Tesla livre 358 000 véhicules au T1 2026 : la montagne de 50 000 invendus inquiète Wall Street
Tesla a livré 358 023 véhicules au premier trimestre 2026, sous les attentes de Wall Street. La production a dépassé les livraisons de plus de 50 000 unités, creusant un écart inédit. L'action a chuté de 5,4 % en une séance.

Un trimestre sous les attentes malgré un rebond annuel
Tesla a publié le 2 avril 2026 ses résultats de livraisons pour le premier trimestre. Le constructeur a acheminé 358 023 véhicules vers ses clients, un chiffre en hausse de 6,3 % par rapport aux 336 681 unités du T1 2025, mais en recul de 14,4 % par rapport au quatrième trimestre 2025 (418 227 unités). Ce résultat s'inscrit en deçà du consensus de Wall Street, qui tablait sur 365 645 livraisons selon les estimations compilées par Bloomberg.
La déception est d'autant plus marquée que la production a atteint 408 386 véhicules sur la même période, soit un excédent de plus de 50 000 unités. Cet écart entre production et livraisons constitue l'un des plus importants jamais enregistrés par le groupe californien.
Le stockage énergétique s'effondre de 38 %
Au delà de l'automobile, la division stockage d'énergie a déployé 8,8 GWh au premier trimestre, contre 14,2 GWh au trimestre précédent. Ce recul de 38 % place cette activité à son plus bas niveau depuis le troisième trimestre 2024 et manque largement le consensus des analystes, qui anticipaient 14,4 GWh. Pour un groupe qui mise de plus en plus sur l'énergie comme relais de croissance, ce chiffre constitue un signal préoccupant.
Model S et Model X : un dernier tour de piste
La ventilation par modèle révèle que les Model 3 et Model Y ont représenté 341 893 livraisons, tandis que la catégorie « autres modèles » a totalisé 16 130 unités. Ce dernier chiffre reflète la demande résiduelle pour les Model S et Model X, dont la production a officiellement cessé le 31 mars 2026. Tesla a annoncé en janvier la conversion des lignes de Fremont à la fabrication du robot humanoïde Optimus. Elon Musk avait alors déclaré : « Il est temps d'accorder une démobilisation honorable aux Model S et X, car nous évoluons vers un avenir fondé sur l'autonomie. »
Cybertruck : une montée en puissance progressive
Le Cybertruck a contribué à hauteur d'environ 13 000 à 16 000 unités au trimestre, affichant une croissance de 111 % sur un an. Ce modèle reste toutefois marginal dans le volume global et ne compense pas le ralentissement des berlines et SUV traditionnels.
L'action Tesla chute de 5,4 %, sa pire séance de 2026
Wall Street a sanctionné ces résultats sans ménagement. L'action Tesla a clôturé le 2 avril à 360,56 dollars, en repli de 5,43 %, soit sa plus forte baisse en une séance depuis le début de l'année. Le titre accuse désormais un recul d'environ 20 % depuis ses sommets de 2026. La capitalisation boursière reste toutefois élevée, à 1 400 milliards de dollars, ce qui reflète la prime que le marché accorde aux activités futures d'intelligence artificielle et de conduite autonome.
Les analystes divergent sur la marche à suivre
Dan Ives, analyste chez Wedbush Securities, a qualifié ce trimestre de « décevant » mais maintient sa recommandation Surperformance avec un objectif de cours à 600 dollars, soit un potentiel de hausse de plus de 60 %. Selon lui, les initiatives liées à l'intelligence artificielle restent le principal moteur de création de valeur.
Truist Securities a en revanche abaissé son objectif de cours de 438 à 400 dollars, tout en conservant une recommandation neutre. L'analyste William Stein estime que les investisseurs devraient se concentrer sur la technologie Full Self Driving plutôt que sur les volumes automobiles.
Morgan Stanley, passé à la recommandation « pondération égale » début 2026, maintient un objectif de 415 dollars et anticipe un « hiver des véhicules électriques » avec une baisse de 20 % des volumes aux États Unis cette année. Goldman Sachs adopte une posture similaire avec un objectif de 405 dollars et une note neutre.
Le consensus des analystes s'établit à un objectif moyen de 405 dollars, soit un potentiel de hausse d'environ 13 % par rapport au cours actuel.
Un paradoxe européen : les immatriculations explosent en France
Alors que les livraisons mondiales déçoivent, Tesla connaît un rebond spectaculaire en Europe. En France, les immatriculations ont triplé en mars 2026, atteignant 9 569 unités, soit une progression de 203 % sur un an. Sur l'ensemble du premier trimestre, 13 945 Tesla ont été immatriculées dans l'Hexagone, un record pour un début d'année. Le Model Y domine le classement des véhicules électriques vendus en France avec plus de 7 000 immatriculations sur le mois.
Cette dynamique s'étend aux pays nordiques : la Norvège enregistre une hausse de 178 %, la Suède de 144 % et le Danemark de 96 %. Le lancement de versions plus accessibles des Model Y et Model 3 fin 2025 explique en partie ce regain d'intérêt. Pourtant, ces bonnes nouvelles européennes n'ont pas suffi à compenser la faiblesse des marchés américain et chinois.
La concurrence chinoise maintient la pression
BYD a livré 700 463 véhicules à énergie nouvelle au premier trimestre 2026, malgré un ralentissement saisonnier en janvier et février lié au Nouvel An chinois. Le mois de mars a vu un rebond de 57,8 % à 300 222 unités. En volumes cumulés, BYD conserve une avance considérable sur Tesla à l'échelle mondiale.
D'autres constructeurs chinois gagnent du terrain. Li Auto, NIO et Xiaomi affichent tous des progressions à deux chiffres en mars 2026. Xiaomi a franchi le cap des 20 000 livraisons mensuelles, confirmant l'intensification de la concurrence sur le segment électrique premium. Gary Black, gérant reconnu sur Tesla, a estimé qu'« il n'y a aucun moyen de présenter ces résultats sous un jour positif avec un prix du pétrole en hausse », soulignant que la flambée du brut à 113 dollars le baril aurait dû stimuler les ventes de véhicules électriques.
Un pari stratégique sur l'autonomie et la robotique
Tesla oriente désormais ses investissements vers la conduite autonome et la robotique. Le groupe prévoit des dépenses d'investissement supérieures à 20 milliards de dollars en 2026, contre 8,5 milliards en 2025, principalement consacrées à l'infrastructure d'intelligence artificielle et à l'expansion manufacturière. Les robotaxis sans chauffeur opèrent officiellement à Austin depuis le 27 janvier 2026, et le nombre d'abonnements Full Self Driving a atteint 1,1 million en 2025, contre 800 000 un an plus tôt.
Ce pivot soulève toutefois des interrogations. Les robotaxis Tesla enregistrent un accident tous les 57 000 miles, contre un tous les 229 000 miles pour les conducteurs américains en moyenne. Ce ratio de quatre à huit fois supérieur pourrait freiner l'expansion réglementaire du service.
Quels catalyseurs surveiller ?
Le prochain rendez vous majeur est fixé au 22 avril 2026, date de la publication des résultats financiers complets du premier trimestre et de la conférence téléphonique avec les investisseurs. Les marchés scruteront les marges brutes (actuellement à 18 %), les prévisions de livraisons pour le reste de l'année et les avancées concrètes sur le déploiement des robotaxis au delà d'Austin.
Pour les investisseurs particuliers, ce trimestre illustre la tension croissante entre une activité automobile en perte de vitesse et la promesse d'un avenir dominé par l'autonomie et l'intelligence artificielle. Le titre se négocie à moins de 15 fois le chiffre d'affaires, un multiple qui intègre déjà une partie de ce potentiel futur.
Ce qu'il faut retenir
- 358 023 véhicules livrés au T1 2026, sous le consensus de 365 645
- 50 363 véhicules produits en excédent, stockés en attente d'acheteurs
- 8,8 GWh de stockage énergétique déployé, en chute de 38 %
- Fin de production des Model S et X le 31 mars 2026
- Rebond en Europe : immatriculations en hausse de 203 % en France en mars
- Action en baisse de 5,4 % à 360,56 dollars, objectif consensus à 405 dollars
- Résultats complets attendus le 22 avril 2026

