La semaine la plus lourde de la saison des résultats
Du 29 au 30 avril 2026, cinq membres des Magnificent Seven publient simultanément leurs résultats trimestriels dans ce qui constitue la semaine la plus dense de la saison. Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon dévoilent leurs chiffres le mercredi 29 avril après la clôture de Wall Street, tandis qu'Apple suit le jeudi 30 avril. Dans le même intervalle, la Réserve fédérale rend sa décision de taux le 29 avril à 20h00 GMT, et le Bureau of Economic Analysis publie le 30 avril l'estimation préliminaire du PIB américain au premier trimestre 2026.
La convergence de ces événements transforme la fin du mois d'avril en un test de stress grandeur nature pour les marchés financiers mondiaux. Pour les épargnants et investisseurs français exposés aux grands fonds d'actions mondiales, aux ETF technologiques ou aux plans d'épargne en actions, les annonces de cette semaine auront des répercussions directes sur la valorisation de leurs portefeuilles.
645 milliards de dollars : le chiffre qui obsède les analystes
Le dénominateur commun des cinq publications est colossal. Les quatre hyperscalers américains, Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon, prévoient ensemble un total de capital expenditures d'environ 645 milliards de dollars en 2026, soit une progression de 56 % par rapport à l'exercice précédent, selon les données consolidées de Saxo Bank. Ce chiffre dépasse le PIB de pays comme la Suisse ou l'Arabie saoudite.
Le détail par société révèle l'ampleur des engagements. Amazon vise 200 milliards de dollars de dépenses d'investissement pour l'ensemble de l'exercice 2026, le niveau le plus élevé parmi les hyperscalers. Alphabet a guidé entre 175 et 185 milliards de dollars, une enveloppe qui représente un quasi-doublement des niveaux de 2025. Meta a annoncé une fourchette de 115 à 135 milliards de dollars, contre une prévision initiale de 111 milliards attendue par le consensus. Microsoft, dont l'exercice fiscal ne coïncide pas avec l'année civile, prévoit environ 146 milliards de dollars sur l'ensemble de son exercice 2026.
Pour la première fois, les marchés ne questionnent plus la légitimité stratégique de ces dépenses, mais exigent des preuves que l'infrastructure construite génère des revenus mesurables. Charu Chanana, Chief Investment Strategist chez Saxo Bank, résume l'état d'esprit des investisseurs : « Le marché peut encore pardonner des dépenses importantes. Il sera beaucoup moins indulgent face à des dépenses vagues. »
Microsoft : la décote à reconquérir
Microsoft est la société la plus scrutée de la semaine. Le consensus des analystes table sur un bénéfice par action de 4,04 dollars, en hausse de 17 % sur un an, pour un chiffre d'affaires de 81,4 milliards de dollars (+16 %). La croissance d'Azure, le service cloud de Microsoft, devrait s'établir autour de 38 % en glissement annuel, après avoir affiché 39 % au trimestre précédent.
C'est précisément ce léger tassement qui inquiète les analystes. Lors du deuxième trimestre fiscal 2026, Microsoft avait consacré 37,5 milliards de dollars aux seules dépenses d'investissement, portant le total du premier semestre à 72,4 milliards, selon les chiffres publiés par la société. Dans le même temps, la marge brute du cloud intelligent est attendue à 66,23 %, contre 69 % enregistrés au troisième trimestre de l'exercice précédent. Keith Weiss, analyste chez Morgan Stanley, a notamment insisté lors du dernier appel de résultats sur la nécessité de clarifier la relation entre les dépenses d'infrastructure, la croissance d'Azure et le calendrier des retours sur investissement.
Les signaux positifs existent néanmoins. Microsoft revendique un taux de contribution de l'IA de 21,4 % dans ses revenus Intelligent Cloud, et le chiffre d'affaires annualisé de ses solutions IA a atteint 13 milliards de dollars au cours du second semestre. L'action accuse toutefois un retard par rapport aux autres hyperscalers depuis le début de l'année.
Alphabet : le Cloud à 50 % de croissance comme arbitre
Alphabet, la maison mère de Google, est attendue pour un BPA ajusté de 2,83 dollars et un chiffre d'affaires de 107 milliards de dollars (+11 % sur un an). La véritable attention des marchés se concentre sur Google Cloud Platform, dont la croissance est anticipée à environ 50 % sur un an en glissement annuel, après avoir enregistré 48 % au quatrième trimestre 2025 et 34 % au troisième trimestre.
Les revenus Search sont prévus à 59 milliards de dollars (+16 %), et YouTube à 10 milliards de dollars (+12 %). Alphabet a engagé entre 175 et 185 milliards de dollars de capex pour 2026, dont les analystes de Bloomberg estiment le prolongement à environ 200 milliards en 2027. La société a également révélé que 75 % du code produit en interne est désormais généré par l'IA, puis revu par des ingénieurs, contre 25 % un an plus tôt.
Le risque principal pour Alphabet reste un ralentissement de la croissance du Search, qui concentre encore l'essentiel des bénéfices du groupe, alors que les nouvelles interfaces de recherche conversationnelle fragmentent potentiellement l'audience publicitaire.
Meta : l'épreuve de force entre dépenses et résultats
Meta est l'entreprise qui cristallise le mieux le débat sur le retour sur investissement de l'IA. Le consensus table sur un BPA ajusté de 7,51 dollars pour un chiffre d'affaires de 55,5 milliards de dollars, en progression de 31 % sur un an. Les revenus publicitaires sont attendus à 54 milliards de dollars (+30 %) grâce à une hausse simultanée des impressions publicitaires de 16 % et du prix moyen par publicité de 12 %.
La capex de Meta est planifiée entre 115 et 135 milliards de dollars pour 2026, une enveloppe supérieure aux 111 milliards attendus initialement par le consensus. Mark Zuckerberg a réaffirmé en début d'année son intention de ne pas ralentir l'investissement dans l'IA, un positionnement que les marchés ont sanctionné positivement lors des derniers résultats. L'analyste Malik Ahmed Khan chez Morningstar a toutefois souligné que « l'argument du retour sur investissement reste largement non prouvé pour de nombreux investisseurs ». L'action affiche une performance de seulement +1,3 % depuis le début de l'année, contre des progressions bien plus fortes pour ses pairs technologiques.
Amazon : AWS comme thermomètre de la demande IA
Pour Amazon, les marchés attendent un chiffre d'affaires de 177,2 milliards de dollars (+14 % sur un an) et un BPA ajusté de 2,11 dollars. Amazon Web Services est prévu à 36,6 milliards de dollars de revenus, en hausse de 25 % en données comparables à taux de change constants, avec une marge opérationnelle attendue à 35,7 %.
Amazon a annoncé en mars 2026 un investissement supplémentaire de 25 milliards de dollars dans Anthropic, portant l'engagement total potentiel à 25 milliards sur plusieurs années. La société prévoit un capex total de 200 milliards de dollars pour 2026, le plus élevé du groupe, justifié par ce qu'Oppenheimer décrit comme « un carnet de commandes en hausse d'environ 200 milliards de dollars grâce aux contrats IA ». Les analystes de TD Cowen ont réitéré leur recommandation positive sur Amazon avant les résultats, citant une adoption plus rapide de l'IA et une demande cloud structurellement solide.
Apple : la transition de direction sous les projecteurs
Apple clôture la semaine le 30 avril avec une publication particulièrement scrutée après l'annonce historique de la semaine précédente : John Ternus, actuel responsable hardware, remplacera Tim Cook au poste de directeur général le 1er septembre 2026, Cook devenant président exécutif. Les analystes de B. Riley et de Visible Alpha ont noté que la concomitance de l'annonce avec la publication de résultats constitue généralement un signal positif.
Le consensus table sur un BPA de 1,96 dollar (+18 % sur un an) et un chiffre d'affaires de 109,3 milliards de dollars (+15 %). Les revenus Services sont attendus à 30,4 milliards de dollars (+14 %), après avoir atteint un record de 30 milliards au premier trimestre fiscal 2026. L'iPhone reste le premier moteur de croissance, avec une résistance notable en Chine où Apple était la seule grande marque à progresser en janvier 2026, dans un marché en recul de 23 % sur un an. Le capex d'Apple reste modeste par rapport aux hyperscalers, à environ 13,5 milliards de dollars pour l'exercice 2026, reflet d'un modèle centré sur l'écosystème logiciel plutôt que sur l'infrastructure brute.
La Fed et les données macro en embuscade
Les publications technologiques ne sont pas les seuls catalyseurs de la semaine. La Réserve fédérale annonce sa décision de politique monétaire le 29 avril à 20h00 GMT, suivie d'une conférence de presse du président Jerome Powell à 20h30. Le maintien des taux dans la fourchette de 3,50 à 3,75 % est considéré comme quasi certain par les marchés à terme, mais chaque mot de la déclaration sera analysé pour détecter des signaux sur les baisses de taux éventuelles en deuxième partie d'année.
Le 30 avril à 14h30 GMT, le Bureau of Economic Analysis publiera l'estimation préliminaire du PIB américain au premier trimestre 2026. Le consensus prévoit une croissance annualisée de 2,2 %, après une contraction révisée à 0,5 % au quatrième trimestre 2025. La même publication intégrera l'indice PCE de base pour le mois de mars, actuellement à 2,7 % sur un an, soit au-dessus de l'objectif de 2 % de la Fed. Un chiffre PCE élevé combiné à un PIB faible placerait la banque centrale dans une situation de stagflation partielle, limitant sa marge de manœuvre pour agir.
L'Employment Cost Index du premier trimestre est également attendu le 30 avril. Toute surprise à la hausse au-delà de 0,8 % trimestriel repousserait les anticipations de baisses de taux estivales et pèserait sur les valorisations technologiques, déjà élevées avec des multiples moyens compris entre 17 fois et 28 fois les bénéfices attendus.
Ce que les investisseurs français doivent surveiller
Pour les porteurs de contrats d'assurance vie, de plans d'épargne en actions ou d'ETF mondiaux, la semaine du 28 avril est un moment de vérité. La technologie représente entre 25 % et 35 % des grands indices mondiaux comme le MSCI World ou le S&P 500. Une déception sur les marges cloud ou sur la progression des revenus IA pourrait déclencher une correction sectorielle rapide, comme cela avait été le cas en janvier 2026 lorsque l'action Microsoft avait chuté de 5 % après des résultats jugés insuffisants.
À l'inverse, une confirmation de l'accélération de la croissance cloud et des premiers signes concrets de monétisation de l'IA justifierait les valorisations actuelles et pourrait prolonger le rallye d'avril, durant lequel le S&P 500 a déjà progressé de 9,8 %. Sur les 138 entreprises du S&P 500 ayant déjà publié leurs résultats ce trimestre, 82 % ont dépassé les attentes, selon les données FactSet, avec une croissance des bénéfices de 23,1 % sur un an.
La semaine du 28 avril 2026 ne sera pas seulement un rapport de résultats. Ce sera le premier vrai verdict collectif des marchés sur l'économie de l'intelligence artificielle.
Sources
- Saxo Bank Research, Mag 7 Earnings Preview, 22 avril 2026
- FXStreet, Mag 7 Earnings Preview: Can Big Tech turn AI spending into earnings growth?, 22 avril 2026
- CNBC, Earnings playbook: Five of Mag 7 set to report in busiest week, 26 avril 2026
- Kraken Blog, Economic Brief: FOMC, GDP, PCE and Big Tech earnings, 22 avril 2026
- FXEmpire, The Week Ahead: Stocks Eye Fed, PCE and Microsoft, Apple, Amazon Earnings, avril 2026
- Microsoft Investor Relations, Fiscal Year 2026 Q2 Earnings Conference Call, janvier 2026
- Apple Insider, What to expect from Apple Q2 2026 earnings on April 30, 26 avril 2026
- Futurum Research, Microsoft Q2 FY 2026: Cloud Surpasses $50B; Azure Up 38% CC, janvier 2026
- Yahoo Finance / FactSet, S&P 500 Q1 2026 Earnings Season Summary, avril 2026
- 247 Wall St., Wall Street Backs Apple's Historic CEO Transition, 21 avril 2026