Franklin Templeton et Ondo Finance tokenisent cinq ETF : Wall Street bascule sur la blockchain
Le géant de la gestion d'actifs Franklin Templeton (1 700 milliards de dollars sous gestion) s'associe à Ondo Finance pour proposer cinq ETF tokenisés sur la blockchain, accessibles 24h/24 sans compte de courtage. Une avancée majeure pour la démocratisation de l'investissement.

Le 25 mars 2026, Franklin Templeton, l'un des plus grands gestionnaires d'actifs au monde avec 1 700 milliards de dollars sous gestion, a officialisé un partenariat stratégique avec Ondo Finance pour tokeniser cinq de ses fonds négociés en bourse (ETF). Cette annonce intervient le jour même où le Congrès américain tenait une audition historique sur la tokenisation des valeurs mobilières, confirmant l'accélération de la convergence entre la finance traditionnelle et l'infrastructure blockchain.
Cinq ETF accessibles en continu sur la blockchain
Les cinq produits concernés couvrent un spectre d'investissement large : le Franklin Focused Growth ETF (FFOG) cible les entreprises américaines à forte croissance, le Franklin U.S. Large Cap Multifactor Index ETF (FLQL) offre une exposition systématique aux grandes capitalisations, le Franklin High Yield Corporate ETF (FLHY) donne accès aux obligations d'entreprises à haut rendement, le Franklin Income Equity Focus ETF (INCE) vise les stratégies de revenu par dividendes, et le Franklin Responsibly Sourced Gold ETF (FGDL) permet une exposition à l'or physique issu de filières responsables.
Ces ETF sont rendus accessibles via Ondo Global Markets, la plus grande plateforme de valeurs mobilières tokenisées au monde. Lancée en septembre 2025, cette infrastructure compte plus de 700 millions de dollars de valeur totale verrouillée, a généré plus de 12 milliards de dollars de volume de transactions cumulé et rassemble 70 000 détenteurs.
Un modèle de distribution inédit
Le mécanisme repose sur un principe de séparation : Franklin Templeton conserve la gestion des actifs sous-jacents tandis qu'Ondo Finance fournit la couche de tokenisation et de distribution numérique. Les jetons émis ne confèrent pas la propriété directe des parts d'ETF, mais transmettent les rendements aux porteurs. Cette architecture ouvre des possibilités inédites : utilisation comme collatéral, intégration dans les protocoles de finance décentralisée (DeFi), et surtout trading 24 heures sur 24, sept jours sur sept, avec un règlement quasi instantané.
« Les marchés ouverts en permanence sont l'aboutissement logique, que Wall Street l'admette ou non », a déclaré Nathan Allman, fondateur et directeur général d'Ondo Finance, lors de l'Ondo Summit. Pour les investisseurs, cela signifie qu'aucun compte de courtage traditionnel n'est requis : un portefeuille numérique suffit. Le déploiement couvre l'Asie Pacifique, l'Europe, le Moyen Orient et l'Amérique latine, tandis que la disponibilité aux États Unis reste incertaine pour des raisons réglementaires.
Un marché de 26 milliards de dollars en pleine expansion
Le partenariat s'inscrit dans un contexte de croissance explosive du marché des actifs du monde réel tokenisés (RWA). Selon RWA.xyz, la valeur totale des actifs tokenisés sur les blockchains publiques atteignait 26,58 milliards de dollars au 25 mars 2026, en hausse de 5,58 % sur 30 jours. Le rythme d'expansion oscille entre 5 et 6 % par mois, ce qui projette une croissance annualisée de 80 %.
Les bons du Trésor américain tokenisés constituent la catégorie dominante avec 5,8 milliards de dollars, tandis que le crédit privé tokenisé a bondi de 180 % en un an. BlackRock domine le segment avec son fonds BUIDL, fort de 1,9 milliard de dollars d'actifs. Ondo Finance contrôle environ 70 % du marché des actions tokenisées, avec 950 millions de dollars sur un total sectoriel d'environ 1 milliard.
McKinsey estime que le marché global de la tokenisation pourrait atteindre 2 000 à 4 000 milliards de dollars d'ici 2030. Larry Fink, directeur général de BlackRock, a comparé la tokenisation en 2026 à la position d'Internet en 1996 dans sa lettre annuelle aux investisseurs publiée le 23 mars : « Chaque actif peut être tokenisé. La moitié de la population mondiale porte un portefeuille numérique dans sa poche. Imaginez que ce même portefeuille vous permette aussi d'investir dans un large éventail d'entreprises sur le long terme, aussi simplement qu'envoyer un paiement. »
Le Congrès américain reconnaît l'inévitabilité de la tokenisation
Le même jour, le 25 mars 2026, la commission des services financiers de la Chambre des représentants a tenu une audition intitulée « Tokenisation et avenir des valeurs mobilières : moderniser nos marchés de capitaux ». Six témoins ont été entendus, dont Kenneth Bentsen Jr. (président de la SIFMA), Summer Mersinger (directrice générale de la Blockchain Association), et des représentants du Nasdaq et du DTCC.
L'audition a abouti à un constat bipartisan : la tokenisation des valeurs mobilières n'est plus une question de « si » mais de « quand ». Toutefois, le cadre réglementaire adéquat reste à construire. Arthur Firstov, directeur commercial de Mercuryo, a souligné que le test de Howey, conçu pour un système financier analogique, ne s'applique pas aisément à des instruments qui fonctionnent simultanément comme des valeurs mobilières et des rails de paiement.
Le CLARITY Act, en cours d'examen au Sénat, constitue la pièce législative centrale. Ce texte déterminerait par voie législative si un actif tokenisé relève de la SEC (valeur mobilière numérique) ou de la CFTC (matière première numérique). Le comité bancaire du Sénat vise un examen détaillé en seconde moitié d'avril.
La France et l'Europe préparent leur propre cadre
De l'autre côté de l'Atlantique, la course à la réglementation s'accélère également. L'Autorité des marchés financiers (AMF), la Banque de France et la Direction générale du Trésor ont créé un groupe stratégique dédié à la tokenisation, dont les conclusions sont attendues à l'été 2026. Leurs travaux portent notamment sur la mise en place d'actifs de règlement tokenisés, incluant les dépôts tokenisés et les stablecoins.
L'échéance du règlement MiCA (Markets in Crypto Assets), fixée au 1er juillet 2026, imposera un cadre harmonisé à l'ensemble des acteurs européens. L'Eurosystème prépare par ailleurs le déploiement d'une monnaie numérique de banque centrale interbancaire « de gros » en euro, prévue à l'automne 2026, qui s'articulera avec les nouveaux mécanismes financiers tokenisés.
Hong Kong, Singapour, la Suisse et les Émirats arabes unis proposent déjà des cadres favorables, intensifiant la compétition internationale pour attirer les acteurs de la finance tokenisée.
Opportunités et risques pour les épargnants
Pour les investisseurs particuliers, la tokenisation promet un accès à des classes d'actifs jusque là réservées aux institutionnels. Le fractionnement permet d'acquérir une fraction d'actif dès 50 euros, contre des minimums bien plus élevés dans les circuits traditionnels. Les coûts de transaction diminuent, la liquidité augmente, et l'accès au marché devient permanent.
Toutefois, des risques significatifs subsistent. La représentante démocrate Maxine Waters a soulevé lors de l'audition les préoccupations liées aux portefeuilles anonymes, au contournement des règles de connaissance client (KYC), et aux risques de détention étrangère masquée. Le taux de saisie par les forces de l'ordre sur les actifs numériques reste de 12 %, contre 0,2 % dans la finance traditionnelle selon les Nations unies. La fragmentation de la liquidité entre différentes blockchains génère des écarts de prix de 1 à 3 % pour des actifs identiques et des coûts de transfert de 2 à 5 %.
Le comité de Bâle applique par ailleurs un coefficient de risque de 1 250 % aux actifs sur blockchains publiques sans permission, ce qui pénalise lourdement l'exposition bancaire à ces instruments.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Plusieurs échéances détermineront la trajectoire du marché. L'examen du CLARITY Act au Sénat, prévu en avril, fixera le cadre juridique américain. L'entrée en vigueur de MiCA le 1er juillet transformera le paysage européen. Le rapport du groupe stratégique AMF/Banque de France/Trésor, attendu cet été, orientera la position française. Enfin, le lancement de la monnaie numérique interbancaire de l'Eurosystème à l'automne pourrait accélérer l'adoption institutionnelle sur le continent.
Avec Franklin Templeton qui rejoint BlackRock dans la tokenisation de produits financiers grand public, le signal envoyé au marché est clair : la finance traditionnelle ne se contente plus d'observer la blockchain. Elle y migre ses produits phares.