La Réserve fédérale américaine a prononcé ce 10 décembre 2025 sa troisième baisse consécutive des taux directeurs, ramenant la fourchette cible à 3,5-3,75 %. Cette décision, adoptée par un vote de 9 voix contre 3, marque la division la plus importante au sein du comité de politique monétaire (FOMC) depuis septembre 2019. Parallèlement, la succession de Jerome Powell à la tête de la banque centrale prend une tournure politique majeure, avec Kevin Hassett qui s'impose comme le favori du président Trump.
Une décision sous haute tension
Le vote du FOMC a révélé des fractures profondes au sein de l'institution. Le gouverneur Stephen Miran a plaidé pour une réduction plus agressive de 50 points de base, tandis que les présidents régionaux Austan Goolsbee (Chicago) et Jeffrey Schmid (Kansas City) auraient préféré maintenir les taux inchangés.
« C'était une décision serrée. Je pourrais argumenter pour les deux positions », a reconnu Jerome Powell lors de sa conférence de presse.
Cette fragmentation reflète le dilemme auquel fait face la Fed : soutenir un marché de l'emploi fragile tout en maîtrisant une inflation persistante. Selon les nouvelles projections, l'inflation PCE devrait atteindre 2,9 % fin 2025 avant de redescendre à 2,4 % fin 2026.
Les tarifs douaniers, principal facteur d'inflation
Jerome Powell a pointé du doigt les droits de douane imposés par l'administration Trump comme la cause principale du dépassement de l'objectif d'inflation de 2 %.
« Ce sont vraiment les tarifs qui causent l'essentiel du dépassement de l'inflation », a déclaré le président de la Fed, ajoutant qu'il s'agit selon lui d'un « ajustement ponctuel du niveau des prix » plutôt que d'une spirale inflationniste durable.
La Fed a toutefois relevé ses prévisions de croissance du PIB pour 2026 à 2,3 %, contre 1,8 % anticipé en septembre, témoignant d'une confiance relative dans la résilience de l'économie américaine.
Une seule baisse prévue en 2026
Le fameux « dot plot » de la Fed, qui compile les anticipations individuelles des membres du FOMC, indique désormais :
- Une seule baisse de taux prévue en 2026
- Une nouvelle réduction en 2027
- Un taux terminal de long terme autour de 3 %
Ce rythme d'assouplissement plus lent que prévu reflète la prudence de la Fed face aux incertitudes économiques et géopolitiques.
« Nous sommes bien positionnés pour attendre et observer comment l'économie évolue », a souligné Jerome Powell, écartant toute hausse de taux à court terme.
Reprise des achats de bons du Trésor
Parallèlement à la baisse des taux, la Fed a annoncé qu'elle commencerait à acheter 40 milliards de dollars de bons du Trésor par mois à partir du 12 décembre 2025. Cette mesure vise à stabiliser les taux d'intérêt à court terme après la fin du resserrement quantitatif le 1er décembre.
La banque centrale a précisé que ces achats resteraient « élevés pendant quelques mois » avant d'être progressivement réduits. Cette intervention technique ne constitue pas un retour au quantitative easing, mais plutôt une gestion des réserves bancaires.
Kevin Hassett, favori pour la succession de Powell
Alors que le mandat de Jerome Powell s'achève en mai 2026, la question de sa succession agite les marchés financiers. Selon un sondage CNBC, 84 % des investisseurs s'attendent à ce que le président Trump nomme Kevin Hassett, actuel directeur du Conseil économique national, à la tête de la Fed.
Les marchés de prédiction Kalshi lui attribuent 86 % de chances d'être nommé, loin devant :
- Kevin Warsh (ancien gouverneur Fed) : 6 %
- Michelle Bowman (gouverneure Fed) : 4 %
- Christopher Waller (gouverneur Fed) : moins de 4 %
Cependant, seulement 11 % des répondants estiment que Hassett serait le meilleur choix. Christopher Waller est privilégié par 47 % des sondés, suivi de Kevin Warsh à 23 %.
Un profil controversé
Kevin Hassett, économiste conservateur de longue date, a conseillé les campagnes présidentielles de John McCain, George W. Bush et Mitt Romney. Sa nomination au Conseil des conseillers économiques en 2017 avait reçu le soutien d'anciens présidents de la Fed, dont Alan Greenspan et Ben Bernanke.
« Je veux servir mon pays et je veux servir mon président », a déclaré Hassett sur Fox News, confirmant qu'il accepterait le poste s'il lui était proposé.
Les investisseurs obligataires s'inquiètent toutefois qu'un allié proche de Trump puisse compromettre l'indépendance de la Fed en maintenant les taux artificiellement bas.
Réaction positive des marchés
Wall Street a salué la décision de la Fed avec enthousiasme :
- Dow Jones : +497 points (+1,1 %) à 48 057 points
- S&P 500 : +0,7 % à 6 886 points, frôlant son record historique
- Nasdaq Composite : +0,3 % à 23 654 points
- Russell 2000 : nouveau plus haut historique
Les petites capitalisations ont particulièrement bénéficié de la baisse des taux, ces entreprises étant plus sensibles aux coûts d'emprunt.
« La dernière décision sur les taux de 2025 a essentiellement ouvert la voie à un rallye de fin d'année. Le S&P 500 est en passe de franchir le seuil des 7 000 points dans les prochaines semaines », estime un analyste de marché.
Impact pour l'Europe et la zone euro
La divergence des politiques monétaires entre la Fed et la BCE continue de se creuser. Tandis que la Fed a abaissé ses taux à 3,5-3,75 %, la Banque centrale européenne maintient son taux de dépôt à 2 % depuis plusieurs réunions.
L'euro s'est stabilisé autour de 1,165 dollar, son plus haut niveau depuis mi-octobre. Les analystes de Danske Bank prévoient un EUR/USD à 1,22 dans les 12 prochains mois, à mesure que l'écart de taux se réduit.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs échéances clés rythmeront les prochaines semaines :
- Cette semaine : entretiens finaux pour le poste de président de la Fed, avec Kevin Warsh reçu mercredi
- Avant Noël : annonce attendue du choix de Trump pour la succession de Powell
- Janvier 2026 : probabilité de 75,6 % que la Fed maintienne ses taux
- Mai 2026 : fin du mandat de Jerome Powell
Conclusion
La décision de décembre 2025 illustre les défis auxquels fait face la Réserve fédérale : naviguer entre soutien à l'emploi et lutte contre l'inflation, tout en préservant son indépendance dans un contexte politique tendu. Pour les épargnants et investisseurs français, cette orientation suggère un environnement de taux relativement stables en 2026, avec des opportunités potentielles sur les marchés actions américains si le rallye de fin d'année se concrétise.