La plus grande journée de résultats de l'histoire technologique
Ce mercredi 29 avril 2026 restera dans les annales boursières. Pour la première fois, quatre des cinq plus grandes capitalisations mondiales publient leurs résultats trimestriels le même jour : Meta Platforms, Microsoft, Alphabet et Amazon. Ensemble, ces entreprises représentent environ 25 % de la capitalisation du S&P 500 et ont engagé, pour la seule année 2026, entre 640 et 670 milliards de dollars en dépenses d'infrastructure liées à l'intelligence artificielle.
Les marchés européens ont anticipé l'événement avec nervosité. Le CAC 40 a reculé de 0,6 % le 28 avril, le DAX allemand de 0,7 %, reflétant une prudence généralisée avant un verdict que beaucoup d'investisseurs qualifient de décisif pour la trajectoire des marchés actions en 2026.
Le décompte des paris : qui dépense combien et pour quoi ?
L'ampleur des engagements financiers reste sans précédent dans l'histoire industrielle récente. Amazon mène la course avec environ 200 milliards de dollars de dépenses d'investissement prévues en 2026, soit une hausse de près de 60 % par rapport à 2025, orientée massivement vers les centres de données, les puces propriétaires et les réseaux haute vitesse. Alphabet suit avec une enveloppe de 175 à 185 milliards de dollars, Meta avec 115 à 135 milliards, et Microsoft avec environ 150 milliards sur son exercice fiscal en cours.
Morgan Stanley estime que les hyperscalers devront emprunter collectivement environ 400 milliards de dollars en 2026 pour financer une partie de ces dépenses, marquant un glissement du financement par les flux de trésorerie vers un financement par la dette. Cette dynamique a renforcé la pression sur les équipes dirigeantes pour démontrer un retour sur investissement mesurable dès ce trimestre.
Ce que les marchés attendent entreprise par entreprise
Meta Platforms : la publicité doit absorber le choc capex
Meta a guidé un chiffre d'affaires de 53,5 à 56,5 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, avec un consensus analytique centré sur 55,49 milliards, soit une croissance annuelle de 31,2 %. Le bénéfice par action attendu ressort à 6,67 dollars. La vraie question porte sur les marges opérationnelles : elles ont déjà subi une compression de 700 points de base sur un an, avec des pertes de la division Reality Labs maintenues à 19,2 milliards de dollars annuels.
Les produits publicitaires intégrant l'IA, notamment les campagnes Advantage+, affichent des réductions de coût par action d'environ 9 % selon les données internes. Morningstar anticipe une croissance publicitaire proche de 30 % au trimestre, soutenue par un effet de change favorable de 4 %. Le sentiment analytique reste constructif : 61 notes d'achat, 6 neutres, aucune vente, pour un objectif de cours moyen de 855 dollars. Polymarket accordait une probabilité de 93 % à un dépassement des attentes de bénéfice par action.
Microsoft : Azure et la rupture avec OpenAI en toile de fond
Microsoft publie ses résultats du troisième trimestre fiscal 2026 dans un contexte marqué par une restructuration majeure de son partenariat avec OpenAI, annoncée le 27 avril 2026. L'accord révisé supprime la licence exclusive de Microsoft sur les modèles OpenAI, convertie en licence non exclusive jusqu'en 2032. Microsoft cesse par ailleurs de verser une commission de revenu à OpenAI, tandis que OpenAI continue de reverser 20 % de ses revenus à Microsoft jusqu'en 2030, désormais soumis à un plafond global.
Sur le plan opérationnel, Azure affiche une croissance de 40 % sur un an pour le premier trimestre fiscal 2026, les services d'IA représentant désormais plus d'un cinquième du chiffre d'affaires cloud. Le titre Microsoft accuse un recul de 12 % depuis le début de l'année 2026, ce qui le distingue nettement de ses pairs : Meta progressait de 29 %, Amazon de 31 % et Alphabet de 28 % sur le seul mois précédant les résultats.
Alphabet : Google Cloud doit franchir les 50 %
Le consensus table sur un chiffre d'affaires de 106,89 milliards de dollars pour Alphabet au premier trimestre 2026, en hausse de 19 % sur un an, avec un bénéfice par action de 2,63 dollars. La division Google Cloud est scrutée de près : les analystes projettent 18,4 milliards de dollars de revenus, soit une croissance de 49,6 % sur un an, accélération par rapport aux 48 % enregistrés au quatrième trimestre 2025.
La pression inflationniste sur le résultat net est notable : le BPA devrait reculer d'environ 6,4 % sur un an en raison de l'accélération des amortissements liés aux investissements en IA. Les options de marché impliquent un mouvement post-résultats de 5,63 % dans un sens ou l'autre, soit près de quatre fois la volatilité historique habituelle d'Alphabet après publication (1,44 %). TD Cowen a relevé son objectif de cours à 375 dollars.
Amazon : AWS doit prouver son avance concurrentielle
Amazon devrait afficher un chiffre d'affaires de 177 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en hausse de 13 % sur un an. L'attention se concentre sur AWS, où les analystes attendent une croissance de l'ordre de 26 % pour atteindre environ 36,8 milliards de dollars, confirmant une accélération en cours depuis trois trimestres consécutifs. Le PDG Andy Jassy a révélé en avril 2026 que le segment IA d'AWS génère déjà un chiffre d'affaires annualisé supérieur à 15 milliards de dollars, adossé à un partenariat élargi avec Anthropic valorisé à 25 milliards de dollars pour 5 GW de puissance de calcul.
Le débat de fond : retour sur investissement ou bulle de capex ?
La question qui traverse les salles de marchés n'est plus de savoir si les géants technologiques doivent investir dans l'IA, mais si ces investissements génèrent suffisamment de revenus pour justifier les niveaux de valorisation actuels. Certains analystes comparent la situation au déploiement des fibres optiques à la fin des années 1990 : une infrastructure qui a créé une valeur considérable à long terme, mais qui a infligé plusieurs années de surcapacité aux investisseurs précoces.
La réalité opérationnelle tempère le scepticisme : Azure croît à 40 % par an, AWS accélère à 26 %, et Google Cloud franchit le seuil symbolique des 50 % de croissance annuelle. Les services d'IA représentent déjà plus d'un cinquième des revenus cloud de Microsoft. Ces données suggèrent que la monétisation est engagée, même si son rythme reste inférieur au niveau de dépenses consenties.
Le modèle économique sous-jacent demeure néanmoins fragile à court terme. Meta a vu ses marges opérationnelles se contracter de 700 points de base en un an sous l'effet du doublement de ses dépenses d'investissement. Pour les investisseurs en actions, la question est celle du calendrier : à quel horizon ces dépenses se transforment-elles en bénéfices par action croissants plutôt qu'en dilution de la rentabilité actuelle ?
L'impact pour les épargnants français exposés aux marchés américains
Pour les investisseurs français, l'enjeu est direct. Les ETF répliquant le S&P 500, le Nasdaq 100 ou le MSCI World (parmi les véhicules d'investissement les plus populaires en assurance-vie et en plan d'épargne en actions) sont exposés à ces quatre valeurs à hauteur de 15 à 25 % selon l'indice de référence. Un mouvement post-résultats de 5 % sur Alphabet, seul, peut déplacer l'indice Nasdaq 100 d'environ 0,7 %.
La saison de résultats américaine du premier trimestre 2026 progresse favorablement dans l'ensemble : parmi les entreprises du S&P 500 ayant déjà publié, 84 % ont dépassé les attentes de bénéfice par action. Ce contexte positif constitue un soutien pour les marchés, mais la concentration des attentes sur cette seule journée du 29 avril en amplifie la portée.
Ce qu'il faut surveiller dans les publications de ce soir
Quatre métriques concentreront l'attention des marchés dès la clôture de Wall Street ce 29 avril 2026. Pour Meta : la croissance publicitaire (objectif 30 % ou plus) et tout commentaire sur les marges opérationnelles pour les trimestres à venir. Pour Microsoft : le taux de croissance d'Azure (objectif de franchissement du seuil de 40 %) et les premières implications chiffrées de la restructuration du partenariat OpenAI. Pour Alphabet : la croissance de Google Cloud (objectif de franchissement de 50 %) et la résistance de la publicité Search face à l'intégration des résumés IA. Pour Amazon : le taux de croissance d'AWS (objectif de maintien à 26 % ou plus) et tout ajustement de l'enveloppe capex de 200 milliards.
Les résultats seront publiés après la fermeture des marchés américains, avec des conférences téléphoniques pour chaque groupe dans la soirée. Les marchés asiatiques, qui ouvrent en premier le 30 avril, donneront le premier signal de réaction globale avant l'ouverture des Bourses européennes.
Sources