montre encore plus prudent, ayant abaissé son objectif de fin d'année pour le S&P 500 de 7 500 à 7 200 points, avec un scénario baissier à 6 000 points. La banque attribue une probabilité de 35 % à une récession américaine et mondiale en 2026, un niveau nettement supérieur à la moyenne historique.
Les données économiques : un tableau contrasté
Wilson s'appuie sur plusieurs indicateurs encourageants pour étayer sa thèse. L'indice PMI manufacturier ISM de mars est ressorti à 52,7 points, au dessus du consensus et en zone d'expansion. Le revenu par chambre disponible des hôtels américains a progressé de 8 % sur six mois, un signal positif pour la consommation discrétionnaire.
Le rapport sur l'emploi de mars a également réservé une bonne surprise, avec 178 000 créations de postes contre 65 000 attendues par les économistes. Ce dynamisme du marché du travail réduit la probabilité d'une récession imminente et conforte la thèse d'un atterrissage en douceur.
Le seuil critique : le rendement du Treasury à 4,50 %
Wilson identifie un seuil technique à surveiller de près : le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans à 4,50 %. Au delà de ce niveau, les multiples de valorisation des actions subissent une pression significative. Historiquement, un franchissement durable de ce seuil a toujours coïncidé avec des périodes de compression des ratios cours/bénéfices.
Un autre indicateur clé est l'indice MOVE (volatilité obligataire) : un passage au dessus de 130 à 140 a historiquement déclenché une intervention accommodante de la part des banques centrales. Ce niveau constitue donc une forme de filet de sécurité pour les marchés actions.
Perspectives historiques : les corrections de mi mandat
Le contexte des élections de mi mandat aux États Unis apporte un éclairage historique précieux. Depuis la création du S&P 500 en 1957, l'indice est entré en correction lors de 12 des 17 années d'élections de mi mandat, soit une probabilité de 70 %. Le recul moyen en cours d'année atteint 18 %, mais le rebond qui suit est généralement rapide.
Les prévisions de FactSet tablent sur une croissance bénéficiaire de 17 % pour le S&P 500 en 2026 et à nouveau 17 % en 2027. Si ces estimations se vérifient, elles constitueraient un puissant rempart contre un marché baissier prolongé. Les corrections profondes (supérieures à 20 %) nécessitent en effet une contraction des bénéfices, un scénario qui n'est pas le consensus actuel.
Ce que cela signifie pour les investisseurs européens
Pour les épargnants français exposés aux marchés américains via des ETF ou des fonds diversifiés, l'analyse de Morgan Stanley offre un cadre d'action concret. Le CAC 40, qui évolue autour de 7 800 points avec une prévision de fin avril à 7 797 points, affiche des valorisations encore plus attractives que Wall Street. Frédéric Leguay d'Ostrum AM cible 9 % de croissance des profits pour les entreprises européennes en 2026.
La stratégie barbell peut se transposer au marché européen : des valeurs bancaires et industrielles cycliques d'un côté (BNP Paribas, Schneider Electric, Saint Gobain) et des leaders technologiques de l'autre (ASML, SAP, Dassault Systèmes). L'enjeu pour les prochaines semaines reste l'évolution du conflit au Proche Orient et son impact sur les prix de l'énergie, variable déterminante pour la trajectoire des marchés des deux côtés de l'Atlantique.
Les signaux à surveiller
Plusieurs indicateurs méritent une attention particulière dans les semaines à venir. Le pourcentage d'actions du S&P 500 au dessus de leur moyenne mobile à 200 jours, tombé sous 50 % mi mars, devra repasser durablement au dessus de ce seuil pour confirmer la thèse du plancher. La saison des résultats du premier trimestre 2026, qui débute cette semaine avec les grandes banques américaines (JPMorgan, Bank of America), fournira un test décisif pour les estimations de croissance bénéficiaire.
Les négociations de cessez le feu entre l'Iran et les États Unis, avec une proposition de trêve de 45 jours actuellement sur la table, représentent le catalyseur le plus immédiat. Une désescalade validerait le scénario favorable de Morgan Stanley et ouvrirait la voie à un rebond significatif des actifs risqués.

