Un vote sans ambiguïté : 96 % des actionnaires approuvent l'opération
Le 23 avril 2026, les actionnaires de DigitalBridge Group ont massivement validé le rachat de leur société par SoftBank Group Corp. lors d'une assemblée générale extraordinaire virtuelle. Sur les 121 177 032 actions représentées, 96 % des votes ont été favorables à l'acquisition, témoignant d'un consensus rare pour une opération de cette envergure. Le prix convenu est de 16 dollars par action en numéraire, soit une prime de 15 % par rapport au cours de clôture du 26 décembre 2025 et de 50 % par rapport à la moyenne sur 52 semaines arrêtée au 4 décembre 2025.
La clôture définitive de la transaction reste subordonnée à l'obtention des approbations réglementaires habituelles et est attendue au second semestre 2026. La valeur d'entreprise totale s'établit à environ 4,0 milliards de dollars, selon les termes du communiqué officiel de SoftBank du 29 décembre 2025.
DigitalBridge : 114,8 milliards de dollars d'actifs numériques sous gestion
Fondée il y a plus de 30 ans, DigitalBridge s'est imposée comme l'un des gestionnaires d'actifs les plus spécialisés dans l'infrastructure numérique à l'échelle mondiale. Au 31 décembre 2025, la société déclarait 114,8 milliards de dollars d'actifs sous gestion, répartis sur cinq verticales : centres de données, tours de téléphonie mobile, réseaux de fibre optique, petites cellules et infrastructures de proximité.
Son portefeuille inclut notamment Vantage Data Centers, qui construit pour le compte d'OpenAI deux campus majeurs aux États-Unis : le campus Starlink au Wisconsin, doté d'une capacité d'environ 1 GW pour un budget de plus de 15 milliards de dollars, et le projet Frontier au Texas, dont le budget dépasse 25 milliards de dollars. Au total, DigitalBridge exploite ou développe 5,4 GW de capacité de centres de données, un chiffre qui positionne la société parmi les acteurs de premier rang de ce secteur.
Marc Ganzi, directeur général de DigitalBridge, conservera ses fonctions après la clôture de la transaction. La société sera maintenue comme une plateforme gérée de manière indépendante au sein du groupe SoftBank, avec son siège à Boca Raton, en Floride.
La stratégie de Masayoshi Son : construire le socle physique de l'IA
Pour Masayoshi Son, le rachat de DigitalBridge s'inscrit dans une logique cohérente depuis plusieurs années. Le fondateur de SoftBank a progressivement réorienté l'ensemble de son groupe autour de ce qu'il appelle la mission d'atteindre une intelligence artificielle générale (IAG), voire une intelligence artificielle surhumaine.
« Alors que l'IA transforme les industries à l'échelle mondiale, nous avons besoin de davantage de calcul, de connectivité, d'énergie et d'infrastructure évolutive. DigitalBridge est un leader de l'infrastructure numérique, et cette acquisition renforcera les fondations des centres de données d'IA de nouvelle génération. »
Masayoshi Son, président-directeur général de SoftBank Group
Cette acquisition est cohérente avec les autres mouvements stratégiques récents de SoftBank : 41 milliards de dollars investis dans OpenAI, dont environ 11 % du capital, le lancement du projet Stargate avec Oracle, OpenAI et le fonds MGX (jusqu'à 500 milliards de dollars d'engagements d'ici 2029), et un investissement de 1 milliard de dollars dans SB Energy pour alimenter en énergie renouvelable les futurs centres de données. En novembre 2025, SoftBank avait cédé l'ensemble de sa participation dans Nvidia pour 5,83 milliards de dollars, précisément pour financer ces engagements.
L'expansion asiatique se confirme : DigitalBridge finalise l'acquisition d'actifs NEC au Japon
Parallèlement au processus d'approbation du rachat par SoftBank, DigitalBridge a finalisé en mars 2026 l'acquisition d'actifs de centres de données auprès de NEC Corporation, en partenariat avec Japan Extensive Infrastructure (JEXI), une société du groupe Sumitomo Mitsui Trust. NEC reste locataire ancré de la nouvelle plateforme, qui visera à accueillir des clients de colocation supplémentaires.
« Le Japon présente une opportunité convaincante dans la colocation d'entreprise, soutenue par une demande nationale résiliente et de solides facteurs structurels porteurs. »
Justin Chang, directeur général senior et responsable Asie chez DigitalBridge
Il s'agit de la deuxième acquisition de DigitalBridge au Japon après la prise de contrôle de JTOWER Inc. début 2025. Cette expansion asiatique renforce la thèse d'investissement de la société selon laquelle la demande d'infrastructure numérique est mondiale et structurelle, alimentée par l'adoption de l'IA générative dans toutes les économies développées.
Un marché en pleine explosion : 7 000 milliards de dollars d'investissements d'ici 2030
L'ampleur des capitaux mobilisés par SoftBank ne doit pas masquer une réalité plus large : la course à l'infrastructure IA est devenue l'un des thèmes d'investissement les plus puissants de la décennie. Selon McKinsey, les dépenses mondiales en centres de données pourraient atteindre 7 000 milliards de dollars d'ici 2030, avec un premier palier à 1 200 milliards de dollars d'ici 2029 selon les projections sectorielles.
La France n'est pas absente de cette dynamique. En 2025, dans le cadre du sommet Choose France, les investissements privés annoncés dans l'IA et les centres de données sur le territoire français ont dépassé les 109 milliards d'euros. Parmi les contributeurs figurent le fonds souverain émirati MGX pour un campus de 1 GW dans le nord de la France, Brookfield pour 20 milliards d'euros, et Microsoft pour 4 milliards d'euros. Schneider Electric, acteur français de référence sur ce marché, a annoncé plus de 110 millions d'euros d'investissements supplémentaires dans ses usines nationales pour répondre à la demande en solutions de centres de données préfabriqués.
Quelles implications pour les épargnants et investisseurs français ?
Pour les investisseurs particuliers, l'infrastructure IA reste en grande partie accessible via des véhicules cotés. Plusieurs catégories d'actifs permettent d'y accéder indirectement :
- Actions de constructeurs et équipementiers : Schneider Electric (CAC 40), dont la division data center est devenue la plus dynamique du groupe avec un objectif de croissance du chiffre d'affaires de 7 % à 10 % en 2026 ;
- ETF thématiques : le Global X Data Center and Digital Infrastructure ETF (DTCR), le Defiance AI and Power Infrastructure ETF (AIPO) ou encore l'iShares U.S. Digital Infrastructure and Real Estate ETF (IDGT) offrent une exposition diversifiée ;
- REIT et infrastructures cotées : certains fonds d'investissement immobilier spécialisés dans les centres de données exposent les investisseurs aux loyers générés par ces actifs.
La grande partie des actifs de qualité institutionnelle, comme ceux gérés par DigitalBridge, reste néanmoins réservée aux investisseurs professionnels via des fonds de capital non coté. Le mouvement de consolidation enclenché par SoftBank illustre la tendance à la concentration de ces actifs stratégiques entre les mains de quelques grands gestionnaires mondiaux.
Points de vigilance pour les investisseurs
Plusieurs risques méritent d'être évalués avant de s'exposer à ce secteur. La demande en électricité des centres de données est considérable : un campus de 1 GW consomme autant qu'une ville de plusieurs centaines de milliers d'habitants. Dans un contexte de tensions énergétiques en Europe, la disponibilité et le coût de l'énergie constituent une contrainte structurelle. Par ailleurs, la concentration des investissements chez un petit nombre d'acteurs (SoftBank, BlackRock, Brookfield) soulève des questions sur la souveraineté numérique, en particulier pour les gouvernements européens qui cherchent à ne pas dépendre exclusivement d'infrastructures sous contrôle étranger.
La valorisation du secteur a également fortement progressé depuis 2023. Les multiples appliqués aux actifs de centres de données restent élevés, ce qui réduit la marge de sécurité pour les investisseurs qui entreraient aujourd'hui sur les actifs les plus liquides.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois
Plusieurs jalons permettront de mesurer la progression de cette tendance structurelle :
- La clôture du rachat de DigitalBridge par SoftBank, attendue au second semestre 2026, sous réserve des approbations réglementaires ;
- La mise en service des premiers sites Stargate au Texas (Milam County) dès 2026, pour une capacité totale projetée à près de 7 GW ;
- Les résultats trimestriels de Schneider Electric et Eaton, qui donneront une lecture en temps réel de la demande d'équipements pour centres de données ;
- L'évolution des réglementations européennes sur la souveraineté des données et les exigences environnementales appliquées aux grands centres de données.