Le Dow Jones entre en correction : Wall Street enchaîne cinq semaines de pertes
Le Dow Jones a plongé de 793 points vendredi, franchissant le seuil de correction à plus de 10 % sous son sommet de février. Tous les grands indices américains reculent désormais depuis cinq semaines consécutives, du jamais vu depuis le printemps 2022.

Wall Street vient de franchir un cap symbolique et technique majeur. Vendredi 27 mars 2026, le Dow Jones Industrial Average a chuté de 793 points (soit 1,73 %) pour clôturer à 45 166 points, entrant officiellement en territoire de correction après avoir perdu plus de 10 % depuis son sommet historique au-dessus de 50 000 points atteint en février. Le S&P 500 a cédé 1,67 % à 6 368 points, tandis que le Nasdaq Composite a reculé de 2,15 % à 20 948 points.
Les trois grands indices boursiers américains ont enregistré leur cinquième semaine consécutive de repli, une séquence inédite depuis le printemps 2022. Le S&P 500 a reculé de 2,1 % sur la semaine, le Nasdaq de 3,2 %, et le Dow de 0,9 %. Depuis le début du mois, les pertes dépassent 7 % pour chacun de ces indices.
Le détroit d'Ormuz au cœur de la tourmente
Le catalyseur de la chute de vendredi a été un rapport du Wall Street Journal révélant que l'Iran avait refoulé deux navires porte-conteneurs chinois appartenant à Cosco Shipping dans le détroit d'Ormuz. La marine des Gardiens de la révolution a ensuite annoncé la fermeture du détroit à tout navire se rendant vers les ports des États-Unis, d'Israël et de leurs alliés, une escalade qui menace directement 20 % de l'approvisionnement pétrolier mondial.
Le pétrole Brent a bondi de 4,22 % pour atteindre 112,57 dollars le baril, son plus haut niveau depuis 2022. Le WTI américain a progressé de 5,46 % pour clôturer à 99,64 dollars, frôlant le seuil symbolique des 100 dollars. Selon la banque Macquarie, le brut pourrait atteindre 200 dollars le baril si le conflit se prolonge au-delà du 30 juin.
Un « effet TACO » qui ne fonctionne plus
Jusqu'à présent, les marchés s'appuyaient sur la stratégie informelle baptisée « TACO » (Trump Always Chickens Out) : parier que le président américain finirait par reculer lorsque ses décisions feraient chuter les marchés. Cette fois, la situation est fondamentalement différente. Comme le souligne l'analyste Daniel Kostecki de CMC Markets : « Les interventions militaires produisent des effets réels. Les répercussions sur les prix des matières premières laissent des marques bien plus durables » que les différends commerciaux résolus par un simple revirement politique.
Trump a certes prolongé de dix jours son délai concernant les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes (jusqu'au 6 avril), mais l'Iran a rejeté le plan de cessez-le-feu américain en 15 points, opposant ses propres exigences, notamment sur la souveraineté du détroit d'Ormuz.
La peur s'installe : VIX, obligations et or
L'indice de volatilité VIX a atteint 27,44, son niveau le plus élevé depuis plus d'un an, signalant une rupture nette avec le « régime de stabilité » qui prévalait pendant le boom de l'intelligence artificielle de 2024 et 2025. L'écart entre les rendements à 2 ans (3,93 %) et à 10 ans (4,42 %) du Trésor américain s'est comprimé à 49 points de base, un signal classique d'anticipation de récession.
L'or a progressé de 1,3 % pour atteindre 4 431 dollars l'once, confirmant le mouvement de fuite vers les valeurs refuges. L'argent a gagné 2,1 % à 69,39 dollars l'once. Le dollar s'est légèrement affaibli face à l'euro, la paire EUR/USD s'échangeant à 1,1540.
Les marchés européens dans la tourmente
L'onde de choc a traversé l'Atlantique. Le Stoxx Europe 600 a cédé 1,14 %, le DAX allemand 1,33 % et le CAC 40 français 0,82 % à 7 701 points. Les secteurs les plus touchés ont été les mines (en recul de 3,4 %) et la technologie (en baisse de 2,3 %).
La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a tiré la sonnette d'alarme en déclarant que les marchés étaient « trop optimistes » face aux retombées du conflit, qualifiant la situation de « choc probablement au-delà de ce que nous pouvons imaginer ». Elle a notamment pointé un risque sous-estimé : la pénurie d'hélium transitant par le détroit d'Ormuz, un intrant essentiel à la fabrication de semi-conducteurs dont le coût n'est pas encore intégré dans les valorisations du secteur.
Les grandes valeurs technologiques sous pression
Le secteur technologique a été particulièrement éprouvé. Amazon a chuté de 3,9 %, Meta Platforms de 3,9 %, Microsoft de 2,4 %, Alphabet de 2,5 % et Nvidia de 2,1 %. Tesla a perdu 2,7 %. La combinaison de valorisations élevées, d'un scepticisme croissant sur le retour sur investissement de l'IA (dit « ROI Fatigue ») et du choc pétrolier a créé un cocktail toxique pour le secteur.
La confiance des consommateurs mesurée par l'Université du Michigan a chuté à 53,3 points en mars contre 56,6 en février, un niveau inférieur aux attentes. Les anticipations d'inflation à un an ont grimpé de 3,4 % à 3,8 %, alourdissant encore le climat d'incertitude.
Trois scénarios selon UBS
La banque UBS a modélisé trois trajectoires possibles pour les mois à venir.
- Scénario 1 (favorable) : une désescalade en une semaine crée un choc temporaire sur les prix, avec un impact minimal sur la croissance.
- Scénario 2 (central) : une perturbation de cinq semaines du détroit retranche 10 millions de barils quotidiens, propulsant le brut vers 120 dollars avant un repli à 100 dollars au troisième trimestre. L'inflation européenne atteindrait 3,2 % en glissement annuel, avec un impact de 0,2 point sur la croissance.
- Scénario 3 (sévère) : une restriction des exportations de deux mois pousse les prix à 150 dollars. L'inflation atteindrait 3,6 % en Europe et 3,5 % aux États-Unis, avec un impact de 60 points de base sur la croissance américaine.
Leçons de l'histoire : les corrections ne sont pas toujours synonymes de krach
Les données historiques offrent toutefois un motif d'espoir prudent. Selon une analyse de Motley Fool portant sur les 15 dernières années, le Nasdaq a affiché un rendement positif dans 92 % des cas (11 sur 12) dans les douze mois suivant son entrée en correction. Le rendement moyen sur un an après une correction s'établit à 22 %.
Torsten Slok, économiste en chef d'Apollo Global Management, estime que les marchés « surréagissent » à la volatilité à court terme et que le choc iranien « n'est pas suffisamment important pour compenser les puissants vents favorables » structurels de l'économie.
À l'inverse, Nigel Green, PDG du groupe d'investissement deVere, observe un schéma récurrent : « Chaque fois que le conflit s'intensifie, le pétrole flambe, les actions chutent et les rendements montent. Chaque fois qu'il y a ne serait-ce qu'un soupçon de retenue, ces mouvements s'inversent. » Elizabeth Renter, analyste chez NerdWallet, note que « lorsque nous entrons en guerre, les gens anticipent une dégradation des contraintes économiques, y compris des prix plus élevés ».
Ce que les investisseurs français doivent surveiller
Pour les épargnants et investisseurs français, plusieurs facteurs méritent une attention particulière dans les prochaines semaines.
- Le 6 avril : date limite fixée par Trump pour reprendre les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes. Toute escalade provoquerait une nouvelle vague de vente.
- Le S&P 500 : l'indice se situe à 8,74 % sous son sommet de janvier. S'il franchit le seuil de 10 %, il entrerait à son tour en correction, ce qui pourrait déclencher des ventes automatiques.
- La politique de la BCE : Lagarde a signalé une possible hausse des taux pour contenir l'inflation énergétique, un virage qui pèserait sur les marchés obligataires et le crédit immobilier.
- La diversification géographique : depuis le début de 2026, les marchés européens et asiatiques surperforment Wall Street, une tendance qui pourrait s'accentuer si le conflit se prolonge.
La séquence actuelle rappelle que les corrections, bien que douloureuses, font partie intégrante du cycle boursier. La clé pour les investisseurs réside dans la diversification, la patience et la capacité à ne pas céder à la panique lorsque les indices franchissent des seuils psychologiques.